Range Tes Disques : Loudblast

On a demandé au célèbre groupe de metal lillois de classer ses 10 albums, de celui qu'il trouve le moins bon, à celui qu'il considère comme le meilleur.

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17 Février 2017, 9:00am


Range Tes Disques
 est une rubrique dans laquelle nous demandons à un groupe ou un artiste de classer ses disques par ordre de préférence. Après Korn, Slipknot, Lagwagon, Hot Chip, Manic Street Preachers, Primus, Burning Heads, le label Fat Wreck Chords, New Order, Ride, Jean-Michel Jarre, Blur, Mogwai, Ugly Kid Joe, Anthrax, Onyx, Christophe, Terror, Katerine, Redman, Les Thugs, Moby, Les $heriff, L7, Descendents, Teenage Fanclub, Dinosaur Jr, Kery James, Brujeria et Ludwig Von 88 et Étienne Daho, c'est au tour de Loudblast, gloire du thrash/death français, de classer ses disques. On a donc demandé à leur leader, Stéphane Buriez, de les remettre dans l'ordre, de celui qu'il trouve le moins bon, à celui qu'il considère comme le meilleur.


10. Planet Pandemonium (2004)

Stéphane Buriez : L'album de notre retour… avec un line-up un peu bizarre. Il y a Alex Colin-Tocquaine d'Agressor avec nous, un très bon guitariste et un ami de toujours. Mais aussi d'autres membres du groupe avec qui ça n'a pas été évident. Disons que je n'ai pas envie de m'étendre sur le sujet. Une vraie-fausse réussite.

Noisey : C'est-à-dire ?
Il y a de très bons morceaux. Mais c'est moi qui l'ai mixé, et quand tu mixes ton propre groupe ça peut être… l'horreur. Disons que les titres sont très bons, mais tout ce qui s'est passé autour a été décevant.

Le choix du mot « Pandemonium », c'est une référence au morceau « It's Pandemonium » d'Agressor ?
C'est surtout une référence à Celtic Frost !


9. Sensorial Treatment (1989)

Notre premier album, qu'on a du faire très rapidement : enregistré et mixé en quinze jours, et sorti par Jungle Hop, un label plutôt punk hardcore mais qui était le distributeur de tout le catalogue Earache. On l'a enregistré en live, dans le studio. Le son n'est pas inintéressant .

Ton avis au niveau des compos ?
Je trouve que ça s'éparpille un peu. Il y a des versions qu'on avait mieux réussies sur les démos qui avaient précédé l'album. En tout cas, ça nous a permis de nous faire un nom, de commencer à tourner et de faire de belles dates en Belgique. On s'est mis à ouvrir pour des groupes comme Kreator ou Autopsy.

Que dire sur l'étrange morceau « Pouss Mouss » ?
Ah, c'était un délire qu'on avait avec les gars du groupe Nomed [du Havre]. On l'a enregistré avec tous les membres de Nomed, mais aussi Witches, Agressor, Treponem Pal… Tous les potes sont venus. C'était un délire comme à l'époque les groupes aimaient bien en faire, comme sur les disques d'Anthrax ou de Nuclear Assault.

On vous le réclame encore ?
Oui, mais on ne le jouera plus.


8. The Time Keeper (1995)

Votre premier live.
C'est surtout le reflet de ce qu'était Loudblast à l'époque, avec une set list assez intéressante - en fait une espèce de best of. Après on a fait le Brutal Tour avec nos potes de Massacra, de No Return et de Crusher. On jouait dans des salles sold-out : tous les soirs, tous les soirs, tous les soirs !

L'intro est un extrait de Laibach.
Ouais, on est des gros fans de Laibach. C'est d'ailleurs une intro que l'on utilise encore !

Tous les lives sont retouchés en studio, dit-on. Pour Loudblast c'est le cas aussi ?
Bien sûr, bien sûr. Il y a eu quelques overdubs sur des solos. Mais bon, rien de plus.

