inondations

Les inondations sont un cocktail de microbes et d’agents pathogènes

« Il y a des fosses septiques qui ont été inondées, il y a des égouts qui coulent dans les rues »
9.5.17
Photo via MegaPixel

Avec le nombre de sinistrés des inondations qui a monté en flèche, les autorités québécoises n'ont pas encore réussi à cerner l'ampleur des dommages causés par les précipitations printanières les plus importantes des 50 dernières années. Les dégâts produits par la crue des eaux — qui ont affecté des milliers de résidents dans plus de 150 villes au Québec — vont nécessairement exiger des millions de dollars en rénovations et en réfection d'infrastructures. En plus de ce qui devra réparé par des entrepreneurs ou remis en état grâce à des semaines à passer le SHOP-VAC et à déshumidifier, les conséquences des inondations touchent aussi la santé publique.

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Pour les sinistrés, il y a d'abord les effets psychologiques : les victimes de catastrophes naturelles souffrent souvent d'anxiété et de stress post-traumatique (surtout quand vient le temps de composer avec les assureurs, on imagine.) Mais, il y a aussi la merde. « Il y a des fosses septiques qui ont été inondées, des stations de pompage qui étaient sur le point d'être inondées, il y a des égouts qui coulent dans les rues », énumère Sarah Dorner, professeure agrégée à Polytechnique Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la protection des sources d'eau potable. « On peut aussi avoir des micro-organismes pathogènes de source agricole. Normalement, lorsqu'on a beaucoup de ruissellement où il y a eu épandage de fumier, il peut y avoir contamination de l'eau », explique-t-elle. Dans ce joli cocktail se retrouvent une variété d'organismes pas très appétissants et potentiellement dangereux. « Ce sont typiquement des micro-organismes pathogènes qui infectent par voie oro-fécale, donc des parasites comme le cryptosporidium et le giardia, des virus comme l'adénovirus ou le rotavirus, mais aussi des bactéries comme l'E. coli et la salmonelle », détaille-t-elle.

Sarah Dorner se veut toutefois rassurante : le débit d'eau, dit-elle, fait en sorte que ces agents pathogènes sont dilués, et les infrastructures municipales sont bien équipées pour éviter la contamination de l'eau potable. Les gens qui doivent patauger dans l'eau, cependant, s'exposent aux dangers. « Les risques les plus élevés en fait sont pour ceux qui travaillent actuellement dans l'eau, qui ont un contact direct avec l'eau, explique Sarah Dorner. Et il y en a eu beaucoup qui ont été en contact direct parce qu'il y a eu énormément de bénévoles pour aider les sinistrés, pour mettre en place des digues et des sacs de sable. » Mémo aux touristes des catastrophes : voici une énième raison de sacrer la paix aux pauvres résidents affectés. À ceux qui n'ont pas le luxe de quitter les lieux, elle propose des solutions assez simples. « On peut prendre des précautions comme se laver les mains et éviter les éclaboussures », donne-t-elle en exemple. Bien qu'il soit recommandé de nettoyer les surfaces absorbantes comme les bacs à sable et de vider les petits recoins où l'eau peut s'être accumulée, il n'est pas nécessaire de frotter toutes les surfaces qui sont entrées en contact avec l'eau souillée, selon elle. « Le soleil est un très bon désinfectant », explique-t-elle. Elle ajoute que les micro-organismes qui n'arrivent pas à se trouver un intestin chaud et douillet dans lequel faire leur nid meurent d'habitude rapidement. « Il faut comprendre que ces micro-organismes aiment le corps humain, ils aiment les animaux à sang chaud. S'ils sont exposés aux stress environnementaux, ils finissent par mourir », affirme la professeure. Cependant, plusieurs produits chimiques domestiques ou industriels peuvent aussi se retrouver dans l'eau contaminée. Dorner explique que ces substances représentent un tout autre défi: « Les usines de traitement d'eau potable sont conçues pour la désinfection. Mais les problèmes de qualité dans la source, c'est plutôt au niveau des contaminants pour lesquels il n'y a pas de traitement, par exemple les hydrocarbures. » Selon l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la contamination de l'eau potable et des aliments est un des principaux risques de santé liés aux inondations, juste avant l'exposition aux moisissures et les intoxications au monoxyde de carbone (CO). En 2015, l'INSPQ a publié un rapport qui indique, entre autres, que certaines directions de santé publique manquent de ressources pour gérer ce genre de problèmes. « Les enjeux en santé environnementale (SE) sont très variés (contamination microbiologique, salubrité des aliments, mesures de précaution, risques d'exposition au CO, aux matières dangereuses, aux moisissures, populations à risque, populations vulnérables, zones inondables, sécurité de la résidence, mesures de nettoyage, traitement des déchets, santé mentale, etc.), ce qui exige des équipes de SE régionales des expertises difficiles à trouver », décrit-on en préambule du rapport. Contacté à ce sujet par VICE afin de vérifier si des mesures avaient été mises en place depuis la publication de ce rapport, l'INSPQ a répondu n'avoir fait que « des recommandations au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui choisit d'appliquer ou non les recommandations ». Étant donné la situation de gestion de crise actuelle, l'INSPQ ne pouvait confirmer si ses recommandations avaient été appliquées ou non.

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