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LE NUMÉRO SECRET

Vice présente les livres des listes

The People’s Almanacs et The Books of Lists sont deux livres absolument géniaux rédigés par une petite famille absolument géniale (un père, son fils et sa fille) dans les années 1970. Ces bouquins sont des bibles, des mines d’or gavées d...

Illustrations de Laura Park. The People’s Almanacs et The Books of Lists sont deux livres absolument géniaux rédigés par une petite famille absolument géniale (un père, son fils et sa fille) dans les années 1970. Ces bouquins sont des bibles, des mines d’or gavées d’histoires fascinantes et de références alternatives—le Wikipédia d’avant la création d’Internet.  Nous avons donc passé un coup de fil à David Wallechinsky (le fils) et nous lui avons demandé si on ne pourrait pas créer une rubrique mensuelle dans Vice, inspirée de son travail et de celui de sa famille, parce que, euh, en fait, il a juste changé notre vie en nous donnant envie d’écrire sur des trucs obscurs.  Devant notre enthousiasme hystérique, digne d’une fan des Beatles en 1964, il a répondu: «Bien sûr.» Voici donc les deux premières parties de notre série, où nous avons sélectionné le meilleur de ces livres indispensables (mais hyper durs à trouver) et confié les illustrations à Laura Park, l’une de nos nouvelles artistes préférées.

13 MORTS ÉTRANGES

Tiré de The Book of Lists #3 par Amy Wallace et David Wallechinsky.

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TUÉ PAR LE JAZZ Nicola Coviello, cornettiste et professeur de musique de 79 ans, a eu une carrière exceptionnelle qui l’a vu jouer, notamment, devant la Reine Victoria et Édouard VII. Coviello réalise que sa vie touche à sa fin. Il décide de quitter Londres pour le Saskatchewan, au Canada, afin de rendre une dernière visite à son fils. En chemin, il fait escale à New York pour dire adieu à ses neveux, Peter, Dominic et Daniel. Le 13 juin 1926, les jeunes hommes entraînent leur oncle illustre à Coney Island, pour lui donner un avant-goût de l’Amérique. Le vieux Coviello s’amuse bien, mais le vacarme des orchestres de jazz semble l’irriter, jusqu’à lui devenir insupportable. «Ce n’est pas de la musique», se plaint-il, avant de tomber par terre. On constate son décès quelques minutes plus tard. Cause: arythmie cardiaque. TROP DE BONNES CHOSES… C’est pas facile de se tuer en buvant de l’eau. Tina Christopherson y est pourtant parvenue. Âgée de 29 ans et dotée d’un QI de 189, cette habitante de la Floride est obsédée par l’idée d’avoir un cancer de l’estomac, maladie qui a tué sa mère. Pour nettoyer son corps, Tina se livre épisodiquement à des diètes d’eau, durant lesquelles elle ne mange rien mais boit jusqu’à douze litres par jour. Le 17 février 1977, elle boit tellement d’eau que ses reins saturent et que l’excès de fluide remonte dans ses poumons. Elle meurt par noyade interne, également appelée hyperhydratation. MOINS FORT QU’UN ROBOT Kenji Urada, 37 ans, travaille dans l’usine japonaise d’Akashi, pour Kawasaki Heavy Industries. Le 4 juillet 1981, il pénètre dans une zone restreinte, afin de réparer une machine sur une chaîne d’assemblage. Les circonstances de l’accident ne sont pas claires, mais il semble qu’Urada était si absorbé dans son travail qu’il n’a pas remarqué l’approche du robot transportant et déposant des pièces sur la chaîne. Le robot a poussé Urada par-derrière et l’a écrasé contre la machine. LAISSE PAS DANSER TON FILS Août 1981. Simon Longhurst, 11 ans, originaire de Wigan, en Angleterre, passe le dimanche après-midi dans une discothèque ouverte aux enfants. Il s’y adonne au headshake, une danse new wave qui consiste à secouer violemment la tête, sur une musique de plus en plus rythmée. Le lendemain, Simon se met à souffrir de maux de tête. Un caillot de sang se développe rapidement. Il meurt trois semaines plus tard, d’unœdème aigu du cerveau. Le médecin légiste conclut: «mort par malchance.» LES CACTUS NE PARDONNENT PAS Le 4 février 1982, David M. Grundman, 27 ans, s’amuse dans le désert, à la sortie de Phoenix. Il tire deux coups de fusil sur un cactus Saguaro géant. Malheureusement pour lui, ses coups de feu font se détacher une partie du cactus, haute de 7 mètres, qui lui tombe dessus. Il meurt écrasé.  EXCRÉMEMENT GÊNANT Monica Myers, 70 ans, maire de Betterton, Maryland, estime qu’il est de son devoir de vérifier les réservoirs d’eaux usées de sa municipalité. La nuit du 19 mars 1980, elle se rend à la station d’épuration de la ville pour vérifier le taux de chlore et les sédiments. Elle glisse sur une plateforme, tombe dans un réservoir d’excréments humains et meurt noyée. LE GUITARISTE ÉLECTRIQUE Keith Relf, qui s’est rendu célèbre en tant que chanteur des Yarbirds, un groupe de blues-rock des années 1960, est retrouvé mort chez lui, à Londres, le 14 mai 1976. La mort a été causée par électrocution, alors que Relf jouait de la guitare. Il avait 33 ans.  IL SUFFIT DE VOULOIR TRÈS FORT James Otis, un patriote de la guerre d’indépendance américaine, disait souvent à ses amis et à sa famille que si son heure venait, il aimerait que ce soit par la foudre. Le 23 mai 1783, Otis, âgé de 58 ans, est adossé contre un montant de porte d’une maison à Andover, dans le Massachusetts. La foudre tombe sur la cheminée, traverse la charpente et atteint le montant de porte. Otis meurt sur le coup.