7. Licensed to Thrash (1988)

C'est bourré d'imperfections. Il faut savoir qu'on a voulu remixer les morceaux mais l'ingé son a tellement détesté ce qu'on faisait qu'il a effacé toutes les bandes à notre sortie du studio. On a dû le sortir comme tel.

En tout cas, c'est devenu archi culte.
Ah oui. On en a vendu des caisses ! Quand j'ai rencontré Mika de Impaled Nazarene, il ne jurait que par ça ! C'est aussi là qu'on a commencé à faire parler de nous à l'étranger. Ce disque a dû se vendre à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, et on n'a jamais rien touché. Ni sur le vinyle, ni quand il a été réédité en CD. On peut dire qu'on s'est tous bien fait arnaquer !

Il s'agit donc d'un album partagé avec Agressor : un split LP, avec une face chacun.
C'était une histoire d'amitié avec nos potes antibois, et je pense que ça a marqué l'histoire du thrash - ou du speed metal, comme on appelait ce style à l'époque, tout simplement.

6. Frozen Moments Between Life and Death (2011)

Il s'agit du premier album qu'on a fait avec le nouveau line-up. On y trouve de super morceaux, qu'on défend encore sur scène. On est allé le mixer avec Peter Tätgren en Suède. On a peut-être été un peu timides par rapport à ce qu'on a pu faire sur Burial Ground par la suite, mais on sent déjà les prémices de ce que ça allait devenir. Ça nous a donné un bon coup de pied au cul de bosser avec de nouvelles personnes !

Tout le monde a pu s'impliquer dans le processus de composition ?
Absolument. J'ai toujours laissé de la place à tout le monde, hein. De toute façon, au bout d'un moment, quand tu as fait autant d'albums, tu peux avoir tendance à tourner un peu en rond. C'est bien de laisser les autres t'apporter du sang neuf. C'est ça, un groupe. On s'appelle Loudblast, pas « The Buriez Band ».

Pour mater la vidéo de « Emptiness Crushes My Soul » sur YouTube, il faut confirmer qu'on a plus de 18 ans, tu savais ?
Ah oui, c'est dû à la présence de notre amie Nina Roberts.

Son featuring n'est pourtant pas si hardcore.
En effet. Ça aurait pu l'être beaucoup plus ! Nous, on a toujours aimé le cul. On aurait bien aimé que ça soit plus hard, mais bon. On peut voir les pire horreurs partout, mais on ne peut pas montrer un bout de nichon. Notre vidéo est censurée ? Eh bien tant mieux !


5. Fragments (1998)

Je n'étais pas fier de moi quand cet album est sorti. Je ne l'ai pas aimé. Et quand je le réécoute maintenant, franchement, je trouve que c'est un super album, avec un son de fou. C'est du Loudblast un peu différent. Un peu assagi. On revenait un peu vers du Paradise Lost. Sans doute trop à mon goût. Pour nos concerts actuels, on a ressorti un morceau comme « Frozen Tears » qu'on n'avait jamais joué sur scène. Jusqu'alors on ne jouait que « Flesh » mais on joue au moins quatre titres extraits de ce disque à présent.

Pourquoi tu ne l'aimais pas ?
Cet album a été dur à enregistrer. On a changé deux fois de studio. Je savais déjà que j'allais m'arrêter. Je savais qu'on allait se séparer. On a splitté l'année suivante, juste après la tournée. L'ambiance dans le groupe n'était plus ce qu'elle devait être. Il n'y avait plus de franche camaraderie. Qui plus est, l'enregistrement pénible de l'album n'a fait qu'accentuer les tensions.

Mauvais souvenir, donc.
J'ai eu du mal à digérer cet album mais maintenant je l'assume…. J'ai quand même découvert la 5150 de Peavey sur cet enregistrement, et elle ne m'a plus quitté depuis ! Il s'agit d'une tête d'ampli conseillée par notre ingénieur du son Colin Richardson [grand producteur britannique] en personne avec son réglage exceptionnel : tout à fond !

