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Dans la vie du plus jeune maire de France

Brice Reiter

Un entretien apolitique (ou presque) avec Rémy Dick, militant sarkozyste depuis ses 15 ans et fervent amateur d’Assassin's Creed.

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Début décembre, Rémy Dick est devenu le plus jeune maire de France. Âgé de 22 ans, ce jeune étudiant de Sciences Po a pris les fonctions de représentant de Florange, dans le département de la Moselle. Cette ancienne cité symbolique de la sidérurgie française compte environ 12 000 habitants. Élève d'un lycée de ZEP, militant sarkozyste actuellement pro-Fillon, Rémy est aujourd'hui à la tête du conseil municipal de sa bourgade natale.

Après des conflits entre les représentants de la ville et une démission du précédent maire, Rémy a pu saisir l'opportunité de prendre la suite de ses fonctions. Son élection en a surpris plus d'un, et elle est loin de faire l'unanimité. « Sans lui faire injure, il y a un manque évident d'expérience, mais on critique surtout le fait que les Florangeois n'aient pas eu la parole », avait déclaré Philippe Tarillon, chef de file de l'opposition socialiste, au Figaro. J'ai eu l'occasion de rencontrer Rémy Dick, dans le café où il a « ses habitudes », afin de discuter de ses passions, son univers et sa vie de nouveau maire.

VICE : Tout d'abord, comment se passe ta vie de maire ?
Rémy Dick :
J'ai eu des hauts et des bas. Mais dans l'ensemble, il y a beaucoup d'enthousiasme et de choses à faire, je me sens plutôt bien. Après, il y a des soirs où je reçois des commentaires peu sympathiques sur les réseaux sociaux.

Directement ton profil Facebook ?
Sur mon mur, je n'ai que des remarques positives. Mais l'opposition se lâche, je crois qu'elle a été prise de court. Et parfois, on flirte avec les attaques personnelles. Je pense qu'ils me perçoivent comme un danger, car si ça marche, on peut garder la ville sur plusieurs mandats. Ça leur fait sûrement un peu peur.

Tu étudies toujours à Sciences Po, c'est bien ça ?
J'étais en stage jusqu'à fin novembre. Le 1er décembre, j'ai été élu. Pendant quatre mois, j'ai travaillé à Asnières-sur-Seine avec le maire en tant que collaborateur. J'ai aussi bossé pendant deux mois au Ministère de l'Intérieur, donc j'avais déjà mis mes études un peu en stand-by.

Auprès de tes camarades, ressens-tu une sorte de jalousie ?
Je ne le vois pas. Je dirais que ça vient plus des anciennes personnes que je connais, qui sont véritablement engagées en politique. Des jeunes militants, qui ont commencé quand je me suis engagé et qui ne voient pas ça d'un très bon œil. Je ne ressens qu'une peur : je ne sais plus trop comment parler de sujets d'étudiants normaux avec mes amis. J'ai des fonctions de maire, je me prends la tête sur des problématiques qui vont décider du sort de ma ville... Donc parler des problèmes de cœur, c'est devenu difficile.


Tu penses qu'il y a moins de place pour l'intimité ?

J'arrive à le gérer. Avant, j'étais très branché textos et Messenger, mais maintenant je me sens un peu harcelé. J'ai donc un peu banni cet usage depuis le début de ma fonction. Sinon je me laisserai bouffer. Là c'est plus possible, j'ai d'autres chats à fouetter.

Tu arrives quand même à trouver du temps pour voir tes amis ?
Les deux premières semaines, je n'ai pas réussi, il fallait tout rattraper. Maintenant oui, c'est d'ailleurs pour ça que je m'accorde un café aujourd'hui. Sinon, je t'aurais donné rendez-vous à côté de la mairie. Quand j'aurais pris mes habitudes, ça sera plus simple, je pourrais accorder du temps à ma famille et aux autres.

Qu'est ce que tu fais généralement quand tu sors ? Tu vas à des concerts ?
Pas de concerts, je ne suis pas très fan, je sors plutôt en boîte ou au théâtre. J'ai plusieurs amis passionnés d'opéra. À Vienne, en année d'Erasmus, je suis tombé amoureux de l'opéra. Sinon, j'aime les sorties classiques dans les bars parisiens, à boire trois-quatre bières dans la soirée en parlant de tout et de rien.

