Quand l’État Islamique recrute chez les civils qui meurent de faim

Les habitants de Falloujah assiégée par les forces irakiennes n'ont plus rien d'autres à manger que des dattes pourries ou la nourriture que l'EI offre à ceux qui rejoignent ses rangs.
13 juin 2016, 6:00am

Après une semaine de bombardements menés par la coalition internationale sur Falloujah, l'armée irakienne a commencé le siège de la ville pour la reprendre des mains de l'État Islamique qui oppose une forte résistance. Près de 50 000 civils se trouvent encore pris au piège dans Falloujah qui finira probablement par être le théâtre d'un nouveau conflit sanglant. Ajoutez à ça le fait que les hommes d'ISIS tirent sur ceux qui essayent de quitter la ville, et vous aurez une idée de la situation.

On s'en doute, la vie à l'intérieur de Falloujah n'a rien de super kiffant. Un petit nombre de réfugiés qui a réussi à s'enfuir rapporte des faits inquiétants. Ils expliquent que les familles retenues dans la ville doivent subsister en mangeant des dattes pourries. Plus effarant encore : les militants d'ISIS recrutent à la pelle de nouveaux membres en les attirant avec de la bouffe.

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Depuis qu'ils ont capturé la ville en janvier 2014, les combattants sunnites ont fait en sorte de prendre en otage les réserves de nourriture. Depuis, même les produits les plus basiques ont atteint des prix exorbitants. Hanaa Mahdi Fayadh – une réfugiée de 23 ans de Sijir, une ville au nord-est de Falloujah – a expliqué aux journalistes de Reuters que les combattants d'ISIS sont venus recruter dans les familles offrant à manger à ceux qui s'engageaient à leurs côtés.

« Ils ont dit à notre voisin qu'ils lui donneraient un sac de farine si son fils les rejoignait. Mais il a refusé l'offre et dès qu'ils sont partis, il a fui avec sa famille, » explique Hanaa. Depuis qu'elle a quitté Falloujah, elle est accueillie avec d'autres réfugiées dans le camp de Garma. Tous expliquent qu'ils n'avaient tout simplement plus d'argent pour acheter à manger.

Cette stratégie de recrutement est tentante, surtout depuis que le gouvernement irakien a décidé d'arrêter de verser les salaires et les retraites des fonctionnaires pour éviter que l'argent ne finisse dans les mains de l'État Islamique.

Hanaa continue : « il ne restait que des dattes dans les magasins. De vieilles dattes pourries. Et même ça était hors de prix. » Actuellement, un sac de cinquante kilos de farine coûte 380 € soit la moitié du salaire moyen irakien. « On est parti parce qu'on n'avait plus de nourriture ni de bois pour faire du feu. »

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Un autre réfugié – Azhar Nazar Hadi, 45 ans – confirme le récit de Hanaa : « cela fait sept mois qu'on a épuisé toutes nos réserves. On doit survivre avec des dattes et de l'eau. C'était impossible de s'acheter de la farine, du riz ou même de l'huile de cuisson. »

Malheureusement, la situation ne semble pas sur le point de s'améliorer pour le reste des civils bloqués dans la ville. L'avancée des troupes irakiennes est lente et difficile. La coalition internationale craint en effet qu'ISIS se serve de cette masse de civils en guise de bouclier humain.

Est-ce que Machiavel déjà avait théorisé le chantage par l'estomac dans ses écrits ? Parce qu'ISIS le démontre actuellement : il n'y a rien de plus pervers et efficace pour mettre à genoux un peuple.