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Marco Materazzi, le boucher devenu champion du monde

Le défenseur italien, surnommé Matrix, s'est construit une sale réputation grâce à son style de jeu violent. Mais en 2006, il a démontré que ça en valait la peine.
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Foto de Stefano Rellandini, Reuters

Nous voilà de retour avec un nouveau mauvais garçon. Cette fois-ci, nous te recommandons de mettre des protège-tibias et des gants de boxe, car voilà qu'arrive le grand Marco Materazzi prêt à casser autant de jambes que nécessaire.

Boucher, mais aussi souriant

Si je te dis Materazzi, tu me réponds Zidane. C'est inévitable. Et pourtant, il y a tellement plus à raconter sur l'ex-défenseur italien – et, crois le ou non, bien plus qu'une réputation (méritée) de casseur de chevilles.

Lors de la finale du Mondial de 2006 contre la France, Materazzi s'est retrouvé dans la position de la victime. Mais tout au long de sa carrière, c'est lui qui a le plus souvent joué le rôle de l'agresseur. Marco avait un objectif très clair lorsqu'il jouait : personne ne devait rentrer dans la surface. D'aucune manière. Malheur à celui qui s'y essayait.

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Marco Materazzi est né à Lecce en Italie en 1973, il a débuté sa carrière dans les catégories inférieures de Messine et a débuté sa carrière professionnelle sous les couleurs de Pérouse. Il s'est rapidement fait remarquer pour ses tacles assassins sur la pelouse et pour ses taquets en retard. Juan Pablo Sorin peut le confirmer : il a encore mal au nez après le gros coup de coude qu'il a pris lors du match retour des quarts de finale de la Ligue des champions 2004-2005.

Materazzi, ce petit ange, aimait aussi simuler pour provoquer des cartons. Le défenseur Philippe Mexès, par exemple, en a payé le prix lors de la finale de la Coupe d'Italie en 2010 remportée par l'Inter Milan face à l'AS Roma. Regarde bien comme il gigote : un vrai pro. L'attaquant ukrainien Andreï Chevtchenko a aussi été victime du cinéma de Materazzi lors d'une énième prise de bec.

D'ailleurs Chevtchenko a été l'une des cibles préférées de Materazzi. Marco a fait une fixette sur Sheva qu'il s'est acharné à frapper, piétiner et presque détruire. Si l'ancien attaquant du Milan AC ne s'est jamais rien cassé lors de ses aventures avec le défenseur italien c'est très certainement grâce à la providence…parce que les occasions, elles, n'ont pas manqué.

Habituellement, on n'est pas forcément fan des résumés d'actions de joueurs, mais dans le cas de Materazzi il est crucial de se rendre compte à quel point l'agressivité extrême sur le terrain a été une constante tout au long de sa carrière. Le tacle qu'a effectué Marco sur Benny McCarthy lors d'un match de Ligue des champions contre le FC Porto est particulièrement remarquable : le plus incroyable est que l'Italien s'en sort avec seulement un jaune.

Passer son temps à distribuer des taquets comme des petits pains comporte cependant un danger. Zlatan Ibrahimovic, par exemple, lors d'un derby della Madonnina (le derby milanais) a été à deux doigts de casser Materazzi en deux d'un coup de pied célébré par toutes les victimes de Marco. Materazzi n'a jamais récriminé Zlatan pour ce pied haut : le défenseur a grandi sans figure maternelle et cela a fait de lui un homme convaincu de l'importance de toujours se comporter en macho.

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Mais le sévère Materazzi a également son côté taquin. Après que l'Inter a gagné le derby contre Milan en 2010, Matrix – comme il était surnommé à Milan – a célébré ce triomphe en se mettant un masque à l'effigie de Berlusconi, propriétaire du club rossonero.

Materazzi n'a pas joué la moindre minute pendant ce match, mais ça lui était égal : il a célébré la victoire comme s'il avait marqué tous les buts lui-même. La blagounette de Marco a fait la Une de toute la presse italienne : le défenseur a assuré plus tard que Berlusconi avait certainement « souri en le voyant ». Génie et vedette.

Les buts comme passeport vers la gloire

Une des facettes les moins connues de Materazzi est son passage au Royaume-Uni : en 1998, après deux ans à Pérouse, le FC Everton décide de parier sur lui et le recrute. Marco a joué le nombre respectable de 33 matches avec les Toffees, mais l'expérience n'a pas pris et l'année suivante il a décidé de retourner à Pérouse.

Lors de la saison 2000-2001, toujours chez les Grifoni, Materazzi a réalisé un de ses exploits personnels les plus importants : il a marqué 15 buts et est ainsi devenu le défenseur à marquer le plus de buts en une saison dans toute l'histoire de la Serie A. Sept de ses buts ont été marqués sur penalty.

Marco s'est ainsi révélé être un très bon tireur de péno, ce qui lui a permis de signer à l'Inter…et faire pour la première fois l'objet d'une convocation en équipe nationale.

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Même si la saison 2000-2001 a été celle de son décollage, et bien que neuf ans plus tard il réussira le triplé – Coupe, Serie A et Ligue des champions – sous les ordres de Mourinho, il est clair que l'année de gloire de la carrière de Materazzi est 2006.

