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​Les joueurs de Ligue 1 VICE Sports du week-end : Thiago Silva & Jean-Michel Aulas

Des gestes techniques de haute volée dimanche soir entre la déprime du défenseur brésilien et la mauvaise foi du président lyonnais.
29 février 2016, 5:10pm

Ça avait tout l'air d'une rechute. Dans les arrêts de jeu de la première mi-temps, Sergi Darder hérite d'un centre en plein milieu de la surface. Le milieu espagnol, d'un magnifique toucher de balle, fait passer le ballon au-dessus d'un Thiago Silva médusé.

La scène dure une éternité, on dirait que des heures durant les deux joueurs ont les yeux rivés sur le ballon qui, comment est-ce possible, décrit un arc de cercle hors de portée du meilleur défenseur du monde. Le Lyonnais récupère la balle derrière, après ce que tout le monde a défini en même temps au même moment : un rainbow flick ou une Ardiles pour les Anglais, un Okocha-Trick pour les Allemands, une Lambretta pour les Italiens. En somme, un coup du sombrero. Un petit exter' pour ajuster Kevin Trapp et l'OL s'assure la victoire et par la même la première défaite du PSG.

Thiago Silva, lui, reste comme le dindon de cette farce de 90 minutes qu'aura été cet OL-PSG. Les Parisiens avaient parfois des allures de petits bourgeois trop sûrs d'eux se laissant agresser par une bande de jeunes vandales le couteau entre les molaires. Au milieu de ça, Silva courait partout pour sauver ses coéquipiers, bien loin de ses allures habituelles de pierre angulaire, de roc de la base arrière. On voyait l'anxiété dans les traits du Brésilien, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps.

Une mélancolie qui faisait écho à une séquence vue quelques dizaines de minutes auparavant. Le Canal Football Club a ainsi diffusé une interview exclusive (avec un bon gros logo Nissan en arrière-plan) par Pierre Ménès du défenseur brésilien. Promotion automobile oblige, on n'y a pas parlé du cas Aurier et de l'ambiance dans le vestiaire parisien mais plutôt de dépression. Oui, la déprime vécue par Thiago Silva après la Coupe du monde 2014 : comment il a remonté la pente grâce à Laurent Blanc, pourquoi le Brésil ne le rappelle plus en sélection. Une séquence émotion avec musique lacrymogène en fond.

« J'avais un problème dans ma tête. Je sais pas qu'est-ce qui se passe. »

Le Brésilien avoue en toute ingénuité les raisons de son passage à vide du début de saison 2014-2015. C'est un peu ce Thiago Silva auquel on a eu droit dimanche soir. Le défenseur incertain, pas aidé non plus par des coéquipiers dépassés. Thiago Motta a semblé inhabituellement apathique avant de se reconvertir dans le

free fight sur Jordan Ferri

. Van der Wiel a fait passer Maxwell Cornet pour un bon joueur, surtout en lui laissant trois mètres pour ajuster son enroulé sur le premier but lyonnais. Stambouli ? Pas vu. Et devant, ça a pas mal galéré avant que Pastore ne vienne tenter des trucs plus ou moins réussis.

En face, les Lyonnais étaient dans leur meilleur jour, ce qui est assez aléatoirement le cas cette saison. Ferri, Cornet, Ghezzal, Lacazette, tous les purs produits lyonnais étaient chauds. Mais le plus chaud d'entre tous reste Jean-Michel Aulas. Le président-twitto de l'OL a encore assuré un geste technique de haute volée avec les médias, un high-kick à la nuque de la prévisibilité. Alors que les joueurs lyonnais s'extasiaient sur leur propre performance comme s'ils avaient gagné le championnat, le Président, lui, est resté à la fois fidèle à lui-même et a en même temps ouvert un nouveau champ dans la rhétorique aulassienne.

Ça se résume en une phrase : « Quand on est bien arbitré, en général, on gagne. »

Tout Aulas est là. Le Donald Trump du football français. La mauvaise foi et l'arrogance combinée à son obsession arbitrale. C'est magnifique. C'est pour cela, pour les saillies égotiques et le Desailly neurasthénique de dimanche soir que Jean-Michel Aulas et Thiago Silva sont les joueurs de Ligue 1 VICE Sports du week-end.