4. Cross the Threshold (1994)

C'est juste un mini album.
Oui, mais il a la longueur d'un album, pratiquement. C'est notre première collaboration avec Colin Richardson, qu'on avait repéré grâce à son boulot avec Gorefest, Carcass, Napalm Death, etc. On a pourtant enregistré avec des bouts de ficelles, dans un petit studio. Quand Colin Richardson est arrivé, il a mis sa patte magique. Le son a aussitôt fait « boum » ! Monsieur Richardson ! Ce disque est pour nous un peu une pierre angulaire. On l'a sorti la même année que Sublime Dementia, alors que le groupe était en train de grossir d'une façon inattendue pour nous. 

Du coup, on peut dire que c'est devenu un standard de Loudblast.
Si on ne joue pas « Cross The Threshold » en concert, on se fait cracher dessus ! Sur l'album, il y des classiques de Loudblast, oui, comme le réenregistrement de « Subject To Spirit » ou « No Tears To Share »… et la fameuse pochette qui a fait couler tant d'encre.

La peinture de Bolek Budzyn avec toutes ces filles à poil…
À cause d'elle, pas mal de gamins de l'époque se sont faits virer de leur lycée !

On entend d'ailleurs des samples d'extase sexuelle sur le morceau titre...
Absolument. C'est moi qui les ai piqués sur des cassettes de films de cul. J'en ai une collection assez importante.

3. Disincarnate (1991)

Ça a été un vrai tournant, cet album, pour nous, du fait de notre collaboration avec Scott Burns [producteur emblématique de death metal], au Morrisound Studio à Tampa. On est arrivé en plein spring break là-bas. On peut dire qu'on s'est bien amusés. On a rencontré tous les gars de la scène : Donald Tardy [batteur d'Obituary] venait nous voir tous les jours et on écoutait les mixes dans son pick up ! On a rencontré Kam Lee de Massacre qui est venu chanter sur le morceau « The Horror Within ». C'est aussi là qu'on a rencontré Morbid Angel, et bien sûr Death. Chuck Schuldiner est venu avec le line-up de Cynic, et ils ont maquetté tout l'album en une journée ! J'ai d'ailleurs récupéré et toujours gardé l'enregistrement de ce truc-là !

Quel regard Scott Burns a-t-il a eu sur vous en tant que jeunes frenchies ? Il n'a pas essayé de vous embrouiller un peu tout en se cantonnant à une production assez standard ?
Au contraire ! En écoutant nos deux albums enregistrés avec lui, on peut même dire qu'on n'a pas le même son que tout le monde ! Alors, on peut ne pas aimer, mais on ne voulait surtout pas ressembler à un énième Pestilence ou autre. Scott a bien sûr mis sa patte, mais on peut dire qu'il pris nos demandes au sérieux. Crois-moi, on s'est fait aussi taper sur les doigts, car on n'était pas forcément assez prêts. Quand on est revenu bosser avec lui pour Sublime Dementia, on a fait en sorte d'être vraiment prêts ! Sur Disincarnate, on peut dire qu'on a appris notre métier.

Suite à cet album, vous avez fait des dates pour des grands groupes…
On a fait une super tournée, oui. Avec Cannibal Corpse dans toute l'Europe. Avec Death dans toute l'Europe aussi. Et aussi Sepultura, Carcass... On a ouvert pour plein de groupes énormes. C'est avec ce disque qu'on a vu les choses changer pour le groupe. On commençait à vraiment avoir du succès à l'étranger. Et quand tu reviens ensuite dans ton pays, tu es de suite vachement plus respecté. On a commencé à avoir des posters dans les magazines et on s'est mis à jouer dans des salles de 500 ou 600 spectateurs à chaque concert ! Je pense qu'on a été pris au sérieux à partir de cet album-là.


