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Un ballet interactif où les danseurs tordent la lumière

La magie de Adrien M / Claire B opère au coeur d'un cube.
1.4.15

Dans une sorte de cage de lumière des danseurs évoluent et donnent vie aux formes autour d’eux. Un ballet aussi impressionnant qu’interactif s’opère dans ce cube nommé Hakanaï, dernière performance de Adrien M / Claire B dévoilée le 17 mars dernier au BAM’s Fishman Theatre. Dans un mélange de danse, d’effets spéciaux et de tracking, la chorégraphie donne vie à la lumière et nous offre un sublime tour de magie.

Nous avons rencontré Adrien Mondât et Claire Bardainne.

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© Romain Etienne / AMCB-Hakanai © Virginie Serneels

The Creators Project: J’ai été particulièrement intéressé par la technologie mise en place et la façon de la mettre en place. Est ce que vous pouvez nous expliquer comment ça marche ?

Adrien Mondot (AM): Nous avons développé en 2006 un logiciel basé sur le suivi d’objets en mouvement. Je suis jongleur, enfin j’étais jongleur, il m’arrive encore de jongler un peu de temps en temps. J’ai été inspiré par la façon dont la balle évoluait dans l’air, comment les différentes forces impactaient la masse de l’objet. Ce logiciel s’appelait eMotion – vous pouvez le télécharger sur notre site. Le but de ce projet est de construire une interaction entre des objets virtuels et de vraies datas.

Claire Bardainne (CB): Afin de rendre cette interaction possible nous avons utilisé des capteurs, des tablettes graphiques ainsi que des contrôleurs pour manipuler les images tout en observant les danseurs. C’est un peu comme un spectacle de marionettes, des marionettes numériques. AM: On pense que les capteurs ne peuvent pas tout ressentir. Ils manquent de l’imagination. C’est pourquoi nous avons mélanger leur travail à une interaction humaine.

CB: On essai de garder un coté direct. Une dimension humaine. Dans le regard et dans le mouvement.

Romain Etienne / AMCB-Hakanai © Virginie Serneels

Ça permet de presenter un univers qui se situerait entre quelque chose de physique, comme le fait de jongler et la programmation. Non ?

AM: Tout tourne autour de l’interaction avec un objet réel… Attendez, je vais vous montrer !

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[Mondot s’en va.]

Romain Etienne / AMCB-Hakanai © Virginie Serneels

CB: Il va vous montrer. Il a commencé a coder le programme que nous utilisons parce qu’il voulais jongler avec des objets digitaux avec la meme sensibilité que lorsqu’il jongle avec des balles.

[Mondot revient avec des balles transparentes.]

AM: Ça c’est jongler.

[Il lance une balle et la rattrape dans un geste élégant.]

AM: Comme vous pouvez le voir, il y a une interaction directe entre la balle et moi. Je veux que – lorsque je manipule des objets virtuels – il y ait cette même intuition.

CB: Et nous aimons aussi les illusions d’optiques. Nous aimons cette sensation de réalité dans sa virtualité. On ne sait ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. On aime manipuler la réalité.

AM: On veut sortir les images de leur cadre.

CB: En faire des environnements. Que ce ne soit pas des images normales ou des vidéos – en faire des partenaires vivants.

Romain Etienne / AMCB-Hakanai © Virginie Serneels

Est ce que vous pouvez nous expliquer un peu la forme que prend l’installation et le sens derrière “Hakanai” ?

CB:  Hakanai, c’est un vieux mot japonais qui évoque l’éphémère, le transitoire, le fragile et tout ce qui ne peut pas s’attraper. C’est l’union entre un humain et ses rêves. C’est un show fait de haikus qui expliquent le sens de ce mot.

AM: On a découvert ce mot par hasard. Il n’y a pas de mot en français ou en anglais qui veut dire exactement la même chose que Hakanai.

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Ces visuels élégants me font tout de suite penser à une analogie entre nature et science. Quelles ont été vos inspirations ?

AM: On s’inspire de la nature. On observe beaucoup la façon dont le monde bouge, comment une feuille tombe d’un arbre à l’automne par exemple…

CB: Ou un flocon de neige. Ou une toile d’araignée ou un synapse.

AM: L’observation dans un premier temps puis la remodélisation. On essai de trouve une équation mathématique à un problème physique afin de trouver la bonne approche.

CB: Ensuite on y ajoute le mouvement. Le mouvement apporte l’émotion et nous essayons d’écrire des show qui comporte un imaginaire qui passe par les émotions.

Romain Etienne / AMCB-Hakanai © Virginie Serneels

Combien de temps ça prend de finir un projet comme Hakanai ?

CB: Deux ans.

AM: Deux ans et trois mois.

CB: Beaucoup de temps pour le logiciel et beaucoup de temps pour mettre tout cela en pratique.

Romain Etienne / AMCB-Hakanai © Virginie Serneels

Pourquoi un cube ?

Au début c’était une simple installation. Une installation qui faisait partie d’une exposition comportant dix autres oeuvres. Nous voulions faire une performance qui soit réellement immersive, avec le public autour. Nous voulions que les spectateurs aient l’impression que le spectacle avait lieu à l’intérieur d’un espace défini mais qu’ils puissent aussi interagir, cela était très important pour nous. Nous aimions cette idée d’ouvrir l’espace de la performance, que la scene soit limitée et illimitée.

Vous franchissez assez facilement la frontier entre art et technologie, vous vous considérez comme artistes ou ingénieurs ?

AM: Pour nous il n’y a pas de frontière, c’est la meme chose. Nous pensons que le rationnel ne s’oppose pas à l’émotion. Que le virtuel n’est pas incompatible avec réalité.

AM: Exactement… nous aimons la science comme un outil mais ce n’est un but en soit.

Romain Etienne / AMCB-Hakanai © Virginie Serneels

Romain Etienne / AMCB-Hakanai © Virginie Serneels