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14 RELIQUES HUMAINES

LE CRÂNE DE GEORGE FREDERICK COOKE Même si cet acteur d’origine irlandaise est mort depuis plus de 170 ans, il travaille encore beaucoup. Le crâne de Cooke est la propriété de la bibliothèque de la faculté de médecine de la Thomas Jefferson University, à Philadelphie. Celle-ci le prête de temps en temps à des troupes de théâtre qui s’en servent comme accessoire. LE CERVEAU DE PAUL BROCA Dans l’une des sections les moins fréquentées du Musée de l’Homme à Paris, on trouve de nombreux bocaux qui renferment des cerveaux humains. Certains d’entre eux appartenaient à des intellectuels, d’autres à des criminels. Mais le plus fameux spécimen est peut-être celui de Paul Broca, médecin et anthropologue du 19e siècle, père de la neurochirurgie moderne. LE CERVEAU D’ALBERT EINSTEIN Ce qui est peut-être le plus grand cerveau du 20e siècle n’a pas été enterré avec le corps qui l’abritait. Einstein a demandé qu’on étudie son cerveau après sa mort. Et quand le grand savant meurt, en 1955, sa volonté est exaucée. Le cerveau—ni plus grand, ni plus lourd que la normale—est photographié, sectionné, et circule dans les quatre coins du pays pour être étudié par des spécialistes. Quelques-uns des plus gros spécimens se trouvent à Wichita, dans le Kansas. LE DOIGT DE GALILÉE Le grand astronome meurt en 1642. Sa dépouille ne trouvera le repos qu’en 1737. Lors de l’ultime déplacement du cadavre, pour l’église de Santa Croce à Florence, un aristocratique admirateur coupe trois doigts à Galilée, pour les garder en souvenir. Deux d’entre eux appartiennent désormais à un docteur italien, et le troisième, le majeur, est conservé au Musée d’histoire de la Science à Florence, tendu vers le ciel.  LA TÊTE DE JOSEPH HAYDN Le compositeur autrichien meurt en 1809. Peu de temps après son enterrement, un directeur de prison, phrénologue amateur à ses heures perdues—c’est une personne qui cherche des correspondances entre la forme du crâne et les traits de caractère—engage des pilleurs de tombe pour en voler la tête. Le directeur examine le crâne, le remet à une connaissance, et c’est le commencement d’une odyssée de 145 ans. Le vol est découvert en 1820, quand la famille de l’ayant droit de Haydn fait exhumer le corps. Ils finissent par récupérer un crâne, qui s’avère ne pas être le bon. Le véritable passe de mains en mains, celles d’individus ou d’organisations. Il échoue dans une vitrine, à la Société des amis de la musique de Vienne. En 1932, les descendants des ayants droit de Haydn essayent à nouveau de le récupérer. Mais la Seconde Guerre mondiale et la Guerre Froide leur barrent la route—le corps se trouve dans la zone soviétique autrichienne, la tête dans la zone internationale. Il faudra attendre 1954 pour voir le corps et le crâne à nouveau réunis. LE BASSIN DE CHARLES LOWELL En 1821, Lowell, de Lubec dans le Maine, se fracture le bassin après une chute de cheval. C’est le docteur Micajah Hawkes qui le soigne. Lowell recommence à marcher trop tôt et ne se rétablit pas correctement. Il tient le docteur pour responsable et l’attaque en justice. Après trois procès qui font couler beaucoup d’encre, le juge prononce un non-lieu. Lowell n’en démord pas, exige dans son testament un examen posthume. Celui-ci intervient en 1858. Lowell avait tort. Les fameux os du bassin sont conservés dans un musée d’anatomie de Boston, tandis que le reste du corps est enterré dans le Maine.

