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Baiser en prison, c'est possible

Rien n'est jamais perdu quand il s'agit d'échanger des fluides
28.3.12

Baiser en prison, c'est l'équivalent de bouffer une entrecôte à 15 euros sans la payer. C'est la meilleure comparaison que j'ai trouvée pour évoquer ce sentiment-là.

Quand j'étais à la prison de Washington County à Hillsboro, dans l'Oregon, mes parents sont retournés en Écosse parce que mon père souffrait des premiers signes de démence qui annonçait sa future sénilité. C'était en 1983 et je n'étais pas assez équipé émotionnellement pour supporter l'idée de voir mon père mourir à petit feu. J'ai sombré dans l'héroïne et la coke, dans l'espoir d'atténuer la peine que cette nouvelle m'avait procurée. Le jour où on m'a appris sa mort, une voiture de la BAC, celle d'un flic nommé « Scotty », s'est arrêtée à côté de moi le long du trottoir. Il a simplement ouvert la portière et dit : « Monte ! » On est restés assis là pendant qu'il s'assurait de mon état en me parlant comme un grand frère l'aurait fait, avec ses armes impressionnantes et son chapeau rigolo. Il a essayé de me faire entrer dans un centre de désintox', mais il était hors de question de me faire abandonner mes anesthésiants ; je me suis donc échappé par la fenêtre au milieu de la nuit, en pyjama, et j'ai braqué la supérette du quartier pour chopper un paquet de Marlboro. J'ai fait du stop sur l'autoroute du nord pour revenir à Portland.

À la prison de Washington County, il y avait ce kid porto-ricain, Fernando, qui se faisait appeler « El Gato » (le chat). Il avait beau être frêle, il avait des couilles en béton. Quand on s'est rencontrés, avec d'autres mecs sympa de là-bas, il m'a dit : « Hey blanche-neige, ici, c'est chez moi [en parlant de la taule], donc tâche de ne pas l'oublier, OK ? »

« Le Chat » et moi sommes devenus super potes et son discours est vite passé de « Ici, c'est chez moi » à « Mi casa es su casa ». Quand j'ai dû partir (un agent du FBI m'avait foutu dans un centre de détention fédéral parce qu'il pensait que j'allais sombrer dans le « crime organisé »), il s'était mis à m'appeler « Pinchey Maniaco » ce qui, je crois, signifie un truc du style « Putain de dingo de merde ». J'ai chialé comme une fillette ce jour-là, parce que je savais que je ne le reverrai jamais.

Le trucs que doit faire le mec qui arrive en taule, c'est de devenir un « prisonnier de confiance » parce que c'est ce qui va lui permettre de bosser. Ça fait passer le temps, occupe l'esprit et le corps, vous procure un semblant de liberté et, si vous avez la chance d'être en cuisine, ça vous donne accès à un coin fumeur d'où vous pouvez apercevoir la rue, située à seulement quelques mètres de là. La bouffe est géniale : omelettes tous les matins, tranches de bacon, sirop d'érable sur pancakes, steaks et produits frais, de l'argent et surtout, des meufs.

Le quartier des femmes de la prison de Washington County est traversé de couloirs en forme de U. Les cellules pour quatre personnes ont des bancs de chaque côté et sont séparées de ces couloirs par des barres qui s'étendent jusqu'au plafond. Si dans le couloir, vous retournez un seau à serpillère, que vous montez dessus et qu'une détenue s'accroche aux barreaux avec ses jambes, son cul est parfaitement à hauteur de votre taille. Cette petite astuce vous permet de baiser à travers les barreaux.

J'ai testé cette méthode quand une femme a commencé à me laisser des notes après chaque repas. Dans ces petits mots – qu'elle avait écrit à mon intention alors que je passais la serpillière dans le couloir qui longeait sa cellule, elle me révélait son amour pour moi et mon accent écossais. Elle me racontait pourquoi elle s'était retrouvée en taule et pour combien de temps. Rapidement, on s'est retrouvés à faire des parties de jambes en l'air, à raison de trois fois par jour. Après tout, c'était le job des prisonniers de confiance de passer la serpillière dans les couloirs après chaque repas.

Il va sans dire que si le lieutenant de la prison, M. Ross, s'était intéressé un tant soit peu à ce que faisaient ses prisonniers, il aurait pu être perplexe ; je nettoyais les couloirs sans la moindre goutte d'eau. Mais en même temps, si quelqu'un était entré dans notre périmètre pendant ces épisodes, il aurait sans doute été plus surpris par le spectacle qui se serait offert à lui. Un spectacle dans lequel il aurait pu admirer une combinaison orange debout sur un seau ridicule et un cul en train de faire des va et viens comme le coude d'un violoniste. Sans oublier notre amie de l'autre côté des barreaux, ses fesses cognant contre les barres qui nous séparaient et ses deux pieds dans ma direction, au dessus de mes épaules. Il aurait également été témoin de l'expression qui ornait mon visage à ce moment-là, un air de satisfaction évoquant mon triomphe intégral sur les forces du pouvoir.

Andy Dufresne n'a jamais été capable de mettre au point un truc pareil, mais la morale est la même : ne perdez jamais espoir, même quand vous vous retrouvez dans une prison haute sécurité. Dieu est toujours bon, vous verrez.