Le meilleur jeu de la franchise "Alien" est sans conteste "Infestation"

"Alien 2" a 30 ans cette année. Rendez-lui hommage en jouant au meilleur jeu "Alien" jamais sorti.
12 décembre 2016, 6:00am

Ne vous attachez pas trop à ces marines - il y a de fortes chances qu'ils ne voient jamais le générique de fin.

Aliens, le retour a 30 ans. La suite testostéronée du chef-d'oeuvre de 1979 signé Ridley Scott, réalisée par James Cameron, est sorti en 1986, récoltant plus de 100 millions de dollars au box office - ce qui n'est pas négligeable, pour un film doté d'un budget de 18 millions. Le film a remporté deux Oscars, sept Saturn Awards, et il a été mon film préféré de tous les temps jusqu'à ce que je sois suffisamment vieux pour apprécier le rythme et la tension de son prédécesseur (et que j'aie vu plus de films). On matait souvent la version director's cut à la fin de nos soirées adolescentes, et tout le monde s'affalait devant la télé. Je vous mets au défi de citer beaucoup de meilleurs films d'action des années 80 - d'ailleurs, IMDb place le film en 8ème position de son classement des films les plus populaires de la décennie, tous genres confondus.

Aliens, le retour a très vite compté de nombreux fans dévoués, qui réclamaient toujours plus d'histoires de marines lourdement armés combattant des xénomorphes au sang acide dans l'espace. Du coup, quand Alien 3 est sorti en 1992, massacré par des problèmes de script, des changements de réalisateur et l'absence totale de flingues (et plus globalement d'aliens !), les gens ont été hyper énervés. Cameron lui-même a critiqué le film, déclarant que le fait de tuer les survivants d'Alien 2 était "une gifle gratuite." La suite plus fidèle d'Aliens, le retour, vendue comme une "vraie suite" et reprenant le fil de l'histoire qu'avait abandonné Alien 3, a fini par sortir sous forme de jeu vidéo en 2013. Hélas, Aliens : Colonial Marines, produit par Gearbox Software, fut un FPS désastreux, truffé de bugs et d'ennemis à l'IA plus que limitée, le tout dans des environnements chiants comme la mort. "On est en droit de se demander si ce jeu aurait vu le jour s'il n'avait pas porté le nom 'Alien'", notait Eurogamer dans sa chronique du jeu. On aurait préféré qu'il reste dans l'ombre, en effet.

Pour quiconque veut fêter les trente ans d'Aliens, le retour en se plongeant dans un jeu vidéo procurant autant d'adrénaline et reproduisant l'univers du film, ses armes et ses personnages, on dirait bien que Colonial Marines est la seule option. Serrez les dents, insérez le disque, et faites avec. Oui, je sais, c'est moche, et le jeu est tout pourri ; mais à quoi d'autre allez-vous jouer ? Bien sûr qu'Alien : Isolation est un jeu génial, mais en termes de ton, il est plus proche du premier film, loin des rafales frénétiques et des hurlements des jeux d'extermination d'aliens du passé.

Eh bien en fait, vous pourriez jouer à Aliens : Infestation, par exemple. Non, attendez : vous devriez jouer à Aliens : Infestation, surtout si vous êtes le genre de personne qui a) a adoré le film de Cameron bien plus que vous n'auriez dû vu que vous aviez 11 ans la première fois, et b) connaît un peu le genre metroidvania, puisque c'est une expérience qui ressemble pas mal au monde en 2D du jeu de Nintendo sorti en 1986. Ce qui ne me pose aucun problème, puisque Metroid avait lui-même beaucoup emprunté au Alien de Ridley Scott sur le plan esthétique, et que son équipe de designers s'était ouvertement inspirée de l'oeuvre de H. R. Giger pour ses créatures. Infestation ne fait que reprendre son bien.

Infestation est un jeu Nintendo DS, ce qui veut dire que vous pouvez aussi y jouer sur 3DS - et donc qu'il y a environ 210 millions de gens qui peuvent le choper et y jouer immédiatement sur leur console portable. Mais il est sorti à l'automne 2011, alors que la DS était à son crépuscule, ce qui ne l'a pas aidé en terme de visibilité commerciale. Ce n'était pas la première fois qu'un bon jeu Alien sortait au moment où la technologie avait déjà évolué.