LA VERTÈBRE DE JOSE RIZAL Rizal, héros national des Philippines, est accusé de sédition et exécuté par les Espagnols en 1896. On l’enterre sans cercueil. Il est exhumé en 1898, après la prise de Manille par les Américains. La plupart des restes de Rizal sont enterrés sous le monument érigé en son honneur à Luneta; tous, sauf l’une de ses vertèbres cervicales: elle est exposée comme une relique sainte à Fort Santiago.  LES CHEVEUX ET LA DENT DE GEORGE WASHINGTON En juin 1793, Washington confie un médaillon contenant une mèche de ses cheveux à son aide de camp, le Colonel John Trumbull. À sa mort, Trumbull lègue la mèche de cheveux à l’un des premiers cousins du Président, le docteur James A. Washington, qui la transmet à ses proches comme une sorte de «cheveu de famille». Le dentiste de Washington, John Greenwood, parvient à acquérir une autre pièce de collection provenant du président: la dernière de ses dents naturelles. Washington l’avait postée à Greenwood pour qu’il lui fasse un dentier. Le dentiste l’a gardée en souvenir. Elle est restée dans la famille Greenwood pendant des générations. LA TÊTE DE SAINT BONAVENTURE Ce grand théologien et philosophe catholique n’a décidément pas pu reposer en paix. Près de 300 ans après sa mort, survenue en 1274, ses restes se retrouvent au beau milieu d’une guerre de religion française, opposant l’Église catholique romaine et les Huguenots protestants. En 1562, à Lyon, la tombe de Bonaventure est pillée. Son corps est brûlé sur la place publique mais sa tête—qui, à ce qu’on raconte, était parfaitement conservée—est sauvée et cachée par un fidèle. Mais elle disparaît à nouveau pendant la Révolution française. Depuis, elle n’a pas été retrouvée.  LA JAMBE DE DAN SICKLES Personnage pittoresque, Sickles était un membre du Congrès de New York, qui avait mobilisé et dirigé une brigade de volontaires au début de la Guerre de Sécession. Il prend part à l’un des plus violents combats à Gettysburg et y laisse sa jambe droite. Ce traumatisme ne lui fait pas perdre la tête. Il fait conserver sa jambe et l’envoie à Washington, où on l’expose dans une petite boîte en bois au Musée médical de la bibliothèque du Congrès. Sickles s’y rendra lui-même souvent. LE CERVEAU DU MAJOR JOHN POWELL Le géologue Powell a fait don de son cerveau au Smithsonian Institute, dont il était membre, parce qu’il avait parié avec un associé qu’il avait un plus gros cerveau que lui. Bien que la matière grise de Powell fasse toujours partie de la collection du musée, il n’y a aucune trace du cerveau de son associé, ce qui fait de Powell le gagnant par défaut.  LA VESSIE DE LAZZARO SPALLANZANI En 1799, à la mort du biologiste italien Spallanzani, ses collègues ôtent sa vessie malade pour l’étudier. Elle est ensuite exposée au public dans un musée à Pavie, en Italie, où les esprits curieux peuvent toujours admirer ce morceau de choix. LE CŒUR DU BARON PIERRE DE COUBERTIN Lausanne, en Suisse, et Olympie, en Grèce, sont les deux sites les plus révérés du mouvement olympique moderne. Coubertin, fondateur du mouvement, a laissé une partie de lui-même dans chacun de ces endroits. Son testament exigeait que son corps soit enterré à Lausanne, siège du Comité International Olympique. Mais on devait d’abord lui ôter le cœur pour le placer dans une colonne de marbre à Olympie.

Tiré de The Book of Lists #3 par Amy Wallace et David Wallechinsky. 
Illustrations de Laura Park.