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Music by VICE

On ne mérite pas Vince Staples

« Pas un mec sur Terre ne peut sincèrement me donner le nom d'un rappeur des années 90 qui était plus gros que les Backstreet Boys, NSYNC ou les Spice Girls. »

par Eric Sundermann
12 Septembre 2016, 3:29pm


Photo - Jason Favreau

Prima Donna, le nouvel EP de Vince Staples, est un tour de force. 7 morceaux effervescents et chaotiques qui ont vocation à faire trembler les murs, quelque soit l'endroit où vous l'écoutiez ; soit le pendant naturel, autant dans les lyrics que dans les sons, du LP Summertime '06 paru l'année dernière, et le meilleur tremplin possible pour la prochaine production du rappeur de Long Beach. Émaillé de featurings d'A$AP Rocky et Kilo Kish, le projet a été produit par un trio rêvé – James Blake, DJ Dahi (« Worst Behaviour »), et No I.D (Kanye West).

Dans le quotidien, Staples est tout le contraire de son disque : charmant, souriant, poli. Il débarque aux bureaux de VICE dans une tenue simple, en accord avec son attitude : un sweat à capuche uni, un jean, et une paire de Converse All-Stars, évitant tous les clichés du rap. « Je déteste les rappeurs », me dira-t-il plus tard. Ça se tient.

Staples est très probablement plus intelligent que vous et moi, et ça se sent, même s'il ne le reconnaîtra jamais et serait même du genre à maintenir le contraire. Une qualité qu'on retrouve dans ses textes, aussi malins que poignants. Prenons quelques exemples sur Prima Donna. Dans « Big Time » : « They paid me 80K / I put it away for a rainy day / You never know when you gonna catch a case. » [Ils m'ont filé 80 000 dollars / Je les ai mis de côté pour plus tard / Tu sais jamais quand ils viendront te foutre en taule]. Sur « Smile » : « I know they hoping that it's right back to the ghettos I go / I know my pigment is not that of a businessman. » [Je sais qu'ils espèrent que je retourne tout droit dans le ghetto / Je sais que je n'ai pas la couleur de peau d'un homme d'affaires]

Ses textes possèdent une assurance rare, et lorsqu'il discute avec vous – en vous regardant toujours droit dans les yeux –, il enchaîne sans effort les remarques pertinentes sur l'art, Internet, les conflits raciaux ou la politique, avant de vous avouer qu'au fond, il n'en a rien à battre. Et vous y croyez. Une approche qui lui vaut parfois quelques ennuis – l'année dernière, il avait avancé dans une vidéo pour TIME que les années 90 étaient surestimées, ce qui avait provoqué une violente colère dans le monde de la musique (ou plutôt dans le monde de la musique en Air Force 1 blanches) et engendré une pluie de billets d'humeur – mais une fois encore, il s'en foutait.

Staples est un des seuls rappeurs actuels qui a TOUT compris. Et si vous ne savez pas ce que ça veut dire, tant pis, parce que Staples produit une musique tellement bonne qu'elle rend tout débat obsolète. C'est ce qui fait de lui l'un des derniers véritables artistes de notre époque.

Et il n'a que 23 ans.

Noisey : Tu as voulu faire quoi, avec Prima Donna ?
Vince Staples
: Je n'essaie pas de faire passer de message. Je fais juste de nouveaux morceaux. Chaque titre a sa signification, mais il reste ouvert aux interprétations. Je ne crois pas qu'il faille expliquer aux gens ce qu'ils écoutent. Je pense qu'ils sont capables de comprendre tous seuls. Quand j'étais plus jeune, et en grandissant, je n'ai jamais demandé la signification de quoique ce soit. Ce n'était pas comme maintenant – dès qu'un nouveau truc sort, aujourd'hui, l'artiste explique de quoi ça parle, chaque chanson, chaque mot, et puis tu as 50 personnes sur Rap Genius qui t'expliquent la signification de ceci, la signification de cela. On devrait laisser chacun interpréter les choses comme il l'entend. C'est ça qui fait que l'art est l'art. On ne te livre pas un tableau avec une petite pancarte sur le côté qui t'explique exactement ce que c'est et de quoi ça parle. Les gens essaient encore de comprendre la Joconde, de savoir d'où ça sort. Personne ne le sait vraiment, et c'est ça qui rend les choses uniques, le fait qu'elles puissent avoir plusieurs significations selon la personne qui les regarde.

