Ma nuit dans un bar à pipes de Bangkok

Le Dr. BJ ressemble à une clinique, mais c’est le bar à hôtesses le plus bizarre de toute la Thaïlande.

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14 Août 2014, 8:00am

Bangkok, en Thaïlande, est un puits sans fond de péché pur, une zone interdite où vous pouvez assouvir à peu près n'importe quel fantasme agitant les fins fonds de votre esprit tordu, le tout servi sur un plateau d'argent avec des tonnes de drogues et d'alcool en prime. Une quantité infernale de salons de massage et autres bordels gît au milieu de tout ça, au service de cette masse informe et omnisciente qu'est le tourisme sexuel.

Pour les jeunes entrepreneurs, il est difficile de tirer son épingle du jeu au sein d'un marché du stupre aussi saturé. Soyez donc aussi explicite et lourd que possible. C'est la façon de penser du Dr. BJ's Salon, le plus célèbre bar à pipes de Bangkok.

 

Son emplacement est visible depuis la station de métro Nana, dans la même avenue que le centre commercial le plus chic de la ville. En remontant vers le Nord, vous serez illuminé par 14 néons identiques. C'est ici. À l'intérieur, le bar à pipes est vivement éclairé et ses murs sont d'un blanc immaculé. Il a été conçu pour ressembler à une clinique, soit le dernier endroit où vous auriez envie de vous faire sucer – mais peu importe.

Jared (ce n'est pas son vrai nom) est un pote à moi. Il est Américain, a 27 ans et vit à à Bangkok. Il est déjà venu dans ce bar à pipes, à deux reprises.

« Quand je suis arrivé à Bangkok, j'ai vu l'extérieur du Dr. BJ et je me suis dit, Attends, je lis bien, là ? Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Parce que ça ressemble quand même pas mal à une clinique. J'ai regardé leur site en rentrant chez moi et j'étais genre, Oh mon Dieu, ça existe pour de vrai ! »

J'ai demandé à Jared de m'emmener visiter cette clinique où aucune des infirmières n'a de diplôme ; l'équipe du Dr. BJ a eu l'amabilité de nous laisser prendre des photos, ainsi que de répondre à mes questions au sujet de sa stratégie commerciale.

 

Le propriétaire, un Britannique qui préfère dissimuler son identité sous le sobriquet de « Dr. BJ », a un passé de vendeur de stéréos et un talent certain pour le marketing. Dr. BJ considère que tous les commerces devraient chercher à être le plus explicite possible au sujet de leurs activités, surtout ceux liés d'une manière ou d'une autre au sexe.

« Je pense que le nom communique plutôt bien la nature de notre activité », m'a-t-il dit tandis que je visitais le salon. « C'est facile de s'en souvenir. De plus, on reconnaît bien le logo. Quand j'ai commencé dans l'industrie du sexe, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi personne ne cherchait à se différencier. Comment pouvaient-ils ne pas prendre exemple sur les grandes réussites marketing ? J'ai longtemps observé ce qu'avaient fait McDonald's ou KFC. Où que vous alliez, vous tomberez toujours sur Ronald et le Colonel. On cherche à faire pareil. Dr. BJ est le Ronald McDonald du sexe. »

 

Le Dr. BJ en chef a poursuivi sur la création de son entreprise. « Au moment de la planification de notre business, je pensais que le Dr. BJ était voué à n'accueillir que des touristes venus à Bangkok pour passer du bon temps. Il s'avère en fait que plus de la moitié de nos clients sont de vrais habitants de Bangkok – quoique non-Thaïlandais. Nous avons une grosse clientèle japonaise et coréenne », ajoute-t-il.

Le boss du Dr. BJ aborde son activité non sans humour. Sur son site, la société liste plusieurs salons « sur le point d'ouvrir » dans des endroits tels que le Vatican, Kaboul ou Téhéran. Ils reçoivent souvent des mails de la part de fonctionnaires afghans ou iraniens qui n'ont pas compris qu'il s'agissait là d'une blague.

 

Lorsque vous entrez, le secrétariat n'est pas différent de celui de votre médecin. Un simple menu liste les différents services et leur prix. Les filles sont séparées en deux niveaux de compétences : les« infirmières » d'un côté, et les « consultantes » de l'autre. Les infirmières s'habillent en blanc, et les consultantes, expertes en matière de sexe oral, en noir. Les prix débutent à 700 baht (16€) pour une session blowjob avec une infirmière, et 1000 baht (23€) pour une demi-heure avec une consultante. Ils montent jusqu'à 5000 baht (115€) pour passer la nuit avec ladite consultante.

