FYI.

This story is over 5 years old.

Sports

​Le joueur de Ligue 1 VICE Sports du week-end : Fabinho

Une Panenka pour le meilleur jeune-vieux de Ligue 1, le joueur qu'on n'admire pas assez.
21.3.16
Capture d'écran YouTube

Quand on organisera enfin ces Jeux olympiques des humains contre les robots qu'on attend tous, il faudra mettre en place une compétition qui consistera uniquement en des séances de tirs au but. Et pour représenter la race humaine, il va falloir envoyer notre meilleur tireur de penalties. Ce sera Fabinho. Oui, l'arrière droit de l'AS Monaco.

Mais contrairement à Garry Kasparov face à l'ordinateur Deep Blue ou plus récemment le champion de jeu de go Lee Se-Dol face au logiciel AlphaGo, il y aurait peu de chances que Fabinho perde contre une intelligence artificielle. C'est assez logique en fait, le tir au but est un duel aux millions de dénouements potentiels. Mais surtout Fabinho pourrait prendre à contrepied n'importe quel robot qui aurait compilé toutes les façons dont il tire les penalties depuis ses débuts en poussin à São Paulo.

Publicité

Kevin Trapp, lui, n'était qu'un pauvre humain faillible dimanche soir. Tout comme David Luiz, qui était peut-être même plus faillible que n'importe quel autre humain quand il a tenté un double-contact sans conviction dans sa surface alors qu'il était pressé par Fabinho. Le défenseur chevelu s'est bien évidemment loupé, rendant la balle au Monégasque à cinq mètres de ses buts. Seule issue : faire faute et passer pour un con. C'est ce qu'a fait David Luiz, concédant un penalty à l'ASM, qui venait tout juste d'ouvrir le score.

Fabinho était chargé de le tirer. On pourrait croire que le tir au but est une discipline simple, aux choix restreints : à droite, au centre ou à gauche, dans la lucarne, à mi-hauteur ou à ras de terre. C'est en tout cas ce que nous a toujours fait croire la série des FIFA. Comme tout gardien professionnel qui se respecte, Kevin Trapp avait, lui, fait ses devoirs : Fabinho avait tiré quatre pénos cette saison, toujours sur la droite du gardien. Il le savait, c'est là qu'il allait sauter.

Seulement voilà, tout cela n'était qu'un plan machiavélique au long cours concocté par le Brésilien sur l'ensemble de la saison. Quatre pénos tirés croisés, lui aussi s'en était rendu compte. Comment hacker le système ? Eh bien, comme l'ont toujours fait les tireurs de pénos depuis qu'un Tchèque a abasourdi tout le monde durant la séance de tirs au but de la finale de l'Euro 1976 face à la RFA : avec une Panenka.

C'est un geste finalement logique de la part de Fabinho : soit il prend le risque de tirer comme d'habitude en pariant sur le fait que Trapp n'a pas vu ses stats (il les avait vues), soit en tirant à droite en pariant sur le fait que Trapp a vu ses stats et qu'il estime donc que Fabinho va changer sa façon de tirer. Un sacré combat psychologique. Pour sortir de ce système, Fabinho s'est donc entraîné toute la semaine à tirer des Panenkas pour en sortir une, au cas où, ce dimanche soir. C'était un pari gagnant et on a vu qu'il était bien content du petit tour qu'il avait joué au gardien parisien dans son sourire de chipie.

la definition du sheitan pic.twitter.com/cNU3RPQCJS
— philippe (@philousports) 20 mars 2016

Publicité

Ce penalty assurait donc à Monaco la victoire au Parc des Princes, et la première défaite du PSG à domicile depuis mai 2014. Mais il assurait aussi à Fabinho la position de co-meilleur buteur de l'ASM cette saison. Oui, l'attaque de Monaco est tellement pourrie que leur latéral droit, à la faveur de cinq penalties (sur cinq tentés), fait partie de leurs meilleurs buteurs. Bon, il est tout de même en compagnie de Bernardo Silva et Thomas Lemar dans cette catégorie des Monégasques qui ont marqué cinq buts cette saison, et devrait sans nul doute se faire dépasser par Vagner Love dans pas longtemps, lui qui prouve contre toute attente que recruter une semi-star vieillissante lors du mercato d'hiver n'est pas un coup de poker aussi teubé qu'on aurait pu le croire.

Quant à Fabinho, ce n'est que justice qu'il ait inscrit un but dans un match où il a plus que fait le taf. Le poste de latéral droit est sûrement le poste le plus normcore du football : on y met généralement les joueurs qui ont une technique dans la moyenne, pas de pied gauche et qui se plaindront jamais d'avoir à se taper des pointes pendant 90 minutes. Je suis convaincu que tous les footballeurs peuvent potentiellement jouer arrière droit. C'est pour ça que personne ne veut y jouer et qu'on se retrouve avec Bacary Sagna et Christophe Jallet à l'Euro.

Alors quand on arrive à se faire remarquer en jouant latéral droit comme le fait Fabinho, il faut le souligner. En même temps, le système mis en place par Jardim était fait pour le mettre en valeur. Le Portugais avait ainsi innové avec un 5-3-2 comptant trois centraux et deux latéraux qui avaient pour mission de faire les essuie-glaces. C'est peut-être cette défense à cinq qui les a fait tenir contre les attaques incessantes du PSG en première période, et c'est définitivement cela qui les a fait marquer en deuxième période.

Dans ce système, Fabinho est pépère. Lui qui aime naviguer entre les postes d'arrière droit et de milieu défensif peut exprimer tout son talent offensif tout en sachant qu'il sera couvert derrière. De toute façon, quand t'as Jérémy Toulalan et Ricardo Carvalho dans ton équipe, tu sais qu'il y aura toujours quelqu'un pour assurer derrière. Déjà, parce qu'ils sont ieuv, OK, mais aussi parce que rien ne les fait plus kiffer que défendre. La surface de réparation adverse, très peu pour eux.

A lire aussi : Le joueur VICE Sports du week-end : Matthieu Saunier

Il a donc pu se faire remarquer cette fois-ci alors qu'honnêtement, on devrait l'admirer toutes les semaines. On prend un peu trop Fabinho pour argent comptant. Oui, nous tous, là, on fait comme s'il était juste un bon joueur, un latéral droit honnête qui tire pas trop mal les penalties, alors que non, souvenez-vous la saison dernière quand il a bouffé le milieu de terrain d'Arsenal à l'Emirates, on l'érigeait en Christ du Corcovado sur le Rocher monégasque. Se serait-on lassés ? Peut-être que le gros problème de Fabinho, c'est qu'il a une ganache de mec de 34 piges alors qu'il n'en a même pas 23. Je suis sûr que certains pensent même que c'est le même Fabinho qui sévissait à Toulouse à la fin des années 2000. Oui, le freak à douze doigts.

Alors que non, Fabinho est encore tout jeune, pour preuve, il est même plus jeune que Serge Aurier. En plus, il parle parfaitement français alors qu'il est arrivé un an après Thiago Silva. C'est pour cela, pour rendre hommage à un de nos meilleurs jeunes-vieux de la Ligue 1 et pour son apport à l'humanité dans notre future guerre contre les machines, que Fabinho est le joueur VICE Sports du week-end.