Ta carrière a vraiment commencé à prendre forme ces derniers mois, l'impact de ta musique s'est vraiment élargi. Comment as-tu vécu ça ?
Honnêtement, je n'y pense pas, absolument pas. C'est une des raisons pour laquelle j'arrive à m'en sortir plutôt bien ; parce que je n'y pense pas. Tout ce qui se passe a été plus ou moins planifié à l'avance et programmé, jusqu'au timing lui-même. Soit ça marche, soit on se plante. On n'a juste pas encore atteint le point de rupture pour l'instant, pour certains trucs. Il faut être vigilant partout, être vigilant avec soi-même. Tu sais, c'est juste de la musique. Ce n'est pas la vraie vie. Ça reste quelque chose d'apaisant. Ce sont juste des putains de chansons.


Illustration - Adam Mignanelli

Je suis sûr que tu es sincère mais je trouve ça toujours difficile à croire, parce que personnellement, si j'étais dans cette situation...
...mais ce n'est pas forcément une situation qui me plaît. Je n'ai jamais porté d'importance au fait de réussir, de devenir un artiste, ou un rappeur, un musicien, toutes ces conneries. Les gens que je rencontre ont énormément d'attentes. Mais moi, je n'en ai aucune. Soit ça marche, soit ça ne marche pas. Donc ce n'est pas un rêve pour moi, tu comprends ? Les gens qui réalisent leur rêve, ça engendre de la pression. Ce n'est pas forcément le cas pour moi. Je ne ressens pas cette pression de devoir être comme ceci, ou comme cela, d'être parfait... Je ne rêve pas de monter sur telle scène ou de participer aux Grammys. Je pense que ça me soulage d'un stress, d'une pression que certains artistes peuvent ressentir. Je n'ai jamais passé le moindre jour de ma vie à penser à ça.

Comment évalues-tu le succès alors ?
Je ne crois pas qu'on puisse évaluer le succès. Tout dépend de ce que tu veux.

Et qu'est ce que tu veux ?
Je ne veux vraiment rien en particulier, pour être honnête. Je veux pouvoir prendre soin de ma famille. C'est tout. Le reste, je m'en fous.

Y a-t-il un point sur lequel tu te sens incompris, en tant qu'artiste ?
Non. Je suis moi-même depuis le début. Être incompris, c'est subjectif. Est-ce que tu peux être incompris si tu te fous que les gens te comprennent ou non ? Qui a besoin d'être compris ? C'est une chose tellement simple, d'être compris. Mais nous ne sommes pas simples, nous devrions arrêter de vouloir être simples.

On en revient à ce que tu disais tout à l'heure, sur ta musique, et sur le fait que tu ne veux pas forcément tout décortiquer.
J'ai fini par en avoir marre de toutes ces conneries. Je n'en peux plus, depuis cette fois où j'ai fait un truc qui s'appelle « Decoded », sur le blog de Life and Times. Ils étaient là, « explique nous le couplet de 'Screen Door' »... Je leur ai répondu « Comment ça, expliquer ? C'est clair non ? Ce sont des mots. Chaque mot signifie quelque chose, tu rassembles les choses que ces mots signifient, et puis tu prends toutes ces significations afin de déchiffrer le sens profond de tout ça à travers le prisme de ton ressenti personnel. (...) Il faut écouter. Les gens ne veulent pas écouter ; ils veulent juste qu'on leur explique ce qu'il faut comprendre.



