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La réalité virtuelle pourrait permettre aux astronautes d’apaiser leur angoisse

Des chercheurs de Dartmouth testent actuellement les vertus de la RV sur les résidents d’une base arctique isolée.
11.1.16
Image: HIT Team UoB.

Avez-vous déjà eu le mal du pays ? Ce sentiment de mélancolie mêlé d'angoisse qui vous prend à la gorge lorsque vous êtes éloigné des gens que vous aimez et des lieux où vous avez l'habitude de vivre ? Si cette évocation réveille chez vous souvenirs douloureux, imaginez ce que ressent l'astronaute qui flotte à plus de 300 km au-dessus de la surface de la Terre, pris au piège dans une station spatiale exiguë, et forcé de voir les mêmes têtes chaque matin pendant des semaines, voire des mois. On se doute que l'expérience doit être pénible, même pour les individus les plus aguerris.

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Pour cette raison, des chercheurs de l'Université de Dartmouth et de l'Université de Birmingham mettent au point des applications de réalité virtuelle pour astronautes en séjour prolongé dans l'espace. En effet, les longues périodes d'isolation sont vecteurs de problèmes psychologiques très sérieux, et les échappatoires offertes par la réalité virtuelle sous forme de paysages bucoliques, de bords de mer et autres scènes « de nature sauvage », pourraient les soulager considérablement.

« Les astronautes sont des individus particulièrement stables, solides, compétents, » explique Jay Buckey, professeur de médecine à Darthmouth et ancien astronaute (il a participé au vol STS-90 in 1998). « Ils sont parfaitement capables de coexister avec leurs collègues pendant des semaines. Seulement, même s'ils connaissent les risques encourus et s'ils savent comment les affronter, l'expérience de vie dans un environnement petit, confiné, n'en est pas moins difficile à affronter. C'est un défi quotidien. »

Le projet, qui a démarré la semaine dernière, consiste à tester la réalité virtuelle sur les résidents de la Station des Forces canadiennes (CFS Alert) dont le quotidien ressemble beaucoup à celui des équipages spatiaux. En effet, ceux-ci vivent dans des conditions d'isolation totale, à quelques centaines de kilomètres du pôle nord seulement. « Pendant les mois d'hiver, on ne voit pas le soleil. Et il est parfaitement impossible de sortir faire un tour, » précise Buckey.

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Le laboratoire des arts numériques et de l'innovation de Dartmouth (DALI), a déjà développé des programmes de réalité virtuelle destinés à lutter contre le stress et la dépression, en collaboration avec la NASA. Pour ce projet-ci, les équipes de Dartmouth et de Birmingham tenteront de reconnecter les astronautes avec la nature grâce à la RV. Ils espèrent comprendre quels genres de scénarios réconfortent les individus, et pourquoi.

« L'importance du lien avec la nature me paraît assez évidente, » affirme Buckey. « Il n'y a qu'à voir les efforts que suscitent la préservation de la nature, et le temps qu'investissent les gens dans des activités en plein air. Parcs naturels, safaris, zoos, randonnées… toutes ces expériences ont quelque chose en commun, et nous voulons découvrir de quoi il s'agit exactement. »

Le projet est constitué de deux programmes distincts : l'un consiste à tester la lecture de vidéos à 360° en RV sur les sujets, l'autre à tenter de recréer des paysages naturels d'Australie et d'Irlande en 3D.

Buckey s'occupe de la partie vidéo, tandis que la partie graphisme est pilotée par Robert Stone (cf Virtual Wembury dans la vidéo ci-dessus), directeur du département de recherche en interfaces homme-machine à l'Université de Birmingham. Les efforts des deux équipes sont dirigés vers le même but : permettre aux astronautes de se sentir immergés dans un environnement naturel pour des besoins thérapeutiques.

Après avoir montré des scènes en RV aux membres de CFS Alert, ceux-ci ont dû les notes selon plusieurs critères : réalisme, immersion, pouvoir d'apaisement. On a également surveillé leur niveau de stress et d'anxiété, leur sommeil, leur rythme cardiaque et leur conductance cutanée. Le projet n'en est toujours à ses balbutiements, mais les chercheurs espèrent mettre au point des environnements RV efficaces dans les prochaines semaines.

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« Nous avons utilisé des reconstitutions en VR plutôt que des vidéos de tournage car cela nous permet de contrôler des paramètres importants : l'éclairage de la scène, les saisons, la météo, etc. Cela nous permet également d'ajouter ou d'enlever à volonté des éléments du décor, » explique Stone. « Enfin, le logiciel nous permet de traquer les mouvements de l'utilisateur, de noter ce qui attire son regard et avec quels objets il préfère interagir. »

Stone précise que la technologie RV dont ils disposent à l'heure actuelle leur permet de mesurer avec précision les mouvements de la tête de l'utilisateur ; de plus, elle offre un grand nombre d'images par seconde, une bonne définition, un large champ de vision. Ils sont à la pointe de ce qui se fait en réalité virtuelle. Mais cela sera-t-il suffisant pour procurer aux astronautes le sentiment d'immersion totale dont ils ont besoin ?

« Jusqu'à présent, aucun des casques de RB que j'ai pu tester n'offre vraiment une expérience que je qualifierais de « spectaculaire ». L'utilisateur a rarement le sentiment d'exister dans une réalité alternative. La technologie n'est pas encore assez mûre, tout simplement, » explique Stone.

Cela ne signifie pas pour autant qu'il est inutile d'investir son temps, son énergie et son argent dans le développement de la RV. Cette dernière ne permet pas encore de duper totalement votre cerveau, voilà tout. Et cela n'est pas une si mauvaise nouvelle : de cette manière, le risque d'addiction ou de dépendance à la RV reste limité.

Buckey et Stone ne savent pas encore évaluer si les effets secondaires de la RV, comme la nausée ou la fatigue oculaire, auront un impact sur le bien-être des astronautes. La RV risque-t-elle d'augmenter le risque de désorientation inhérent à l'apesanteur ? L'absence de gravité compensera-t-elle l'inconfort physiologique provoqué par la RV ? Avec un peu de chance, la réalité virtuelle aura le temps de se raffiner considérablement avant que les humains ne soient capables de lancer des missions d'exploration très lointaines. Ainsi, ils pourront peut-être un jour marcher sur une plage à proximité d'Uranus.