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Le fabricant de jouets qui se bat pour que les dinosaures soient enfin réalistes

Il n'y a pas que Jurassic Park dans la vie.

Les raptors sont parmi les dinosaures les plus connus et les plus appréciés du grand public, grâce en bonne partie à leur représentation particulièrement charismatique dans Jurassic Park. Mais il y a un gouffre entre cette image cinématographique et les animaux en chair et en os qui arpentaient notre planète il y a des millions d'années.

Contrairement aux énormes reptiles couverts d'écailles que l'on a encore pu voir récemment dans Jurassic World, les véritables raptors arboraient un plumage complexe qui servaient certainement à attirer l'attention, comme le font leurs très proches cousins : les oiseaux. Les dromaeosaures – leur véritable nom – ont évolué en toutes sortes de formes et de tailles au cours de leurs 100 millions d'années d'existence, allant du minuscule Mahakala omnogovae, qui mesurait à peine 30cm de haut, jusqu'au gigantesque Utahraptorostrommaysorum, qui était encore plus gros que les raptors qu'on voit dans les films.

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Un mec sur le point de se faire attaquer par des raptors de différentes tailles. Image: Matt Martyniuk

Même si, à titre personnel, je suis terriblement fan de Jurassic Park, il serait bon de voir la représentation populaire des dinosaures évoluer au fil des découvertes scientifiques.

Certains dinophiles travaillent déjà dur en ce sens, en proposant des projets innovants. C'est par exemple le cas de David Silva, un fabricant de jouets qui a lancé une campagne Kickstarter pour produire une série de modèles de raptors ultra réalistes, baptisée « Beasts of the Mesozoic. » David a eu l'idée de cette campagne à force de constater que les dinosaures étaient très mal représentés dans le secteur du jouet, alors même que les jouets pour enfants deviennent toujours plus réalistes et que nos connaissances sur le sujet ne cessent d'évoluer. Il a fini par se lasser de l'inaction des plus grands fabricants de jouets.

« Depuis que j'ai commencé à travailler dans l'industrie du jouet en 2003, j'ai pris part à trois projets pour lancer des jouets représentant des dinosaures détaillés et articulés, m'a-t-il raconté par e-mail. À chaque fois, le projet a été annulé en plein développement, ou tout simplement rejeté. »

« L'autre élément qui m'a motivé, c'est de voir à quel point les jouets représentant des dinosaures ont peu évolué au cours des dernières décennies. Pendant ce temps-là, les superhéros, les personnages de films, les robots (que j'adore tous) s'améliorent en permanence et deviennent de plus en plus réalistes. En plus, avec le succès de Jurassic World l'an dernier, les dinosaures sont à nouveau "à la mode". Le marché est donc plus large que jamais, et il y a clairement des manques à combler en termes de jouets réalistes. C'est mon objectif. »

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Pour l'heure, la série de David Silva se lance avec trois modèles de raptors de taille moyenne : Velociraptor mongoliensis, Atrociraptor mashalli, et Tsaagan mangas.

"Beasts of the Mesozoic", premier jet. Image: David Silva/Creative Beast Studio

Velociraptor mongoliensis est l'espèce qui a inspiré les raptors de Jurassic Park, même si en réalité ses membres faisaient à peu près la taille d'une dinde. Ils vivaient dans un milieu aride, dans ce qui est aujourd'hui le désert de Gobi, ce qui explique que Silva les aient représentés avec des couleurs chaudes, sépia et ambre.

Velociraptor mongoliensis, représenté ici avec un ami. Image: David Silva/Creative Beast Studio

Tsaagan mangas arpentait lui aussi le désert de Mongolie, et ressemblait tellement au genre Velociraptor qu'il a d'abord été confondu avec. Mais des études plus poussées ont révélé des différences anatomiques au niveau du crâne et des vertèbres, et la coloration choisie par Silva le distingue davantage de son célèbre cousin.

Tsaagan mangas. Image: David Silva/Creative Beast Studio

Atrociraptor mashalli, à l'inverse, préférait les zones humides et arpentait les forêts marécageuses de l'Alberta du Crétacé. Son museau était particulièrement court et profond, ce qui indique que sa morsure était sans doute très puissante.

Atrociraptor mashalli. Image: David Silva/Creative Beast Studio

Chaque jouet mesure à peu près 30 centimètres de long et 12 centimètres de haut, soit environ 1/6ème de la taille réelle des animaux. Pour saisir au mieux l'agilité remarquable de ces prédateurs, Silva a donné pas moins de 26 points d'articulation à ses modèles, ce qui leur autorise une grande variété de postures.