Je vais te donner deux exemples parfaits, qui me concernent directement. J'ai participé à un truc, je ne me souviens plus avec qui c'était, mais Earl (Sweatshirt) et Mac Miller y étaient aussi, et ils étaient là, « Oh Vince, ce mec ne respire pas. Il a des branchies, il ne respire pas. » Les kids mataient ça sur Internet et ont commencé à dire « Mais ouais, Vince ne fait jamais de pauses quand il rappe ! Sans déc', il contrôle tellement bien sa respiration ! » Mais putain, je suis asthmatique, je ne contrôle pas du tout ma respiration [Rires] ! Le fait est que je n'arrive pas à respirer. Donc si les faits sont que je n'arrive pas à respirer, et qu'on embraye tout de suite sur ce que quelqu'un d'autre dit, alors on zappe le fait que je suis sur scène avec de la ventoline, tu vois ce que je veux dire ? Autre chose. Une fois, Earl a déclaré, « Oh, Vince Staples n'a pas écrit un seul mauvais couplet. » Bah si. Comme tout le monde. Et si tu dis écouter ma musique, et je pense que c'est le cas de certaines personnes, alors tu sais que ça m'est arrivé d'écrire un mauvais couplet. Et ça donne une mauvaise chanson. Donc si je déclare que mon album parle d'une expérience que j'ai vécu un jour chez mon garagiste, les gens vont avaler ça comme ça, au lieu de dire, « non, c'est n'importe quoi ton truc. »

Ça ferait les gros titres de tellements de blogs.
Je veux dire, tu n'es pas plus malin que moi, je ne suis pas plus malin que toi. Nos opinions ont autant de poids l'une que l'autre. Ce n'est pas parce que c'est moi qui le fais que je sais exactement ce que ça signifie. Ça peut arriver que quelqu'un te comprenne mieux que tu ne te comprends toi-même. Voilà pourquoi je veux que les gens écoutent la musique et en retirent ce qu'ils ont à en retirer. J'ai lu une interview une fois où quelqu'un disait que mon album parlait majoritairement de meufs, et je me suis dit, « hey, c'est pas faux, quand on y pense. Je ne l'avais jamais vu sous cet angle-là. »

Ça devient vraiment intéressant quand la façon de voir d'un auditeur te fait changer la manière dont tu considères ta propre musique.
C'est parce que je ne fais pas ça dans le but d'être « arty ». Je fais juste des chansons.

Quelle est ton opinion sur ce qui s'est passé cet été, tout le truc sur les années 90, tes tweets et les commentaires...
J'avais raison.


Photo - Jason Favreau

Je suis curieux d'avoir ton avis sur la culture blog et Internet en général, le flux de contenus et leurs effets, qu'ils soient positifs ou négatifs.
Je les prends pour ce qu'ils sont. Et pour cette histoire sur les années 90... Personne n'a le droit de se planter là et de m'expliquer la vie – le débat ne portait pas sur la qualité de la musique, il portait sur son effet et son impact sur la pop culture. Cite moi un seul artiste de l'époque qui était plus gros, globalement, que 50 Cent ou Kanye West, ou quand Jay Z est devenu vraiment fat dans les années 2000, ou qu'Eminem après la sortie de son album en 99. Lil Bow Wow jouait dans des stades avec Omarion. C'est là où le truc est devenu énorme. Tu vois ce que je veux dire ? Mais les gens ne sont pas honnêtes avec eux-mêmes. J'ai l'impression qu'il y a des connards qui refusent de voir l'aspect global. Ils ne voient que leur petite place dans tout ça. Donc pour ceux qui ont fait partie de cette époque en particulier, ils sont là « ouais, c'était mon truc ça ». J'y étais aussi, alors tu peux la fermer. Tu n'es pas plus important ou spécial qu'un autre, mec. Aucun d'entre nous ne l'est. Les chansons sont importantes.

Je ne sais pas qui est le John Lennon du rap. Je ne sais pas non plus qui est le Little Richard. On a des personnages qui se démarquent, mais on les rejette. Young Thug fait des choses, dit des choses qui font de lui un musicien, une figure du monde musical, mais les gens se foutent de sa gueule, le traitent de gay...

Ça n'a juste aucun sens à mes yeux. Si je dois être honnête, je dirais qu'Eminem est possiblement le plus grand rappeur de tous les temps. Et avant Eminem, il y avait les Spice Girls, Backstreet Boys, NSYNC, tous ces gens. Pas un mec sur Terre ne peut sincèrement me donner le nom d'un rappeur des années 90 qui était plus gros que les Backstreet Boys, NSYNC ou les Spice Girls. Et personne ne peut me dire qui est plus gros que les rappeurs de nos jours, plus gros que Kanye West en particulier, en restant objectif. C'est impossible. La pop star qui vend des disques, elle est mariée à Kardashian. C'est lui le plus gros. C'est lui la rock star. Pour moi, c'est lui le plus grand artiste du monde. Bien sûr, tu as toujours One Direction, tous ces gens-là, mais Kanye a ce côté pop lui aussi. Les gens qui connaissent One Direction connaissent Kanye. Par contre, personne n'est capable de reconnaître les soi-disant stars des années 90.