Tes amis, ce sont surtout des passionnés de politique ?
J'ai plusieurs amis qui sont passionnés par la science politique, et d'autres qui adorent discuter de politique électorale. On aime suivre les élections canton par canton, on s'amuse à commenter, ce sont des passions communes. Mais après, on parle aussi des histoires de cœur, de cul, de querelles à la con. Après, je ne connais pas d'histoires sulfureuses au sein de Sciences Po. C'est une usine, donc on ne connait pas les affaires des uns et des autres. Mais c'est comme tous les étudiants, en un peu moins sulfureux peut-être. Ce n'est pas dans les mœurs. C'est moins mouvementé que ce que j'ai pu voir au lycée, en tout cas. 

Tu as été dans un lycée de ZEP, pas vrai ?
Oui, mes parents n'avaient pas les moyens de me mettre ailleurs. Ma sœur avait été mis dans le privé, mais ça c'était assez mal passé, car on n'était pas une famille bourgeoise. Donc, il semblait naturel que j'aille dans ce lycée.

D'après ce que j'ai pu lire, tu as eu des problèmes de racket et de vol.
Oui, j'ai eu quelques problèmes. Souvent des trucs très cons. Je faisais toujours le chemin du lycée à chez moi à pied. Plusieurs fois, des jeunes m'ont demandé mon portable, et un jour, ils se sont barrés avec. Je leur ai couru après et j'ai réussi à le récupérer de manière un peu agressive.

Est-ce que ça t'a fait changer ta façon de voir les choses ?
C'est pour ça que je suis à droite.

Vraiment ?
Ah oui. C'est pour ça que j'étais pour Sarkozy au départ. Le nettoyage au Kärcher et les choses comme ça, ça me parlait totalement. Le collège était dur, il y avait beaucoup de difficultés d'ordre disciplinaire. J'ai commencé bien à droite quand j'étais au lycée parce que je ne supportais pas cette ambiance. Quand je suis à Sciences Po, je me dis : « Est-ce que j'ai vraiment vécu tout ça ? C'est le jour et la nuit en terme de mœurs. »

As tu revu ces personnes du lycée ?
Il y en a qui, au fur et à mesure de mon évolution politique, sont revenus vers moi. Des gens qui m'avaient un peu embêté au collège ou au lycée. On va dire que j'ai un rapport assez cordial mais pas toujours amical.

Toujours un peu de rancœur ?
Oui, forcément. Mais maintenant que la fonction est là, il faut un peu dégager tout ça. Je repense au collège qui était en effet plus dur. Je n'ai jamais connu une récré sans qu'il y ait de bastons entre les élèves. Ce qui n'est pas le cas dans un collège « normal ».

Tu te battais aussi ?
J'ai eu ma période. Rien de méchant, j'étais un peu une tête dure mais j'ai arrêté au bon moment. 

J'aime beaucoup les musiques de déconnade, ça m'arrive d'écouter du Fatal Bazooka ou du Disney pour me détendre.

Ce côté « tête dure », ça te sert en politique ?
Oui, on peut dire le présenter comme ça. La tête dure qui persiste toujours. C'est un héritage de mon père, d'ailleurs.

En parlant d'héritage, culturellement, tu es plutôt Johnny Hallyday ou Booba ?
Pas du tout Johnny Hallyday, ça c'est clair.

Avec tes orientations politiques, on aurait pu le penser.
Non, ce n'est pas du tout mon style. Mais quand je me suis positionné pour Fillon, les journalistes m'ont tout de suite dépeint comme le gars du lycée Charles de Gaulle, qui vient d'une famille bourgeoise et écoute Johnny Hallyday.

Donc t'es plutôt Bernard Lavilliers ?
Oui, voilà ! [rires]. J'aime beaucoup les musiques de déconnade, ça m'arrive d'écouter du Fatal Bazooka ou du Disney pour me détendre. J'aime aussi l'opéra, la musique classique et la pop.

C'est quoi ton artiste pop du moment ?
On va dire que j'ai eu des périodes. J'ai eu des périodes Mickael Jackson, des périodes Queen. Il y a de tout. Récemment, j'ai eu des périodes LEJ. Côté artistes français, j'ai aussi eu une phase Cabrel, et une période où j'écoutais des musiques patriotes des autres pays.

Des hymnes ?
Les hymnes, c'est chiant. Actuellement, j'écoute des musiques du sud des États-Unis. J'adorais aussi les musiques allemandes très populaires. La folk music, c'est un style que j'aime bien. J'ai eu des périodes rap : Keny Arkana, Soprano. J'écoutais ça en boucle. Il y a ce coté engagé, enragé que j'aime beaucoup. C'est rare de voir des personnes franches et claires sur leur opinion et qui assument leur cohérence jusqu'au bout. C'est très poétique, très beau. Grand Corps Malade aussi. Noir Désir. À vrai dire, j'écoute peu de tout. Ça dépend de la période, du sentiment du moment. Mais je n'ai pas d'artistes préférés.

