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Drogue

Menace sur la planète ganja : qui va bien fumer des e-joints ?

On a dressé une liste non-exhaustive des nouveaux vapotheads français.
29 juin 2014, 8:00am

Le premier modèle d'E-njoint. Photo via

Comme on pouvait s’y attendre, quelqu’un a eu l’idée de commercialiser des joints électroniques à grande échelle. Et sans grande surprise, cette idée vient d’une société néerlandaise. Une version est déjà disponible depuis le début du mois de juin, mais elle risque de vous décevoir. Il s’agit d’une cigarette électronique normale, à la différence qu’elle est en forme de cône et qu’une feuille de cannabis s’allume à l’extrémité lorsque vous tirez dessus. C’est nul, donc.

En revanche, deux autres versions dont la commercialisation est prévue pour l’été 2014 permettront d’utiliser 1. un e-liquide contenant du THC, ou 2. des « herbes sèches », soit de la vraie weed, à même de vous éclater la race et provoquer de longues et pénibles crises d’angoisse. Ces deux modèles auront sans doute un design plus discret lors de leur mise sur le marché.

Cependant, un mystère plane toujours : qui pourrait bien avoir envie de vapoter de l’herbe ? Les vapoteurs et les fumeurs de joints ne semblent pas faire partie du même public : la cigarette électronique touche principalement des individus âgés de plus de 35 ans tandis que le cannabis est consommé par les 18-25 ans en très grande majorité. On a donc réfléchi à tous les gens qui seraient susceptibles de devenir des consommateurs de e-joints lorsque celui-ci aura envahi le marché et éclipsé tout autre forme de consommation de drogues douces – sachez que plus de 10 000 e-joints sont déjà produits quotidiennement au moment où vous lisez ces lignes.

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LES MECS D’ASSO
Fred est un mec entre deux âges. Pour son anniversaire en 1998, sa copine lui avait offert une place pour Manu Chao à Bercy. D’abord réticent – Fred vient du rock et c’est un fan de Renaud revendiqué – il s’est vite reconnu dans le style sans prise de tête du chanteur et s’est même offert une affiche ornée de la mention ¡ Legalisar ! à la sortie. Depuis cette rencontre, il a passé ses années 2000 à écouter des morceaux qui « font réfléchir » et fume en conséquence un ptit joint de temps en temps après une journée de boulot à la MJC de Colombes. Son pote Jérôme lui a promis de lui offrir un joint électronique à son prochain anniversaire, et il trouve ça « marrant sur le papier », quoiqu’il n’ait pas encore dit oui, ni non.

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LES ONCLES SITUATIONNISTES CHIANTS
Quelque part caché derrière Daniel Cohn-Bendit et Bernard Lavilliers sur « cette photo de ‘68 », ce type a mal vécu le triomphe du thatcherisme des années 1980 et s’est depuis enfermé dans sa ferme isolé près de Guéret, dans la Creuse, habitat d’appoint qu’il a dû retaper seul après que ses enfants « pourtant de gauche » aient succombé aux sirènes du Große Kapital. Basé à plus d’une centaine de kilomètres du premier dealer de la région, il n’a d’autres choix que de passer ses journées à consommer de la bière de caractère achetée à Aldi et à tirer péniblement sur un joint électronique qui lui rappelle à quel point il subit de plein fouet la fracture numérique.

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LES WEED-JUNKIES QUI VEULENT « TOUT ARRÊTER »
On a presque oublié l’objectif premier du fumeur de cigarette électronique : faire baisser sa consommation de tabac afin d’arrêter complètement. Sauf qu’aujourd’hui, à cause d’un énorme phénomène de mode et d’après plusieurs études, la cigarette électronique permet surtout aux gens de fumer de la vapeur dans le métro avant d’allumer une bonne vieille clope dès qu’ils en sortent. C’est pourquoi nous sommes certains que les gros fumeurs de weed maladifs trouveront en l’e-joint toutes les qualités requises pour arrêter de fumer, deviendront soudain prisonniers du gadget, continueront la vraie weed quand même de temps en temps, puis tout le temps, et au final, n’arrêteront jamais.

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LES JEUNES BOURGES QUI ONT PEUR D’ALLER EN CITÉ
Se faire traiter de pédé en allant choper, c’est franchement pas agréable, surtout après avoir passé une heure dans la ligne 13 entre deux paquets de chips vides et un Roumain. Les bobos sont donc de fait emballés par l’idée du joint électronique, à ce point qu’ils ont déjà discuté avec leurs potes développeurs web d’une « appli sur tablette » qui commanderait – en ligne ! – des recharges liquides en cas de pénurie. Consommer de la weed grâce à Internet, c’est le dernier rempart qui manquait à leur vie entièrement sécurisée, où toutes les communications inter-humains s’opèrent désormais à partir de 0 et de 1.

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LES COLLÉGIENS
Depuis qu’il a vu le bikini de Kristen Stewart, votre petit cousin ne rêve plus que de deux trucs : se débarrasser de sa virginité et fumer un joint. Il ne fait pas la différence entre l’afghan et le pollen, ne sait pas où ça s’achète et a été obligé de mater des vidéos didactiques pour comprendre ce qu’était un marocco. Le joint électronique, pour lui, c’est l’association de deux termes de grande valeur dans la société post-pubère qui l’entoure : la technologie et le DANGER.

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LES MEUFS COOL D’AVANT / LES ATTACHÉES DE PRESSE PASSIVES-AGRESSIVES
Quand elle était adolescente, elle passait toutes ses journées à errer chez elle dans un survet Panzeri. Maintenant elle traîne en jean oversize, achète des drogues stimulantes devant le Mauri7 du mercredi au vendredi et aimerait bien fumer du shit, surtout pour avoir envie de mater le film de Tarkovski qu’elle a acheté « sur un coup de tête » il y a déjà six mois et qui a l’air de son point de vue « chelou ». Mais non – elle n’a plus l’âme à se salir les doigts avec une weed résineuse. D’ailleurs, elle n’a plus d’âme du tout. Symbole du drame balzacien qui a vu l’habitant de province émigrer en direction de la capitale, elle a renoncé à toutes ses convictions droit-de-l’hommiste pour basculer dans un monde de brunchs, d’afterworks et de rosé pamplemousse. Elle est morte à l’intérieur depuis Discovery et s’apprête à mourir une seconde fois avec un joint fait de diodes et de plastique.

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LA RÉGION PROVENCE-ALPES-CÔTE-D’AZUR
Saint-Raphaël, Christian Estrosi, l’anchoïade, les bouquins de Marcel Pagnol – c’est tout l’héritage culturel de la PACA qui converge en direction d’une seule et même destination finale : l’e-joint. J’aurais aussi pu parler du Languedoc-Roussillon de Robert Ménard ou de la Corse en général, mais c’est surtout vous, habitants de la PACA, que je vois mentalement en train de fumer un joint électronique devant un bon numéro Nice-Matin, pestant contre les recutements d’inter-saison de l’OM et « les Arabes ».