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Comment Kevin Durant va rendre les Golden State Warriors encore plus inarrêtables

Dans tous les systèmes de Golden State, Kevin Durant va rendre les Warriors encore plus impossibles à défendre. La franchise californienne pourrait bien repousser les limites du basket.
8.7.16
Kyle Terada-USA TODAY Sports

Quelques jours après avoir appris la nouvelle, cela semble toujours surréaliste : les Golden State Warriors, l'équipe qui a établi le record NBA de 73 victoires en saison régulière, et qui compte deux des meilleurs shooters de l'histoire de la Ligue, a ajouté un autre des meilleurs joueurs de la NBA, au moins son meilleur scoreur, et l'un des trois meilleurs shooters. Au premier abord, ajouter Kevin Durant au cinq majeur des Warriors semble un peu comme l'équivalent d'attacher 100 tonnes de dynamite au bout d'un missile nucléaire : ça va bien péter, mais ça semble aussi exagéré. En réalité, on va juste devoir imaginer comment cette équipe, la plus versatile et inarrêtable de la Ligue, va jouer avec l'addition du punch offensif et de la polyvalence défensive de Durant.

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Bien sûr, les Warriors ont été stoppés lors des finales NBA le mois dernier. Il a fallu une paire de blessures de Steph Curry, la suspension de Draymond Green à un moment-clé, plusieurs performances catastrophiques d'Harrison Barnes, et la perte du pivot titulaire Andrew Bogut, pour planter les derniers clous dans leur cercueil. Mais Golden State n'était qu'à deux points de gagner son deuxième titre de champion d'affilée. Les Warriors étaient-ils meilleurs que ce qu'ils ont montré pendant ces play-offs 2016 ? On ne le saura jamais : ils ont perdu, et c'est la seule conclusion à en tirer.

Cette défaite a cependant fait naître un scénario inconcevable jusque-là : l'amélioration du roster des Warriors avec la signature de Durant. OK, Durant va devoir s'adapter à la philosophie mise en place par les Warriors depuis deux ans, mais s'il y a bien une superstar de la NBA capable de réussir cela, c'est bien lui. A la différence d'autres super-teams NBA dans le passé - le Heat des débuts, quand LeBron et Wade galéraient pour se partager la balle - Golden State et Durant semblent parfaits l'un pour l'autre, que ce soit en défense et en attaque. Durant sait faire tout ce que Barnes faisait, seulement dix fois mieux, que ce soit les trois points en catch-and-shoot, les post-ups, ou la défense sur différents postes. Il est l'un des meilleurs joueurs de la Ligue, donc évidemment qu'il sait faire tout ça.

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Mais regardons plus précisément comment Durant va s'intégrer au game-plan de Golden State, et ce qu'on peut espérer de cette saison 2016-2017 :

Pick-and-roll

Aujourd'hui, le pick-and-roll est la base de la plupart des possessions offensives en NBA. Parfois, les équipes lancent des pénétrations et des écrans comme des préludes au pick-and-roll. Parfois, ils commencent directement avec ça. Mais tôt ou tard, la plupart des possessions passent par un pick-and-roll.

La saison dernière, Draymond Green et Steph Curry formaient le duo de pick-and-roll le plus dangereux de NBA. Les défenseurs pouvaient passer l'écran, mais ils devaient ensuite poursuivre Curry alors qu'il courait vers le cercle. Ils pouvaient rester derrière, mais ils concédaient un trois points ouvert à l'un des meilleurs shooters de la Ligue. Ils pouvaient prendre Curry à deux, mais cela laissait Green pénétrer une défense éparpillée. Ou ils pouvaient switcher et laisser un pivot défendre sur Curry et un meneur trop petit essayer de limiter Green.

Et si le duo Green/Curry n'était pas suffisant, les Warriors avaient aussi Klay Thompson, l'un des meilleurs jump shooters de tous les temps en catch-and-shoot, lui sur l'aile et Barnes et Iguodala dans les coins. Ces trois joueurs étaient suffisants pour que les défenseurs s'écartent de la peinture.