Tu aimes le cinéma ?
J'ai été élevé au Kinepolis, puis j'ai découvert le cinéma d'auteur à Sciences Po. Les mœurs parisiennes sont assez méprisantes en soi, je dis ça de manière assez franche : la culture populaire du cinéma ne passe pas. Il ne faut pas parler de ça à quelqu'un de Sciences Po. Tous mes camarades de classe allaient à la Filmothèque de Paris. Je n'avais aucune culture à ce niveau. J'ai découvert ça avec mes amis parisiens un peu bobos, de droite ou de gauche, qui m'ont amené dans des petites salles où tout était en version originale. C'est un changement de culture, ça fait du bien de s'ouvrir. Je vais avoir un peu du mal à me remettre au Kinepolis mais bon, il y a de bons films en ce moment, comme Star Wars et Assassin's Creed. Je suis un gros joueur de jeux vidéo. Surtout Assassin's Creed, j'y joue sur PC dès que j'ai un peu de temps libre. Ça a fait toute ma culture avec Call of Duty. J'aime aussi les jeux de stratégies, de gestion.  C'est l'avantage de cette double culture, de cette double casquette, à la fois populaire et de Sciences Po. Ça a été très difficile pour moi de rencontrer des petits jeunes qui passaient leur temps à lire et qui ne jouaient jamais aux jeux vidéo.

Tu lis aussi ?
Aujourd'hui, je lis un peu. Il a fallu attendre la 1ère pour que je me mette à lire volontairement. J'exagère un peu, mais à Science Po ils sont du genre à lire Le Petit Prince à 4 ans. Mon meilleur ami me dit toujours qu'il a commencé à lire à 3 ans et demi avec L'Odyssée. Personnellement, je n'ai toujours pas réussi à le lire. 

Je ne veux surtout pas être la caricature du mec de l'UMP avec sa petite chemise rentrée dans le jean, avec la veste de costard achetée chez Celio par-dessus. Ce n'est pas du tout mon style, donc j'essaie d'être un peu plus classe.

Et toi, tu lisais quoi à 4 ans ?
Je lisais Picsou Magazine, c'est peut-être aussi pour ça que je suis de droite d'ailleurs [rires].

Et maintenant ?
Je lis du Zola, du Balzac, Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand. J'essaie de rattraper ma culture classique. En Erasmus, j'ai passé mon année à lire. Je me suis tapé 80 bouquins dans l'année parce que j'avais beaucoup de retard sur les classiques. C'était un passage obligatoire.

Comment tu décides de t'habiller quand tu vas à la mairie ?
À la mairie, c'est systématiquement un petit costume, veste et costard, chemise obligatoire. Un pantalon un peu classe. Je ne veux surtout pas être la caricature du mec de l'UMP avec sa petite chemise rentrée dans le jean, avec la veste de costard achetée chez Celio par-dessus. Ce n'est pas du tout mon style, donc j'essaie d'être un peu plus classe. J'ai testé la cravate, mais je suis trop jeune, ça fait trop sérieux. Les médias se sont aussi moqué de mes lunettes d'étudiant. Je vais mettre des lentilles. Ça fera moins petit étudiant. Il faut que j'aie de l'autorité, il ne faut pas que je passe pour le petit con. Il ne faut pas que je passe pour la caricature du gars qui met la même cravate que Monsieur Le Ministre. Il faut arriver avec sa personnalité.

Dans certaines vidéos, les gens te félicitent de ta posture et ton aisance oratoire, mais beaucoup aussi relevaient que ta façon d'être est un peu vieux jeu. Qu'est ce que tu en penses ?
Je ne tape pas sur les mouches. Les gens commentent. J'ai mon caractère. Si je suis positionné trop autoritaire, je serais caricaturé, si je n'avais aucune autorité, je serais considéré comme le petit jeune. Jeune ou vieux, j'assume.

Cette attitude, n'est-ce pas du simple mimétisme ?
Je ne suis pas encore vraiment entré dans un conseil municipal dans l'habit du maire. C'est un début, il faut me laisser trouver mon style.

Dès le réveil jusqu'au moment où tu couches, es-tu Monsieur Le Maire ?
Les quinze premiers jours, je n'ai fait que ça. J'ai eu une journée à Paris, où les médias m'ont harcelé, je me suis dit : « Arrêtez de me faire chier ! ». J'ai eu des prémices d'un burn out. Il faut que je trouve l'équilibre. Parfois je suis le maire, parfois je suis Rémy Dick.

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