Au dessus de l'entrée, on distingue une mezzanine où les filles se réunissent avant d'être choisies par les clients. « Elles me faisaient penser à des vautours. C'est infernal d'avoir 20 filles qui te regardent depuis là-haut », m'a dit Jared.

 

Sur le site du Dr. JB figurent les différents profils des filles. On voit des photos d'elles, accompagnées de diverses notes et critiques rédigées par la direction elle-même. Certaines sont étonnantes : « –– est très populaire et je ne sais pas du tout pourquoi. Un client va dans une chambre, sort, paie puis quitte l'établissement, et revient ensuite pour la revoir. Je dois découvrir pourquoi – car ce n'est pas la plus belle ! »

« J'ai demandé deux fois la même fille parce que c'est elle qui a les meilleures critiques », m'a dit Jared. « La dernière fois que j'y suis allé, c'était il y a trois semaines. J'avais fait la fête avec des amis. J'étais bourré et chargé au M-150 [une boisson énergisante thaï appréciée des taxis-moto]. Je me suis dit : "Je pourrais juste y passer vite fait". J'étais assez frustré sexuellement à ce moment-là et je crois que j'avais besoin de décompresser un peu. »

Le bar n'est pas conçu pour être accueillant. Les filles ne traînent jamais dehors pour haranguer les passants, comme dans la plupart des business voisins. Le Dr. BJ est loin d'être seul sur Soi 7/1, avenue où se côtoie une multitude de « salons de massages ». Cependant, le nom et l'esthétique du Dr. BJ lui garantissent que personne ne viendra jamais demander à se faire masser les pieds ou la nuque. Bien que ses voisins fassent de discrets clins d'œil lubriques à leur clientèle potentielle, le Dr. BJ pour sa part, hurle à qui veut l'entendre : « Hey, venez chez nous ! On met nos bouches sur vos bites en échange d'un peu d'argent ! »

 

J'ai laissé Jared poursuivre. « Après avoir payé, on est allé au troisième étage. Les chambres ressemblent toutes à des placards à balais alignés le long d'un couloir tamisé. C'est glauque. Les filles portent de petits sacs plastique contenant du dentifrice, des préservatifs, du lubrifiant et d'autres trucs. Dans la pièce, il y a un fauteuil inclinable en cuir noir, un tabouret et ces lavabos que tu trouves dans les salons de coiffure. Tu devines à quoi ça sert. » Si vous pensiez au mot « lavage de bite », vous avez gagné. « Elles s'apprêtent à te sucer, du coup c'est pas plus mal. Après qu'elles t'aient lavé, elles recouvrent le siège d'une étoffe parce que, forcément, d'autres personnes se sont déjà assises là. »

J'ai demandé à Jared si la fille qu'il avait rencontrée était douée – en gros, s'il s'agissait d'une pipe de lycéenne ou d'une expérience haut de gamme. Il m'a répondu en explicitant beaucoup plus que prévu : « J'ai remarqué beaucoup de singularité dans sa pipe. Elle a démarré à l'extrémité en utilisant ses mains afin de caresser le pénis de haut en bas. Ensuite, elle a joué avec le gland tout en embrassant la verge – elle était très douée. Elle a terminé en me faisant un peu de deep-throating. J'étais franchement impressionné. »

« J'avais peur de jouir trop tôt, poursuit-il, mais on arrivait vers la fin de la demi-heure et je crois qu'elle en avait marre que je n'éjacule pas. Au début, elle est restée habillée, mais comme elle voyait que je n'étais pas près de finir, elle a enlevé son haut et m'a laissé la toucher. Mais pas de branlette espagnole ou quoi que ce soit. Il faut payer 1000 baht de plus pour ça. J'ai fini par me jouir dessus. Elles ne veulent pas que ça atterrisse dans leurs cheveux ou sur leur visage – elles ont tellement de clients chaque nuit. Après, elles restent avec toi genre 30 secondes, puis elles attrapent le dentifrice, se brossent les dents, te nettoient et redescendent. »

 

Il a terminé son histoire, toujours dans un style atrocement détaillé. « C'était une expérience vraiment étrange – surréaliste et ultra perverse. Je me sentais sale, mais pas d'une manière cool, tu vois. C'était ma première gorge profonde, donc ça ouais, c'était bien. Mais ça aurait été dix fois mieux si je l'avais fait avec une personne à laquelle je tenais. Je ne crois pas que j'y retournerais. Il y a vraiment un truc fou à propos de cet endroit. C'est presque… expérimental. C'est pourri de dire : "Je me suis fait sucer par une pute", tu vois. Alors que : "Je suis allé dans un endroit qui s'appelle le Dr. BJ et je me suis fait sucer par une fausse infirmière", ça, c'est cool. »

Yep, raconte ça à qui tu veux Jared.