2. Burial Ground (2014)

Un album avec le nouveau line-up… Enfin, « nouveau » … Ça fait plus de sept ans qu'on est ensemble maintenant ! Je le trouve vraiment abouti, avec beaucoup de participations et de collaborations. Je suis très fier de ce disque. J'adore le son et j'adore l'ambiance.

Elle est vraiment noire…
Ça correspond à une période de nos vies où on a perdu pas mal d'amis. On avait beaucoup de haine et de noirceur en nous et je pense que ça s'entend vraiment dans l'album. Il y a ce côté plus « black », apporté par les influences des autres membres du groupe. C'est vraiment un album collectif.

Le disque a été très bien accueilli.
C'est un album qu'on a défendu pendant trois ans en tournée, et on a bénéficié d'un accueil de dingue. On a eu de super chroniques, et on a aussi fait une tournée avec Death To All en Europe, avec de très belles dates.

On peut donc aussi le considérer comme un album charnière pour le groupe ?
Oui. Il y aura un avant et un après Burial Ground, à mon avis.


1. Sublime Dementia (1993)

J'aurais pu le mettre à égalité avec Burial Ground, mais ça reste un de nos albums les plus aboutis. En le rejouant sur scène, on s'en rend d'ailleurs bien compte. C'était bien chiadé. Franchement, je te jure qu'on en a chié avant d'arriver à faire tourner certains titres qu'on n'avait jamais joué sur scène. On le joue en intégralité sur scène, et dans l'ordre. Il s'avère que c'est un album compliqué à jouer. 

Vous étiez donc allés de nouveau en Floride pour l'enregistrer ?
C'était notre deuxième collaboration avec Scott Burns, que l'on connaissait déjà bien, enregistré à une époque où on pouvait encore avoir du budget. On est restés un mois et demi à Tampa qui était La Mecque du death metal. A l'époque, tous les groupes voulaient enregistrer là-bas, dans la continuité de Sepultura, Morbid Angel, Obituary, Death.. Bref, tous les grands groupes ! Alors même si on ne fait pas partie de ces grands groupes, on a fait partie de l'histoire de ce studio ! On y retrouve quand même des classiques de Loudblast, comme « Subject To Spirit ».

Et c'est l'album qui marque l'arrivée d'Hervé Coquerel à la batterie ?
Absolument. Il est arrivé en 92 dans Loudblast pour remplacer au pied levé notre ancien batteur qui venait de déclarer forfait pour une tournée. Il a quitté son boulot de l'époque pour intégrer Loudblast et se consacrer uniquement à la musique… et il a bien fait !

C'est avec cet album que commence votre collaboration avec le peintre nordiste Bolek Budzyn…
Il se trouve que Bolet est un fan de metal et de hard rock en général. C'est nous qui sommes allés le chercher, par le biais d'un ami commun, le manager de Supuration. On s'est dit que ça allait être compliqué. C'est un peintre reconnu dans son milieu, qui vend ses toiles très cher. Et le courant est passé, ses peintures correspondaient parfaitement aux thèmes de nos chansons. Ça nous a même inspirés. Notre collaboration a ensuite duré sur pratiquement plus de la moitié de nos albums. Il est devenu un ami très proche.

Il paraît qu'il existe un témoignage de cette période : la cassette VHS « Live à Marc en Baroeul » ?
Absolument ! J'en ai d'ailleurs récupéré un exemplaire il n'y a pas longtemps : je ne l'avais même plus ! C'est un concert qui a été filmé avec une seule caméra, et il s'est trouvé que le son était pas mal… On en a donc fait plein de copies et on les a vendues sur le stand de merch et au fan club, par correspondance. 

Vous les aviez copiées à la maison, avec deux magnétoscopes branchés l'un sur l'autre ?
Ben oui ! C'est moi qui faisais tout. Comme d'hab ! Dans la grande tradition du tape trading… Je suis un tape trader ! C'est comme ça que j'ai commencé, en distribuant nos cassettes à la sortie de nos concerts...


Loudblast sera au Splendid, à Lille, ce samedi 18 février.

Guillaume Gwardeath est sur Twitter.