Le Mondial allemand restera éternellement dans les mémoires pour le coup de boule de Zidane lors de la finale… qui a valu un carton rouge au Français. Cette action a précipité le sort d'un match dont le score était de 1-1 – Zidane avait ouvert le score sur un penalty et Materazzi lui-même avait égalisé sur corner – et que l'Italie a fini par remporter aux tirs au buts. Et Marco a bien sûr été de ceux qui se sont élancés depuis les onze mètres.

Même si l'on ne mentionne que l'épisode du coup de tête de Zizou, le Mondial qu'avait réalisé Matrix jusque-là était excellent. Bien que la charnière centrale titulaire devait être composée de Fabio Cannavaro et Alessandro Nesta, Materazzi a pu profiter d'une blessure inopportune du défenseur milanais pour rentrer sur le terrain.

Matrix a répondu à la confiance dont le sélectionneur Marcello Lippi lui a fait preuve ; le défenseur originaire de Lecce a marqué deux buts importants – très importants même –, il a inspiré la peur dans l'esprit de ses adversaires et est finalement devenu l'une des figures iconiques de cette Coupe du monde allemande.

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La meilleure doublette défensive de la Coupe du monde 2006. Image vía Instagram

Materazzi n'a pas été sélectionné pour le Mondial suivant en 2010 : fidèle à ses idées, il n'a pas eu de meilleure idée que de se rendre en Amérique avec sa caravane. L'Italien était tout à fait conscient que son heure était passée et il s'en est donc tenu à la maxime de César, Veni, Vidi, Vinci…et s'en est allé, sans rancœur contre quiconque .

Mourinho et les petits détails

Comme nous le disions plus haut, Materazzi est arrivé à Milan en 2001, mais il a dû attendre sept ans avant de connaître l'entraîneur qui le marquera le plus. Matrix avait déjà un certain âge lorsque José Mourinho a débarqué en Lombardie en 2008. Le défenseur italien n'a passé que deux saisons sous la direction du Special One, mais d'après lui, ce furent ses deux années les plus formatrices.

Aux ordres du Portugais, Materazzi a remporté cinq titres avec l'Inter – dont le triplé historique de 2010, au cours duquel les nerazzuri ont réussi à ramener de nouveau la Ligue des Champions à Milan après 35 ans d'attente. Marco se souviendra toujours de Mourinho pour ses leçons de vie, mais s'ils se sont quittés en larmes c'est surtout pour le détail vécu par le lusitanien avec Matrix lors de la finale de la compétition qui s'est jouée à Madrid.

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Mourinho et Materazzi célèbrent la victoire en Ligue des champions à Santiago Bernabéu. Image vía Instagram

Lors de la saison 2009-2010, Materazzi a joué peu de minutes : il était déjà vétéran et l'équipe possédait déjà bon nombre de défenseurs de qualité de telle manière que son rôle au sein de l'équipe a progressivement décliné. Et pourtant, l'influence de Marco sur l'équipe était énorme : Mourinho le savait et lui faisait confiance…et a décidé de lui rendre hommage.

Dans les toutes dernières minutes de la finale, l'Inter menait 2 à 0 contre le Bayern de Munich. Mourinho a profité de la situation pour effectuer un changement : le but était principalement de perdre du temps…mais également de récompenser le défenseur senior d'une minute de jeu sur le terrain.

La minute à Madrid a été l'apothéose de ces deux ans avec Mourinho et de ces 10 saisons à l'Inter

Marco Materazzi, défenseur senior reconnaissant

L'international italien sera toujours reconnaissant de l'attention spéciale que lui a porté le Portuguais, ainsi qu'à toute l'équipe, et c'est la raison pour laquelle il n'a jamais approuvé le fait que l'Inter remplace le Mou par Rafa Benitez. Materazzi a été le fer de lance des critiques à l'encontre de l'entraîneur espagnol à qui il a reproché d'enlever la photo de Mourinho du mur et de ne pas savoir gérer un vestiaire.

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Au cours des mois que Benitez a passé à Milan, Materazzi n'a presque jamais joué. L'été suivant, il a décidé de ranger ses crampons…temporairement : trois ans plus tard il est sorti de sa retraite pour devenir joueur-entraîneur du FC Chennaiyin indien.

Comme il l'a répété à plusieurs occasions, le rêve de Materazzi serait d'entraîner aux côtés de Mourinho : « C'est mieux d'être l'assistant de José pendant 30 ans que d'être premier entraîneur », a-t-il affirmé.

Materazzi a été le genre de joueur qui plaît aux entraîneurs – bon envers les membres de son équipe, pas tant envers ses adversaires –. L'italien était conscient de ce qu'il savait faire et s'efforçait de tirer le meilleur de lui même…et si cela impliquait de s'imposer face à ses adversaires, et bien tant pis pour eux.

Ceux qui ont partagé le vestiaire de Matrix assurent que l'Italien n'était pas particulièrement violent, mais sont tous clairs sur une chose : des mecs comme Materazzi, il valait mieux les avoir dans son équipe plutôt qu'en face.