Au début des années 2000, Cash Money passait dans les stades. Il n'y a pas eu un seul show de stade avec les mecs des années 90, et si ça a eu lieu, je n'en ai jamais entendu parler. C'est ouf ce qu'il se passe maintenant. Drake et Future viennent d'enchaîner quatre putain de soirs d'affilée au Madison Square Garden. Arrêtez de faire semblant que ça arrivait avant. Ça n'arrivait pas avant.

Pourquoi est-ce que tu penses que les gens ont peur de...
...parce qu'ils ne font plus partie de ce qu'il se passe maintenant. Quand j'écoute certains trucs des années 80, 90, du rap, n'importe quel genre, ça ne me touche pas. Et il y a certains trucs de maintenant qui ne me toucheront pas non plus. Est-ce que ça veut dire que c'est mauvais ? Pas du tout. Qui je suis ? Je suis juste une personne parmi d'autres. Mais si on parle d'influence à grande échelle, Kanye West a fait une chaussure que tout le monde porte, qu'on aime sa musique ou non. C'est la chaussure du moment. Elle est plus présente que n'importe quelle paire de Air Jordan arrivée sur le marché depuis. Et ça, ce n'était pas envisageable à l'époque. Ça n'est jamais arrivé.

Dans ce climat politique compliqué, tu es devenu une espèce de voix de la raison pour certains. Maintenant que ta carrière avance, que tu fais plus de musique, que les gens te respectent de plus en plus, tu vas devoir accepter cette responsabilité.
J'accepte cette responsabilité, mais elle n'aura de signification que pour les gens affectés par ma musique. Et ce n'est pas pour autant une pression. Il n'y a pas de pression. La pression de faire quoi ? D'être une star ? Il avait quoi comme pression, Van Gogh ? Et il est dans plus de livres que tous les rappeurs réunis, tu vois ce que je veux dire ? Ce n'est pas tangible. On peut choisir d'être des artistes, et ensuite on peut choisir d'être des personnes publiques, des célébrités, des icônes, ce que tu veux. Mais être artiste, c'est le plus facile. Tout le reste, c'est ça qui est compliqué, pour moi en tous cas. Et je ne sais pas tout, je suis encore jeune. Je ne sais même pas de quoi je parle la moitié du temps. Mais j'ai vu Andre 3000 se balader backstage sans gardes du corps,juste avec son sac à dos, en train de me chercher, tu vois le truc ? Et son album fait partie des plus grosses ventes rap de tous les temps. Et il va très bien. Je ne sais pas quelle genre de pression il ressent. Quand je le vois, il me raconte que son fils va à l'école et qu'il veut apprendre à jouer de la batterie, ce genre de trucs.

Comment tu l'as rencontré ?
Mon manager connaît tout le monde. Ça fait longtemps qu'il est dans le milieu. C'était le manager de De La Soul, donc les gens qui veulent m'expliquer des trucs sur les années 90, tu peux leur dire d'aller bouffer de la bite. J'ai un thésaurus, une encyclopédie, un dictionnaire, à mes côtés en permanence. Dis-leur bien ce que je t'ai dit : allez bouffer de la bite.

Qu'est-ce que tu penses de la manière dont notre génération appréhende la culture – comme, par exemple, cette embrouille avortée entre Eminem et Drake ?
C'est nase.

Quand les retweets se transforment en journalisme...
C'est tellement triste. Honnêtement, c'est vraiment triste. Ça montre qu'on gâche nos vies. On vit à une époque où on a littéralement toutes les informations du monde au bout de nos putains de doigts, et on parle d'un clash potentiel entre deux stars du hip-hop. Rien à foutre d'un clash de hip-hop. C'est nase. Putain de nase. Si tu veux voir des trucs – va mater Smack. La chaîne YouTube s'appelle URLTV. Va mater King of the Dot. C'est pas compliqué. Va mater des vraies putain de battles. Arrêtons d'essayer de créer des problèmes autour de l'art. Foutez la paix à Drake, laissez Eminem être un père. C'est un adulte, et il a autre chose à foutre. Comme s'il était chez lui sur son canapé entrain de se dire, « hmm, attends un peu, Drake, j'ai une punchline pour toi... » Fermez vos gueules. C'est nase toute cette merde, mec.