« Malgré mon expérience dans le secteur du jouet et des figurines, j'ai quand même pensé qu'il était nécessaire de développer de nouveaux points d'articulation pour que ces raptors aient une plus grande liberté de mouvement, m'a-t-il expliqué. Pour ce qui est des couleurs, j'ai choisi un oiseau actuel comme influence pour chaque raptor, un oiseau vivant dans le même type d'environnement que le dinosaure en question. »

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Le résultat, c'est ce trio de raptors qui semblent s'être frayés un chemin depuis le Crétacé à grands coups de griffes. Sur ces modèles, on voit parfaitement la ressemblance frappante entre les dinosaures et les oiseaux, contrairement aux versions écailleuses et sans plumes qui ont inondé la culture populaire.

Pour moi, c'est cet aspect qui est le plus intéressant, puisqu'il vient enfin répondre à l'une de mes vieilles marottes, dont j'ai saoulé nombre de mes amis et de mes lecteurs. L'idée centrale, c'est que les représentations véritablement réalistes des dinosaures sont aussi belles esthétiquement qu'utile sur le plan éducatif. Après tout, les paléontologues ne cessent de découvrir que les dinosaures étaient bien plus étranges et tape-à-l'œil qu'on n'aurait pu l'imaginer. Les connaissances scientifiques ne devraient pas être un obstacle aux représentations populaires des dinosaures, mais plutôt une formidable source d'inspiration.

Récemment, par exemple, à une conférence donnée à l'American Museum of Naturel History pour le vernissage d'une exposition consacrée aux liens entre les dinosaures et les oiseaux, j'ai demandé à des experts pourquoi, selon eux, les dinosaures n'apparaissaient presque jamais recouverts de plumes dans les médias. Le paléontologue Mark Norell m'a répondu que c'était sans doute parce que les versions à écailles étaient plus effrayantes. Mais sa collègue Ashley Heers a immédiatement rappelé que « les paons pouvaient aussi être assez terrifiants lorsqu'ils dressent toutes leurs plumes. »

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Cet argument me touche particulièrement, puisque j'ai déjà été poursuivie par une horde d'oies belliqueuses. Vous avez déjà vu ce dont les cygnes sont capables pour affirmer leur autorité ? Ou vu une vidéo filmée avec une GoPro installée sur un rapace ?

RIP Bunny Gautam TrivediApril 3, 2016

Bref, tout ça pour dire que les oiseaux peuvent être absolument terrifiants, et le fait que les dromaeosaures aient partagé tant de caractéristiques avec eux est un atout esthétique, pas un préjudice. Pourquoi, alors, les films, les jouets et tous les médias continuent-ils à diffuser la même image obsolète depuis si longtemps ?

Selon Silva, c'est une question d'inertie. « Dans le cas de Jurassic Park et de Jurassic World, ils ont donné un look reconnaissable et précis à leurs dinosaures, et il n'était pas question d'y toucher, dit-il. Qu'on le veuille ou non, les dinosaures de Jurassic Park sont des monstres de cinéma, comme les aliens ou le Prédator par exemple. On peut légèrement toucher à leur design pour l'améliorer un peu, mais il serait beaucoup trop risqué de les remanier en profondeur, il y a trop d'argent en jeu pour s'amuser à ça. »

« La popularité de la franchise Jurassic Park a toujours été à double tranchant pour les amoureux des vrais dinosaures. On est contents que cela ait rendu les dinosaures si populaires, mais ce ne sont pas vraiment les bons "dinosaures". Et comme Jurassic Park a créé un précédent lucratif, beaucoup d'autres entreprises sont tentées de capitaliser sur un certain look devenu populaire. »

Mais le succès du Kickstarter lancé par Silva indique bien qu'il existe une demande réelle pour des jouets représentant les dinosaures de manière scientifiquement correcte, au-delà des simples raptors. Il envisage déjà de lancer une série consacrée aux cératopsiens, un groupe d'herbivores à cornes qui comprend des poids lourds tels que le Triceratops, le Styracosaurus, et le Regaliceratops.

« Les cératopsiens seront sans doute les suivants si les raptors finissent par sortir, dit Silva. Après ça, il y a des chances que les tyrannosaures et les ankylosaures voient le jour, si tout va bien. Des ptérosaures, ce serait carrément génial. »