La caverne de la brutalité : le lavomatique

Vous savez, ces endroits où vous pouvez laver votre linge et choper des maladies.

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janv. 4 2012, 12:00am

Je garde mes deux fiers engins dans le coin le plus pourri de ma maison. Le premier est une grande machine à laver toute rouillée nommée ROPER qui m'a été offerte par mes beaux parents. Le second, un grand sèche linge WHIRLPOOL, est un cadeau d'un collègue de ma femme. Les deux machines toussent, gargouillent et triment dans leur alcôve, tristement éclairée par une guirlande de Noël. De temps en temps, les machines font des bruits bizarres et se bloquent complètement à cause de leur surmenage, de leur grand âge et des racines qui bouchent parfois la tuyauterie. Quand ça arrive, l'idée de retourner dans un lavomatique me vient à l'esprit ; évidemment, ça fait vraiment ramasser.

Pourquoi les laveries sont-elles si brutalement déprimantes ? J'utilise beaucoup d'autres services quasi-publics – station de lavage de voitures, supermarchés, etc. – mais aucun ne m'inspire autant d'hostilité (intérieure et extérieure) que les lavomatiques. Ces lieux m'angoissent. C'est pareil pour mes potes. Et je ne connais aucun film ou série qui donne une bonne image de ces endroits de malheur.

Évidemment, si les lavomatiques ont une si mauvaise réputation, c'est premièrement à cause de leur faux potentiel érotique. Quand on se trouve dans une pièce pleine de soutifs et de boxers, il est facile d'imaginer une jeune brésilienne entrer, scruter la pièce avec un air coquin, vous faire un sourire encore plus coquin et enlever toutes ses fringues pour les mettre dans une machine. Ça a bien du arriver un jour quelque part. Mais où ?

En tout cas, ça fait des décennies que je vais dans des laveries et je n'ai jamais assisté à une scène pareille. En revanche, j'ai assisté à ça :

- À Rhode Island, la propriétaire à tête de bouledog du lavomatique « P IDE LAUNDRY » (Le R de  « PRIDE » était tombé) a sorti mes slips mouillés du tambour encore en marche en m'engueulant parce que j'avais utilisé trop de produit détergent.

- À Los Angeles, il y a 20 ans, l'un des dix clodos qui traînait dans la laverie m'a volé mes fringues alors qu'elles étaient au sèche linge. J'avais fait la connerie de les laisser pour aller dans un shop de disques.

- Dans un lavomatique près de chez moi, les pales du ventilateur, encrassées par des kilomètres de résidus de tissu, crachaient tout un tas de saloperies poilues qui voletaient sans fin dans l'air froid de la pièce, comme si ma propre crasse pointait du doigt mon âme coupable.

- En Virginie, l'imposant gérant d'une laverie est devenu dingue parce que j'avais utilisé ses machines pour me faire de la monnaie. Il m'a hurlé dessus devant tout le monde. Je lui ai répondu en tremblant : « Hey, on est en Amérique ici. Hein. » et il m'a répondu aussi sec « Peut-être, mais toi t'es un sacré connard. »

- À Paris, je me suis moi-même énervé et mis à gueuler parce que je n'arrivais pas à comprendre quel bouton activait les machines et que personne ne voulait m'aider. Je suis parti en gueulant : « Je sais que l'un d'entre vous parle anglais. »

Bon j'étais dans une mauvaise passe au moment où j'ai vécu ce dernier épisode mais bon, vous avez compris l'idée : les laveries font ressortir les plus mauvais côtés des gens. Ce sont rarement des endroits propres ou simplement, agréables. Je suis sûr qu'il existe un lavomatique, quelque part, qui ressemble à l'espace VIP d'un aéroport et dans lequel des Brésiliennes trop bonnes s'affairent à trier et plier vos chaussettes en tenue d'Eve. Mais les laveries dans lesquelles moi, je suis allé, ressemblent plus à des comptoirs d'échange d'horreurs biologiques. Je laisse derrière moi des petites pellicules de peau et un peu de mon ADN et je repars avec des poils et de vieux pansements accrochés à mon linge encore chaud. C'est l'Amérique, mais tous ceux qui, comme moi, lavent leur linge en public sont des connards. Honte à nous.

Précédemment dans La caverne de la brutalité : Les cas de force majeure 

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