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Weed Dealings - Je vous présente le Docteur Abrahms

6.6.11

Quand vous croyez en quelque chose, le temps s’arrête de plusieurs manières. C’est facile de se consumer quand on est passionné. Le mauvais côté de ce genre d’engagement est la perte de perspectives et d’objectivité. Pour ceux qui se mobilisent pour la libéralisation du cannabis, ce genre d’engagement est nécessaire. Dans un combat où vérité et justice ont été remplacées par déception et manipulation, il faut s’affranchir de la réalité pour pouvoir persister. Mais, comme je l’ai déjà dit, ce même engagement – et le manque de perspectives qu’il demande – peut éventuellement se transformer en handicap. Heureusement, avec du sang neuf, de nouvelles perspectives apparaissent. Cette semaine, je voudrais vous parler de quelqu’un de très important pour le mouvement et l’industrie du cannabis, même s’il n’en consomme pas, n’en vent pas et n’en fait pas pousser. Le Dr Donald Abrams est un cancérologue de San Francisco qui en a fait beaucoup pour prouver les vertus médicinales du cannabis dans le cadre de recherches cliniques. Le Dr Abrams a une influence différente sur l’industrie. C’est un « outsider » qui apporte une perspective nouvelle et contribue à renforcer la validité de ce mouvement.

Dr Abrams a commencé à s’intéresser au cannabis dans les années 1990. Comme directeur adjoint du programme pour le SIDA à l’Hôpital Général de San Francisco, le Dr Abrams est entré dans le monde du cannabis de la façon la plus inattendue qui soit. Dans le temps, tout le monde s’accordait à dire que le cannabis possédait des vertus thérapeutiques. Le Dr Abrams s’est battu pour mener des études qui établissaient les bienfaits du cannabis sur les patients malades du SIDA et atteints du syndrome de cachexie. Cachexie est le nom utilisé pour résumer le déclin lent et douloureux du patient, jusqu’à un stade où il n’est plus possible d’absorber des nutriments. Étant donné que le Dr Abrams était l’adjoint du directeur d’un programme pour le SIDA à San Francisco, il avait la position idéale. Ces patients qui souffraient du syndrome de cachexie s’automédicamentaient avec du cannabis. À ce moment-là, le nord de la Californie était de loin le coin le plus favorable au cannabis du pays. Aucun autre endroit n’aurait pu accueillir les recherches du Dr Abrams.

Il lui est arrivé de traîner cinq ans sur une recherche à cause de tracas et formulaires administratifs. On lui répétait que le cannabis ne pouvait en aucun cas être efficace puisqu’il était toxique. Les campagnes de désinformation d’Anslinger et Nixon se poursuivaient quand le Dr Abrams essayait de mener ses recherches à bien (à un moment où aucun autre médicament n’était disponible pour combattre les symptômes du syndrome de cachexie). On lui a fait comprendre qu’aucun gouvernement ne paierait pour ces recherches. Comment ça se fait ? Comment est-ce qu’une institution qui cautionne des mythes pourrait bien autoriser un docteur à mener des recherches susceptibles de contredire ces mythes ?

Plusieurs de ses problématiques ont été refusées mais le Dr Abrams a persisté. Il n’est même pas un consommateur de cannabis, c’est juste un professionnel avec un minimum d’intégrité. Après cinq ans de tentatives avortées pour obtenir une autorisation, il a eu une révélation. Au lieu de proposer de tester les effets bénéfiques du cannabis, le Dr Abrams a eu l’idée de tester la façon dont le cannabis interagissait avec les inhibiteurs de la protéase. Les inhibiteurs de la protéase sont une nouvelle catégorie de médicaments qui renforcent le système immunitaire de notre corps contre le VIH. Parce que les inhibiteurs de la protéase étaient nouveaux, la plupart des patients à qui on en prescrivait consommaient en plus du cannabis. Il était donc primordial de déterminer la façon dont les deux substances interagissaient. La recherche a été menée sous couvert d’examen clinique des effets potentiellement négatifs du mélange du cannabis et des inhibiteurs de protéase, et en parallèle, le docteur étudiait l’influence du cannabis sur les symptômes des patients.

Le Dr Abrams a continué à mener plusieurs autres expériences, et a créé un groupe de travail favorable à un usage médical du cannabis. Son travail a accompli ce qu’aucun niveau de militantisme peut accomplir. Il a été capable de faire bouger les choses depuis l’intérieur de l’institution et d’attirer l’attention sur certaines incohérences. C’était inconstitutionnel de la part du gouvernement d’empêcher les patients malades du SIDA de consommer du cannabis.

J’ai le sentiment que ce retour à l’archétype américain de base – le petit mec qui l’emporte face au géant – fait surface relativement souvent dans le mouvement pour le cannabis. C’est drôle, parce que le méchant est notre propre gouvernement. Nos « vrais héros » contemporains se battent contre l’institution américaine. Il fut un temps, seuls les « hippies libéraux » avaient se préoccupaient du cannabis. Aujourd’hui, un nombre croissant de citoyens aux identités diverses et variées se battent pour sa légalisation. Peut-être parce que les préoccupations ont été modifiées parce que la majorité des gens connaissent un ami qui a eu ou a un cancer. Toute l’idée « d’apporter une légitimité » au produit arrive de concert avec une tendance moins évidence qui montre que des personnes issues d’horizons divers se sentent concernées. Le problème du cannabis n’est pas uniquement lié au seul monde du cannabis. Pouvoir compter sur des gens comme le docteur Donald Abrams aide énormément à faire de cette cause une cause pour tous.

ZACH G. MOLDOF