Conseil de pro : ne lui laissez jamais d'ouverture. Photo Bob Donnan-USA TODAY Sports

Durant en spot-up shooter

Echangez Barnes et Durant dans ce scénario. Barnes était un shooter un peu au-dessus de la moyenne, alors que Durant est dans une autre dimension quand il s'agit de planter des shoots ouverts. Avec ses 2,11m, Durant a également un geste assez rapide pour pouvoir shooter sans qu'aucun défenseur ne puisse défendre sur lui dans ce cas de figure. Sa taille et sa précision impliquent donc que les défenseurs vont devoir se rapprocher de lui par rapport à Barnes, laissant un peu plus d'espace dans la raquette de son côté du court. Et vice-versa, quand la défense va devoir aider dans la peinture, les défenseurs auront encore un peu plus de distance à couvrir s'ils veulent défendre efficacement sur Durant au shoot. Aucune bonne solution dans les deux cas.

Durant en créateur

C'est là qu'on va s'amuser. Si Durant est déjà une bonne amélioration en shooter pur face à Barnes, il est encore plus mortel en tant que playmaker, surtout comme point de fixation du pick-and-roll. Echangez Green contre Durant sur les pick-and-roll Curry/Green de la saison dernière, et vous avez les deux meilleurs scoreurs de la planète qui jouent en duo. Peu importe comment les autres vont défendre là-dessus, mais cette combinaison laissera forcément l'un des deux avec un peu d'espace pour pénétrer ou shooter.

Les Warriors auront aussi l'opportunité assez rare d'utiliser des pick-and-rolls 4-5, avec Green faisant des écrans pour Durant avec Curry, Thompson et Iguodala créant des espaces. Regardez juste le graphique des shoots de ces trois mecs et imaginez la défense en train de se poser la question de délaisser ou non Curry pour aller aider leurs arrières qui doivent, eux, contenir Durant et Green :

Si ce graphique ne vous effraie pas assez, regardez ma combinaison potentielle favorite de pick-and-roll, avec Shaun Livington en meneur, et Durant, Curry et Thompson derrière la ligne. Lequel de ces trois-là la défense peut-elle choisir ?

Tout ce qui a été écrit au-dessus présume que les joueurs de Golden State se tiennent immobiles en dehors des pick-and-rolls et ne bougent pas quand ils n'ont pas le ballon. Ce ne sera pas le cas évidemment. Les Warriors sont des maîtres dans l'art de mettre en place des systèmes bien fourbes, faisant bouger la défense adverse, la faisant réfléchir et réagir avant de l'assommer avec un écran en tête de raquette. Plusieurs écrans, des mouvements dans la raquette, et puis, BAM, ils sont parfaitement alignés pour un pick-and-roll alors que la défense se demande encore qui a changé de position avec qui :

Isolations et post-ups

Lors des rares fois où le pick-and-roll ne se transforme pas en shoot ouvert, les Warriors ont toujours la plus grosse collection de scoreurs en isolation dans la Ligue. Curry a marqué 1,07 point par possession sur des shoots en isolation durant la saison régulière, en partie parce que les shooters autour de lui l'ont aidé à créer des espaces. Ce chiffre déjà dingue pourrait encore augmenter avec l'arrivée de Durant, la défense s'écartant sur une autre menace que le meneur imprévisible de Golden State. Ce sera la même chose pour Durant, qui bénéficiera de l'aide de Thompson et Curry pour écarter les défenseurs.

Mais le plus grand gagnant de ces stratégies d'isolation sera Thompson. Il est devenu un scoreur incroyablement dynamique et versatile la saison dernière, améliorant en même temps son premier pas et son dribble. Si des gens doutaient qu'il puisse devenir le top scoreur de la NBA, il leur a répondu pendant la série contre Oklahoma City en play-offs, quand il s'est chargé d'inscrire les paniers pendant deux matches que les Warriors devaient obligatoirement gagner. Avec Durant en plus, Thompson attirera le troisième ou quatrième meilleur défenseur de l'équipe adverse, qu'il dominera certainement la plupart du temps en un-contre-un.

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Et puis il y a les post-ups. Durant a marqué 1,23 point par possession en post-ups durant la saison régulière. Imaginez les Warriors et leur fameux "splits action" (le croisement des arrières) avec Durant. Avec Durant en isolation sur la ligne des lancers face à un défenseur impuissant, les autres défenseurs devront se battre face aux arrières les plus imprévisibles de NBA. Durant aura aussi plus d'occasions de un-contre-un dans la peinture qu'il n'en a jamais eu par le passé, et il prendra sûrement l'avantage :

Défense à l'intérieur et rebond

L'arrivée de Durant à Oakland ne se fait pas sans sacrifices. Le principal sera la protection du cercle des Warriors et le rebond défensif. Golden State a été obligé d'échanger Andrew Bogut aux Dallas Mavericks pour faire de la place au niveau salarial pour signer Durant, et les Warriors se sont aussi séparés du pivot remplaçant Festus Ezeli, qui semblait en début de saison dernière être leur futur pivot titulaire, avant de s'éteindre après une blessure au genou.

