J'ai décidé de partir m'entraîner dans un camp muay thaï en Thaïlande

Samedi 6 août, Bampara s'envole pour l'Asie et va passer un mois au sud de la Thaïlande pour perfectionner sa boxe aux côtés de combattants locaux. Avec l'ambition de devenir un boxeur de haut niveau.

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05 Août 2016, 9:20am

Chez VICE Sports, on s'intéresse, aussi et surtout, aux anonymes qui pratiquent leur sport avec passion. Tout au long du mois d'août, Bampara nous fera vivre son périple en Thaïlande.

Avant de s'essayer à la boxe thaï, Bampara a fait de l'athlétisme. Grand, fin et léger, le gamin d'Issy-les-Moulineaux s'est spécialisé dans les courses d'endurance. Il a notamment été champion de France du 1000 mètres en minimes et en cadets.

A 9 ans, il regarde Ong-bak, film qui relate les aventures d'un jeune combattant muay thaï. Le coup de foudre est immédiat. A travers Ong-bak, Bampara découvre la discipline, ses scènes de combats spectaculaires et atypiques, avec l'utilisation du muay boran, une version ancestrale de la boxe thaïlandaise. Et six ans plus tard, celui que l'on surnomme Bambi délaisse naturellement les pointes de l'athlétisme pour les gants de boxe. Il veut d'abord apprendre à mettre des coups et s'amuser avec ses potes, rien de plus. Mais, très vite, ses aptitudes physiques l'incitent à changer de délire et faire de la compétition. Avec un certain succès puisqu'il a été sacré 2 fois champion d'Ile-de-France et 3 fois champion de France en assaut (Il y a deux spécialités en boxe thaï, l'assaut et la combat, ndlr).

En cet été 2016, Bampara, 21 ans, est tout juste diplômé. Mais il ne passera pas son été à faire la fête avec ses potes car il s'apprête à partir en Thaïlande. Le 6 août, Bampara s'envole pour Bangkok avant de rejoindre le sud du pays pour passer un mois dans un camp de muay thaï et, ainsi, se donner toutes les chances de commencer une carrière de boxeur de haut niveau.

Une semaine avant le grand jour, le pensionnaire du Biga Muay Thaï Club a pris le temps de tout nous expliquer.

« Début 2015, je pensais déjà à aller en Thaïlande, pays où le muay thaï est une religion, pour apprendre. Mais au mois d'avril de la même année, je me suis pété le ménisque et mon retour sur les rings était prévu pour le mois de novembre. Malheureusement, les tragiques événements du Bataclan ont engendré l'annulation du combat. Je me suis alors mis à déprimer, moi qui suis si impatient de nature.

J'ai alors coupé avec le muay thaï pendant quatre mois, j'ai du mal à l'expliquer mais je n'avais plus le feeling, ni la motivation pour enfiler les gants, m'entraîner et monter sur le ring. Quand tu vois que tu as pris du retard par rapport aux autres combattants, un cercle vicieux se met en place et c'est difficile d'en sortir.

J'ai finalement repris l'entraînement au mois de mars, sans grande conviction. J'étais indécis, irrégulier dans mon envie et, donc, dans ma pratique. Et puis, petit à petit, en regardant des vidéos le soir chez moi, j'ai eu un déclic, une prise de conscience. Je me suis remis en question : il fallait que j'oublie cette blessure qui m'avais ralenti et que j'exploite mon potentiel au maximum. Je me suis remis dans le bain, tant au niveau physique que technique, et j'ai repris confiance en mes capacités. Mon départ en Thaïlande devait être l'aboutissement de cette prise de conscience.

Bampara, torse nu, entouré de combattants du Biga Muay Thaï Club.

Mon dernier combat date de juin 2016 et il m'a définitivement convaincu de partir cet été. J'ai pris mes billets juste après, mais encore fallait-il trouver le bon point de chute, le bon camp d'entraînement en Thaïlande.

Peu de personnes savaient que j'allais passer mes vacances en Thaïlande. J'ai annoncé ça à ma mère mais elle ne m'a pas cru avant que je lui montre les billets d'avion. Elle est contente pour moi, contente que je m'investisse autant dans un sport. C'est pareil pour mon frère qui me suit de près. Leur soutien me donne de la force.

Je ne savais pas où aller tellement il y a de choix. Je me suis un peu rencardé autour de moi, mais tout le monde a son avis et ça ne m'a pas aidé. Je savais juste que je ne voulais pas aller dans un camp attrape-touristes, bien loin du côté clinquant de la boxe thaï qui ne m'intéresse pas. J'ai regardé toutes les descriptions de camps sans pouvoir trouver le bon : soit il y avait trop d'étrangers, soit ils étaient trop éloignés d'une ville, en pleine campagne.

J'ai alors demandé à Biga Tidiani, l'entraîneur de mon club de muay s'il avait une bonne adresse. Il m'a conseillé un camp géré par Wilfried Montagne, un Français expatrié en Thaïlande, situé à A Ao Nang, dans la région de Krabi, au sud du pays.

Mon coach avait prévenu Wilfried que je n'allais pas en Thaïlande pour profiter de la vie mais pour me battre, apprendre aux côtés de locaux et rien d'autre. Il fallait peut-être le rassurer en lui disant que je ne venais pas pour foutre le bordel. Même si je lui ai expliqué le but de mon voyage, Biga appréhende mon départ et s'inquiète de mon intégration là-bas. Il m'a donc expliqué deux ou trois choses et, notamment, aussi surprenant que cela puisse paraître, de ne pas oublier de me détendre et de reposer mon corps. Sur place, il m'a conseillé de faire la technique du caméléon, de faire comme les Thaïlandais font, pour m'intégrer au mieux. Je pars pour découvrir le niveau des Thaïlandais, voir comment ils s'entraînent et, bien sûr, pour perfectionner ma boxe.

A gauche, le coach Biga, au centre, Bampara.

Je sais que c'est un camp où on travaille les points et les genoux. Ça me va car le travail avec les jambes est mon point fort et je dois progresser ailleurs. Je ne serai pas avec les débutants, mais directement intégré dans le pôle compétiteur. Ça m'arrange, il ne faut pas que je perde de temps.

J'ai été briefé sur les coutumes locales. Je sais qu'il ne faut pas trop serrer la main, être à l'écoute et discipliné, comme les Thaïlandais. Je respecterai l'endroit, de toute façon, je ne suis pas quelqu'un d'orgueilleux.

Ça va être difficile là-bas, mais je n'ai pas peur de la solitude, je suis un peu solitaire, même si j'ai plein de potes. J'y vais pour faire ce que je dois faire, je n'ai pas peur des conditions sur place, j'ai envie de réussir, de tenir les entraînements, de ne pas être à la traîne. Mais j'essaie de ne pas trop imaginer comment ça va être. J'y vais pour souffrir, pour kiffer encore plus mon sport, progresser et pourquoi pas percer. J'espère pouvoir disputer des combats face à des Thaïlandais.

J'ai décidé de mettre ma scolarité entre parenthèses afin de m'investir pleinement dans la pratique du muay thaï. J'ai envie d'atteindre le haut niveau et pour atteindre le haut niveau, j'ai besoin de temps pour m'entraîner. C'est un choix logique, mûrement réfléchi . Mon départ est donc une première étape vers cet objectif.

Je suis pressé d'y être, j'ai l'impression d'être emprisonné »