Ni Justice, ni Daft Punk, juste Contrefaçon

Ni Justice, ni Daft Punk, juste Contrefaçon

La vidéo peut-elle tuer la techno ? Non. La preuve avec 4 Parisiens qui tapent dans le cinéma pour rafraîchir le genre.
7.3.17

Contrefaçon se connaissent depuis le collège, ont traîné leurs Air Max sur les trottoirs du 20ème, et ont décidé dix ans plus tard de monter un groupe réunissant leurs deux passions : la musique et la vidéo. Et alors, seriez-vous en droit de demander ? Et alors les mecs sont doués. Qui copient-ils ? Pas grand-monde au final. En un an d'existence, après un EP (sobrement intitulé 4) accompagné de ses 4 clips léchés (qui ne sont jamais desservis par la musique, et inversement), le groupe a été copieusement qualifié de « nouveau Justice » par une presse toujours plus en mal de repères. Ils rétorqueront qu'ils sont finalement « plus rock qu'eux » même si en 2017, et Guillaume Canet en sait quelque chose, être rock n'a plus grand chose de pertinent. Contrefaçon tracent leur route et tournent intensivement depuis des mois, préparent un nouvel EP pour les prochaines semaines et, à l'heure où le magazine Trax titre « Le Front National peut-il tuer la techno ? » dans une quête de débat là où il y en a pas, le quatuor relocalisé à Aubervilliers nous a parlé de vraies choses : les films de Michael Noer, le PSG des années 90, et les skins en kipas.

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Noisey : À l'image de bandes comme Club Cheval ou Casual Gabberz, vous pensez que le futur techno passe forcément par le groupe ou le collectif ?
Contrefaçon : C'est surtout l'envie qu'ont les gens de faire quelque chose ensemble qui les poussent à se rassembler autour d'un projet. Nous, on se connaît depuis très longtemps et arrive fatalement le moment ou tu as envie de combiner les talents pour créer quelque chose d'original. Et à plusieurs, le dialogue est plus riche, chacun ayant sa spécialité, le produit final aussi. Les groupes ont toujours existé en musique comme en cinéma, ça marche comme un clan, chacun fait confiance à l'autre pour apporter sa contribution.

Vous pensez à quels groupes de cinéma ?
La nouvelle vague par exemple, mais plus récemment dans ce qui nous parle, il y à l'équipe de Michael Noer qui est souvent composé des mêmes acteurs qu'on retrouve dans Northwest, R, A War

Sur le titre « Stav », on a (évidemment) comparé votre utilisation du vocoder à Daft Punk. Vous assumez ?
Bien sûr qu'on assume, CONTREFAÇON.

La French Touch a t-elle encore un impact sur un mec de 20/25 ans en 2017 ?
C'est une musique qui influence encore beaucoup les producteurs actuels, donc on a tendance à dire oui. Mais on est aussi conscient que de cette musique provoque un impact plutôt nostalgique. Il reste quelques échos de la French Touch d'il y a 15 ans, mais aujourd'hui, on est définitivement entrés dans une ère plus techno.

Le Figaro vous a qualifié de « nouveau Justice », alors que vous n'êtes pas du tout rock ! Ça vous gonfle ?
Eh bien on se sent plus rock que Justice aujourd'hui, c'est un état d'esprit, et ça ne se résume pas qu'aux fringues et à la musique. Mais ça ne nous gonfle pas d'être comparé à eux non, ça ne va pas durer de toute façon. « AVIV » a été comparé à  « Stress », donc ce qui nous ressemble le plus chez Justice, ça doit être Gavras.

Sur LCI, la chroniqueuse Julia Molkhou vous souhaitait le même destin que Kavinsky (et sa présence dans la BO de Drive)… Il y a un genre de film sur lequel vous aimeriez bosser ? On peut parler de T2 ?
On est un groupe de musique-vidéo, quitte à poser de la musique sur un film, autant que ce soit le nôtre. En ce qui concerne Trainspotting 2, Twin Peaks 3, Star Wars Rogue 7, Harry Potter 15, etc… ils parlaient même de faire un La Haine 2... Bref, même si Trainspotting était assez cool, ce n'est pas une référence, et on n'aime pas trop les suites qui viennent déterrer des souvenirs de jeunesse que l'on a laissés immaculés. Tout ça c'est de la grappe de Memberries.

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Vous avez aimé quoi récemment ?
La dernière grosse claque : c'était Victoria de  Sebastian Schipper !

Ces clips scénarisés qui s'emboîtent, c'est parce que vous avez vu que ça marchait chez PNL ?
On a tourné dans l'ordre chronologique en se basant sur les 4 saisons. Le premier titre « AVIV » est sorti en avril 2016, bien avant « Naha part. 1 ». Donc c'est probablement PNL qui a contrefait CONTREFAÇON !