Fin 2000, alors que la PS2 se vendait déjà très bien, Alien : Resurrection est sorti sur PS1, trois ans le film dont il partage le titre et le scénario. Même s'ils n'ont pas grand-chose à voir de prime abord, Resurrection étant un FPS assez crasseux, le jeu partage quelques qualités avec Infestation : les deux misent avant tout sur l'atmosphère, plutôt que des graphismes chiadés, et permettent d'incarner plusieurs protagonistes différents. Les deux jeux sont aussi très difficiles, la différence étant que quand un soldat meurt dans Infestation, il reste mort, façon XCOM.

C'est pour ça que vous ne pouvez pas faire n'importe quoi dans Infestation. Vous incarnez plusieurs marines, tous dotés d'une sacrée puissance de feu ; mais si vous vous précipitez dans une nouvelle zone du jeu - que ce soit à l'intérieur de l'USS Sulaco, ou à la surface de la planète LV-246 - en ignorant les bips de votre détecteur de mouvements, vous serez vite submergé par les aliens, les soldats ennemis (car hélas, ce n'est pas un simple combat hommes vs. monstres), les robots agressifs, etc. À chaque porte que vous ouvrez, vous vous faufilez discrètement dans un nouvel espace, par méfiance. Car sous votre grosse armure, derrière vos flingues, vos grenades et votre attitude de bad boy, vous n'êtes qu'un pitoyable humain. Et les pitoyables humains meurent très facilement.

J'ai déjà vu toute mon équipe se faire annihiler en moins de 20 minutes de jeu. Si vous perdez les quatre membres de votre escouade sans pouvoir recruter de remplaçants (des soldats errants que vous tentez de convaincre de se joindre à vous), comme lors d'un combat contre un boss, c'est game over... Tous les personnages se jouent de la même manière, à la même vitesse et avec les même capacités, mais leur design, réalisé par Chris Bachalo (qui a bossé sur les X-Men), leur confère une personnalité unique, en particulier lors de leurs échanges avec le chef des opérations, un certain Patrick "Stainless" Steel.

La mission centrale du jeu se base énormément - et sans vergogne - sur le scénario du film de Cameron : "la compagnie", Weyland-Yutani, essaye une fois encore d'enfermer des aliens dans ses labos de recherche dans le but de les utiliser comme armes biologiques. Évidemment, vous et votre équipe n'avez pas l'intention de les laisser faire. Le jeu est bourré de références à Aliens, le retour : baston de chargeurs, oeufs cramés au lance-flammes, et musique très proche de la bande originale signée James Horner.

Infestation a clairement un côté simple, primitif, comme beaucoup de jeux en 2D aujourd'hui. Ses graphismes n'impressionneront jamais personne, même si certaines animations sont très réussies. Et il ne prendra jamais des semaines de votre temps - si vous êtes assez bon, ce qui nécessite de l'entraînement, vous pouvez le finir en trois heures, soit à peine plus que le film dont il s'inspire. Mais c'est une expérience formidable dans son genre, qui prolonge l'action du film de Cameron. En ne se mêlant pas des événements d'Alien 3 tout en revisitant des lieux et des scènes devenus classiques - vous vous retrouvez même à bord du Derelict - il mérite assurément sa place officieuse dans le coeur des fans de la série.

Ce n'est pas non plus le jeu Alien parfait - ses ennemis qui respawnent sont parfois insupportables, et il y a des moments où l'environnement donne l'impression de vous en vouloir personnellement, en coinçant votre marine entre une caisse et un ennemi armé. Pour être honnête, je pense qu'aucun jeu tiré de la franchise Alien n'a vraiment exploité tout son potentiel. Mais Infestation est sans conteste le meilleur jeu, le seul jeu, pour fêter dignement le 30ème anniversaire d'Aliens, le retour. Et le mieux, c'est que vous pouvez très facilement y jouer aujourd'hui sans avoir à ressusciter artificiellement une console disparue, ou le jeu d'arcade complètement taré de Konami sorti en 1990. Parce qu'on ne va pas se mentir : il n'y avait pas de zombies dans Alien 2.