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Une équipe française traque la neuvième planète du système solaire

Un mois après la révélation de l’existence d’une neuvième planète au sein de notre système, une équipe d’astronomes français a officiellement lancé la chasse en réduisant la zone de recherches.

Elle est là, quelque part dans le système solaire, à se balader librement sur une orbite inconnue, invisible à nos télescopes, nos sondes et nos satellites. Si "Planet Nine", la neuvième planète théorique du système solaire, vient tout juste d'être « découverte » officiellement par la communauté scientifique, c'est une vieille connaissance des Internets conspirationnistes, qui l'appelaient Planet X ou Nibiru et la tenaient responsable de toutes les fins du monde prévues dans le grand agenda cosmique (la prochaine est prévue pour mars, démerdez-vous avec ça). D'ailleurs, lors de l'annonce des résultats, les théoriciens du complot se sont levés comme un seul homme pour dénoncer les agissements de la NASA, qui aurait dissimulé l'existence de Nibiru à nos yeux profanes pour nous cacher l'implacable vérité d'une Apocalypse imminente.

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Rien de nouveau, alors? Si, quand même. Le mois dernier, deux chercheurs américains de Caltech, Konstantin Batygin et Mike Brown, révélaient une série de modèles mathématiques prouvant l'existence d'une planète inconnue au sein du système solaire, dix fois plus grosse que la Terre et disposée sur une orbite vingt fois plus éloignée que Neptune. Nibiru/Planet X/Planet Nine (rayez les mentions inutiles) mettrait 10 000 à 20 000 ans pour boucler son tour du Soleil, ce qui expliquerait sa discrétion absolue. Maintenant que le portrait-robot de la planète est établi, le gros du travail reste à faire : la trouver, et si possible la prendre en photo.

Le 19 février, l'Astronomy & Astrophysics Letters a publié les travaux d'une équipe française du CNRS, menée par l'astronome Jacques Laskar, basés sur les simulations des chercheurs américains. Des travaux qui divisent par deux tout le travail de recherche pour dénicher cette planète. Pour ce faire, ils ont inclus l'orbite théorique de la planète dans leur simulation de système solaire, baptisé INPOP et capable de prédire avec précision la position des planètes et leurs interactions gravitationnelles mutuelles. Une fois ces données rentrées dans la simulation, l'équipe a recalculé les éphémérides de Saturne, forcément affectées par la présence de la planète mystérieuse, et les a comparée aux données recueillies depuis 2004 par la sonde Cassini. Le modèle INPOP ayant déjà démontré sa fiabilité, il ne restait plus aux chercheurs qu'à isoler les zones de recherche les plus probables. Alors que le modèle de Batygin et Brown laissait les astronomes tourner leurs télescopes à 360° sans aucune idée de la direction à pointer, celui de Laskar limite l'éventail des directions possibles à 180° et isole même une zone particulière de 20° où Planet Nine a le plus de probabilités de se trouver.

Pour Jacques Laskar, qui témoigne sur le site du CNRS, « les astronomes amateurs n'ont aucune chance » d'observer cette planète, même en pointant leurs télescopes dans la bonne direction – pour Laskar, « une magnitude estimée à 23-24 ». Pour lui, la découverte éventuelle de cette planète ne pourra se faire qu'avec « de grands télescopes à large champ ». Selon Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du système solaire au CNES, seuls « le VLT au Chili ou le télescope spatial Hubble » seraient suffisamment puissants pour trouver cette planète à une telle distance, ou encore le télescope Subaru à Hawaï. Et tout ça « prendra du temps, peut-être cinq ans », conclut-il. A moins, comme propose Jacques Laskar, que la Nasa prolonge la durée de vie de la sonde Cassini, programmée pour jouer les kamikazes sur Saturne en 2017. Ne manque que le financement pour terminer la grande battue céleste, et donner enfin un visage à la mystérieuse planète aux confins de notre système.