Outre Jonas Akerlund et Gaspard Noé, quelles ont été vos sources visuelles ? Vous faites toujours appel à vos potes pour jouer dans les clips ?
En cinéma, la trilogie Pusher, La Haine, Strange Days, Kubrick. Niveau clips : « Time to Dance », « Iron Sky », « Signatune ». Ce sont les vidéos qui nous ont servi d'inspiration. Pour faire les nôtres, on a toujours fait au mieux avec ce qu'on avait, c'est à dire « la famille » et la ville de Paris vue à travers nos yeux de Parisiens. Au fil des rencontres, l'équipe s'est agrandie, avec des personnes prêtes à aider quoi qu'il arrive, et avec de nouveaux talents à mettre à contribution.

Il y a des acteurs/actrices que vous aimeriez attirer dans vos filets ?
Dans les francophones : Depardieu, Cassel, Poelvoorde, Dupontel, François Damiens, Diane Kruger…

Dans « Horef », on peut voir des skins en kipa kidnappés par des Pères Noël dans une forêt. J'exige une explication.
Ils ne se font pas kidnapper, c'est une histoire de trahison, de vengeance et de rédemption. Le combo kippa/bomber, c'est le résultat de la mue du personnage après 4 saisons. Visuellement, on trouvait ça lourd et c'est assez inédit. Ce clip est le dénouement de l'EP, on a joué avec les symboles.

Le look skinhead qui est très courant dans la scène gabber vous a déjà valu des embrouilles ?
Non, c'est l'avantage du bomber, quand tu le portes, plus personne te fait chier ! On n'est pas non plus des gabbers, mais c'est un courant qui nous inspire.

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Vous venez d'Aubervilliers, une copie de Pantin en plus pauvre. Vous pensez que la ville se gentrifiera un jour, comme Montreuil ?
On est juste à côté. Et ça commence déjà, on est les premiers à s'être installés là où il n'y avait encore rien il n'y a pas si longtemps. À la base, on vient du 20ème, et là-bas aussi, depuis qu'il y a le tram, les rues sont plus éclairées, la population commence à changer…

Une de vos photos a été prise aux célèbres Espaces d'Abraxas, à Noisy. Depuis Terry Gilliam et Nekfeu, c'est un peu rincé comme spot, nan ? 
C'est sur-grillé comme spot, c'est ça qui nous faisait marrer. Et notre pote @SuperSurferOfRadio qui a pris la photo habite juste à côté.

Votre label s'appelle Panenka Music. Vous souvenez-vous de l'époque où le foot était considéré en France comme un truc anti-culturel par essence ? 
Nous on est de la génération 98, c'était le début de la fin mais bon, avant ça, le foot semblait encore avoir un côté authentique moins porté sur l'argent qu'aujourd'hui. Il y avait des vrais mecs passionnant, comme Cantona, qui s'affirmaient sur et en dehors du terrain. Tu t'attaches plus à ce genre de personnalité qu'à des mecs tous lisses comme Ronaldo ou Messi. Maintenant, tout est surexposé, sous contrôle et moins spontané, ça rend ce sport moins passionnant à nos yeux.

A notre époque t'avais aussi le PSG, qui a vu passer des joueurs comme Raï, Lama, Simone, Okocha, Ronaldinho… Et un PSG - Marseille ça voulait vraiment dire quelques chose. Même si c'était monté de toute pièce par Canal+, les ultras devenaient hystériques et ça prenait des allures de guérilla urbaine. C'est pas forcément une époque regrettable mais ça avait son charme. Aujourd'hui le PSG cartonne, mais c'est plus vraiment « Paris »…

Tous ces retours ultra-positifs en un an d'existence, ça vous fait flipper un peu ? La presse copie t-elle la presse ?
Non, au contraire, on a bossé pour, ça fait plaisir et c'est encourageant pour cette année qui va être beaucoup plus intense. La presse a plutôt bien réagi à notre univers et a compris notre démarche même si c'est vrai qu'en général, la presse copie la presse qui copie les dossiers de presse.

Et sinon, il est sympa Vitalic ? C'était cool de jouer avant lui ?
Vitalic, c'est un gars plutôt calme, dans sa bulle avant de monter sur scène. C'est énorme de jouer avant lui, toutes ses dates sont sold out, du coup on a un public 5 étoiles pour les premières parties.

Quels sont les futurs projets de Contrefaçon ?
Un nouvel EP musique-vidéo qui déboîte, plus singulier et affirmé. Des dates pour nous voir en live musique/vidéo qui vont se préciser et des apparitions confirmées aux festivals En Nord Beat et Garorock.

Rod Glacial est sur Tw1tter.