Je me demande ce qu'Eminem a pensé de tout ça.
Je ne pense même pas qu'il soit au courant. Eminem a fait un concert avec Earl, en Europe. Il se baladait avec un walkman – non même pas, un lecteur CD, avec les écouteurs en mousse, et une pochette de CD's. Il n'est pas sur Twitter. Soyons juste 100 % honnêtes. Eminem ne sait probablement pas combien de fric il a. Sérieux, les gars.

Mais tous ces connards sur Twitter, qui t'expliquent à quel point ces cinq rappeurs doivent absolument faire un album ensemble, et qui est meilleur que l'autre, que tel mec est sous-estimé, que tel mec fait de la merde... Trouvez-vous un putain de boulot. Allez aider quelqu'un. Allez donner à manger à un sans-abri pendant votre putain de temps libre. Vous gaspillez de l'information. 20 dollars en plus sur ta note, juste pour avoir dit de la merde. Allez donner ça à un SDF, aidez-le à se remettre en selle. C'est pathétique. Je déteste ça. Et je pense vraiment qu'on est entrain de gâcher l'opportunité, culturellement et historiquement, de faire quelque chose pour aider concrètement le monde. Ça arrive dans certains domaines, que ça soit la dynamique #BlackLivesMatter sur Twitter, ou les connards qui se font cramer parce qu'ils sont ouvertement racistes, sexistes, homophobes ou autre, à coup de dix, quinze ou vingt mille retweets. Je vois le potentiel que peuvent avoir certaines choses, mais j'attends toujours que dans ma branche, les gens fassent quelque chose, ou disent quelque chose, au lieu d'attendre que quelqu'un se fasse tuer par les flics pour balancer une chanson sur iTunes, en oubliant de filer le moindre fric à sa famille. Parce que ça, ça ne veut rien dire pour moi. Du tout. Donc je suis déçu, dans un sens, par ce qu'on fait, ce qu'on dit, et par la manière dont on interragit les uns avec les autres.

Il faut que chacun devienne celui qu'il veut devenir, et que chacun soit lui-même, mais j'ai le sentiment que le moment est venu de se reprendre un peu. On a envie d'être traités d'égal à égal. On veut être jugés sur les mêmes critères que Freddie Mercury, Elton John ou Morrisey, quoiqu'il puisse être, parce que c'est une énigme. On veut être jugés sur les mêmes critères que ces gens-là, mais on est tellement ignorants de tout ce qu'on dégage. Et moi le premier, certains jours. Il faut vraiment que je passe au-dessus de certains trucs qui me font cataloguer les gens.

Je trouve ça absurde. Parce qu'on n'arrivera jamais à être mieux considérés tant qu'on se traitera comme ça entre nous. En permanence, on est là « Ce mec est bidon », ou « ça veut dire quoi, cette phrase ? »... Putain, vous êtes sérieux ? Dans cette musique, si tu n'aimes pas tel ou tel album, si tu n'as pas écouté tel ou tel album, si tel mec n'est pas ton rappeur préféré, la réaction c'est « dégage, t'es pas dans le game ». C'est pas une équipe de foot. C'est de la musique. Et s'il faut être raciste, ou homophobe, ou hyper agressif, super riche ou super flashy, et étaler sa réussite ou je sais pas quoi, juste pour rabaisser les gens et régner sur le monde, et mettre les gens plus bas que terre, juste pour être hip-hop, alors putain ce sera sans moi. Je n'ai pas besoin de ça, je n'en ai jamais eu besoin et je n'ai jamais recherché ça. Au bout du compte, j'essaie juste de faire de la musique. Et il n'y a que ça qui compte.


Eric Sundermann se demande quels CD's Eminem avait dans sa pochette. Il est sur Twitter.