Le Zimbabwe envisage d’écorner tous ses rhinocéros

« Nous voulons envoyer un message aux braconniers. S’ils viennent au Zimbabwe pour des cornes, ils trouveront que dalle. »
31.8.16

Le Zimbabwe a la ferme intention de tuer le braconnage dans l'œuf en le privant de sa principale ressource : les cornes d'animaux. Afin de protéger sa population de rhinocéros, en fort déclin, le pays a annoncé que tous les rhinocéros vivant dans ses parcs nationaux seraient écornés d'ici la fin de l'année.

Environ 800 rhinocéros noirs et blancs sont gérés par les parcs du Zimbabwe et le Département de gestion de la faune sauvage. Entre 2007 et 2009, un quart des rhinocéros du pays ont été tués illégalement pour leurs cornes. L'an dernier, les braconniers ont tué 50 individus, malgré les menaces du Ministre de l'environnement qui envisagent d'appliquer des sanctions pénales plus sévères.

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« Notre stratégie consiste à communiquer auprès des braconniers eux-mêmes ; s'ils apprennent que les rhinocéros du parc national n'ont pas de cornes, il est peu probable qu'ils prennent la peine de se déplacer pour le tuer, » explique Cephas Mudenda, membre du conseil d'administration des parcs du Zimbabwe et Département de gestion de la faune sauvage, à Bloomberg.

Un rhinocéros blanc au Lac Nakuru, au Kenya. Image: Wikipedia/Ryan Harvey

L'écornage est l'une des stratégies anti-braconnage les plus controversées. Lorsque l'opération est effectuée par un vétérinaire, elle permet de retirer 90 à 93% de la corne de l'animal, composée de kératine (comme nos cheveux ou nos ongles). En théorie, une fois que l'animal a été débarrassé de ses appendices, le risque qu'il soit tué décroit considérablement. Mais selon Reuters, retirer les cornes d'un seul rhinocéros peut coûter jusqu'à 1 200$.

Les détracteurs de l'écornage, comme l'organisation de protection de la nature Save the Rhino, restent cependant sceptiques quant à sa capacité de dissuasion auprès des braconniers. Quand les rhinocéros du parc national Hwange, au Zimbabwe, ont écorné leurs rhinocéros dans les années 90, la majorité des individus ont été tués l'année suivante. En 2011, deux rhinocéros écornés ont été massacrés une semaine seulement après leur opération.

Une fois retirée, la corne du rhinocéros repousse à hauteur de 7 à 10 centimètres par an, ce qui rend l'initiative relativement peu efficace à long terme vu son coût. De plus, comme le fait remarquer le World Wildlife Fund, environ 5% des rhinocéros meurent sous anesthésie durant l'opération. Certaines organisations estiment que ce risque est trop important pour envisager d'écorner les populations.

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Des biologistes avertissement également que l'écornage a des conséquences néfastes sur le comportement des animaux. Une étude récente, financée par le Département des affaires environnementales d'Afrique du sud, suggère que l'impact social de l'écornage est important. La domination des mâles chez les rhinocéros noirs, par exemple, dépend étroitement de la longueur de leurs cornes. Les petits groupes d'animaux rencontreront des difficultés à établir et maintenir une hiérarchie sociale si tous les individus ont été écornés.

Un rhinocéros blanc écorné. Image: Pixabay/tracyhammond

Il faut tout de même admettre que, en cas de crise, l'écornage demeure peut-être la meilleure option. Save the Rhinos estime que l'écornage pourrait fonctionner, mais uniquement si elle est combinée à une autre stratégie anti-braconnage, comme le déploiement de forces de surveillance armées. Récemment, les rangers des parcs du Zimbabwe se sont munis d'armes militaires afin d'affronter les braconniers sur le terrain.

« L'écornage n'est pas un handicap pour les rhinocéros en termes de reproduction, » affirme Raoul du Toit, directeur du Lowveld Rhino Trust au Zimbabwe, dans Real Clear Science. « Les avantages évolutifs que procurent les cornes étaient valables à l'époque où le AK-47 n'existaient pas ; ce ne sont plus des avantages aujourd'hui. »

La corne de rhinocéros était autrefois convoitée par les adeptes de la médecine traditionnelle, qui l'utilisaient comme aphrodisiaque. Aujourd'hui, elle est le plus souvent considérée comme un symbole de haut statut social et de richesse. Aucune preuve scientifique ne vient étayer ses prétendues vertus médicinales. Les défenseurs de l'environnement se concentrent maintenant sur l'information aux communautés locales, dans l'espoir de réduire la demande en cornes de rhino.

Une centaine de rhinocéros les parcs du Zimbabwe ; ils seront probablement écornés prochainement par les autorités. Les animaux se trouvant dans des réserves privées seront cependant épargnés par la campagne d'écornage, selon Lisa Marabini, directrice des opérations d'Aware Fiducie Zimbabwe.

« Nous voulons envoyer un message aux braconniers. S'ils viennent au Zimbabwe pour des cornes, ils trouveront que dalle. »