Golden State a déjà ajouté Zaza Pachulia pour combler leur vide dans la raquette. Ce pivot toujours aussi sous-côté pourrait être un bon choix. Offensivement, son rôle sera réduit, mais ils pourront compter sur lui pour protéger la raquette et gratter des rebonds défensifs. Durant et Green sont assez grands pour aider à bloquer les shoots à l'intérieur, mais comme on l'a vu durant les play-offs, les Warriors ont peut-être encore besoin de muscles contre des équipes qui ont de la taille et de la technique chez leurs intérieurs. Pachulia est un dur, mais il n'est rien comparé à des pivots solides et mobiles comme Steven Adams du Thunder. Green peut faire illusion parfois face à des adversaires plus grands, mais des joueurs comme Enes Kanter sont trop grands, solides et tout simplement trop forts pour qu'il défende efficacement contre eux.

Photo Mark D. Smith-USA TODAY Sports

Par le passé, Golden State a résolu ce problème en échangeant les deux points contre des trois points. Avec Durant, cela pourrait être encore plus fiable. Mais par ailleurs, cette baisse de qualité au poste de pivot réduit la marge d'erreur pour les Warriors les rares soirs où leurs shoots extérieurs ne rentreront pas. Pendant les play-offs, on a ainsi pu voir Golden State galérer à capter des rebonds, marquer dans la peinture et éviter de faire des fautes, et ça reste des problèmes potentiels. Contre des équipes comme San Antonio, Memphis, les Clippers et Oklahoma City, Golden State devra protéger le cercle contre des adversaires plus grands sans se prendre trop de fautes. Les équipes de la Ligue expérimenteront certainement pendant la saison régulière contre des cinq de joueurs grands et lents face aux Warriors, pour mieux faire face à Durant et compagnie. Est-ce que ça fonctionnera ? Peut-être pendant un temps. Mais Golden State a assez de taille pour défendre le cercle, et compter sur cette stratégie pour gagner une série en sept matches semble être un mauvais pari, sauf si vous avez LeBron James dans votre équipe.

Le futur, c'est maitenant

Les Warriors ont désormais une rotation de sept tueurs avec Iguodala et Livingstonen sortie de banc, mais pour le moment, le reste du line-up est un sacré point d'interrogation. Cela pourrait être important si Durant ou Curry se blessent gravement. Mais en même temps, ça embêterait n'importe quelle équipe NBA de perdre ses stars, et aucune équipe n'a de stars aussi fortes et en aussi grand nombre que Golden State. En l'état, les Warriors semblent prêts à faire une saison de folie, et à jouer l'un des baskets les plus excitants que la NBA ait jamais vu. Leurs forces compensent largement leurs faiblesses, et leurs possibilités en attaque répondront sans aucun doute aux questions qu'on peut avoir sur leur défense.

Les Warriors ont assez de talent pour perfectionner le basket tel qu'on le connaît, mais aussi pour créer une toute nouvelle dimension dans ce sport. Comme des grands chefs à qui on aurait donné des ingrédients nouveaux et meilleurs que les précédents, le coach de Golden State Steve Kerr et ses assistants pourront expérimenter offensivement comme aucune équipe n'a pu le faire auparavant. Qu'ils gagnent ou qu'ils perdent, les Warriors de 2016-17 pousseront le sport au-delà de ses limites. Pour ceux qui regardent le basket comme un exercice athlétique et un art - et pas seulement comme des affrontements dramatiques entre des équipes et des joueurs - ce sera fascinant à voir, même si cela rend la NBA bien moins compétitive.

Photo Bob Donnan-USA TODAY Sports

Ne vous y trompez pas : il n'y aura sûrement plus de compétition. Les Warriors ont gagné 73 matches de saison régulière l'an dernier sans Durant. Lors des 82 matches de cette saison régulière, ils avaient quatre fois plus de chances de gagner par plus de dix points d'écart que de perdre. Ils ont semblé prenables parfois durant les play-offs, mais ils étaient tout de même à quatre points du titre, et ce, malgré pas mal de mésaventures.

Durant va rendre tout ce que faisait déjà Golden State encore plus simple, tout en ouvrant de nouvelles possibilités des deux côtés du terrain. Les Warriors ne remporteront peut-être pas de nouveau 73 victoires, mais ils seront tout de même encore plus inarrêtables.