Tour de France vélo
Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation de Laurent Cipriani.
Culture

Tour de France profonde

Après avoir mitraillé les pelotons de cyclistes, le photojournaliste Laurent Cipriani a tourné son objectif vers le bord des routes du Tour de France.
5.7.16

Quand on pense au Tour de France, on voit des cyclistes en sueur et maillot moulant, des voitures-balais plus bardées de sponsors qu'un magazine de mode, et, bien évidemment, les indécrottables touristes munis de leur glacière et de leur casquette, ou de leur K-way selon le temps. Mais toujours des images de foule débordantes d'énergie et de clameurs, « qui doivent être dynamiques, variées, et originales » comme le rapporte Laurent Cipriani, photojournaliste pour Associated Press, à The Creators Project.

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Rien de tout cela pourtant dans les images de sa série Along The Road, distillées sur son compte Instagram. Cet ancien passionné de cyclisme, qui a couvert le Tour de France en 2011 et 2012 pour Associated Press, a décidé de tourner son objectif, « quelques secondes avant que le peloton surgisse », vers les simples curieux. Ceux qui posent une chaise en bord de route ou sortent juste sur le pas de leur porte pour jeter un œil au remue-ménage. En famille ou entre voisins souvent, seuls parfois aussi. Ils sont les seuls protagonistes de ces clichés où rien n'indique le contexte du Tour.

Cipriani raconte ce qui l'a poussé à commencer ce projet, en 2013 lors de la 100e édition du Tour : « Le Tour de France était un prétexte. Je voulais réaliser une photographie contemporaine de la France et le fait de traverser le pays en trois semaines et d'y croiser tous ces gens au bord de la route était une formidable occasion de le faire. J'ai fui les éléments faisant directement référence à la course ainsi que les supporters. C'est donc un sujet qui s'est principalement construit dans les villages, les villes secondaires et les petites routes. »

Pour ces images semblant être hors du temps, le photographe de 36 ans, a pris le parti d'exclure toute interaction et mise en scène. « J'ai réalisé toutes ces photos depuis l'arrière d'une moto qui roulait entre 50 et 100km/h, et je n'ai jamais demandé au pilote de la moto de s'arrêter ni même de ralentir pour faire une photo car je cherchais à interagir le moins possible avec les personnes photographiées. Mon but était de prendre mes photos juste avant qu'elles en aient conscience, ou pile au moment où elles le faisaient. Je cherchais ainsi à me rapprocher autant que possible d'un enregistrement brut. »

Une méthode de travail commune à deux approches complètement différentes d'un même événement, qui fait tout l'intérêt d'Along The Road, et qui répond à deux temporalités complètement différentes. « D'un côté les photos de la course, qui doivent être dynamiques, variées, et originales. On travaille très vite, on envoie les photos directement du boitier à l'éditeur. Et de l'autre des photos très simples, prises toujours avec le même objectif, de façon systématique, et des mois pour éditer. »

Si Cipriani ne couvre pas le Tour de France cette année — « j'aurais pu continuer ce travail pendant des années encore tant j'ai pris de plaisir à le réaliser » conclut-il —, il continue de couvrir des événements, de l'Euro 2016 aux manifestations contre la loi travail. Son travail est à retrouver sur son site, sur Instagram ou dans les archives d'Associated Press.