les 5 plus grands films du cinéma d'horreur coréen
Capture du film The Quiet Family de Kim Jee-woon
Culture

les 5 plus grands films du cinéma d'horreur coréen

À voir - si l'insomnie ne vous dérange pas.
21.9.18

Voici une légende urbaine coréenne qui risque de vous faire trembler l’âme et tout le reste. Il était une fois une jeune fille, consumée par sa propre vanité et prête à suivre tous les traitements de beauté possible pour devenir plus belle. On lui explique que, pour adoucir sa peau, il suffit de se plonger dans une baignoire remplie d’eau et de graines de sésame. Elle décide donc d’essayer. Plusieurs heures plus tard, alors qu’elle n’est toujours pas sortie de la salle de bains, sa mère commence à s’inquiéter. Elle finit par enfoncer la porte pour être frappée d’une vision d’horreur. Les graines de sésame ont pris racine, se sont enfoncées dans chacun des pores de la peau de sa fille, qui essaye frénétiquement de les retirer avec un simple cure-dents.

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Cette histoire est un poil sinistre, on vous l’accordera, mais aussi résolument moderne. Elle a été adaptée dans l’un des épisodes de la série télé d’horreur coréenne Hometown Legends en 2008, et est tout à fait représentative des angoisses profondes qui touchent la société coréenne, obsédée par l’image et l’apparence physique. Dans la même veine, les personnages principaux des films Cinderella (2006) et Wig (2005) sont punis pour ne poursuivre qu’un idéal monolithique de la beauté. Plus leur vanité est grande, plus leur décrépitude morale le sera aussi. Aucune autre variante du genre de l’horreur ne ressemble au cinéma d’horreur coréen et tout ce qu’il a de violent, de folklorique, de subversif et de social.

Ces qualités propres à la Corée peuvent être indirectement reliées au gwonseonjingak, une expression idiomatique inspirée des notions confucéenne de justice poétique et qui a transpiré dans de nombreuses fables coréennes : fais le bien et tu seras récompensé ; fais le mal et non seulement tu souffriras, mais ta famille aussi. Ce concept de rétribution envahit deux des thèmes les plus récurrents du cinéma d’horreur coréen ; la vengeance et la réparation des torts. Les faiblesses humaines telles que la luxure et l’envie ont été condamnées dans plusieurs classiques d’horreurs anciens, comme La Servante (1960), mais la morale qui fonde ce concept de gwonseonjingak a été durement remise en question dans les films du genre plus récents.

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Les films de Park Chan Wook et Kim Ki-duk ont insisté sur le fait que tous les « fauteurs » ne sont pas égaux, et que certains ont été forcés à faire des choses répréhensibles par les circonstances et notamment la pression de se conformer à un ordre social qui oblige à un respect aveugle à l’autorité. Cette tension entre la répression et la rébellion est aussi très visible dans l’aspect rugueux de la ville de Séoul, qui sert de toile de fond principale à la plupart des films d’horreur coréen. Presque complètement détruite pendant la guerre dans les années 1950, Séoul est, dans l’univers de l’horreur coréen, une sorte d’enfer spirituel où les bains de sang sont chose commune. Les tueurs d’écolières, les policiers à la main leste et les familles dysfonctionnelles sont des tropes connus de tous les amateurs du genre, mais les réalisateurs coréens parviennent à transformer ces clichés dans un cocktail unique de mélodrame et de tragédie.

Du slasher au surnaturel en passant par le thriller de zombies, voici cinq films coréens qui vous empêcheront de dormir pendant quelques jours.

1. The Strangers (2016)
Ce film à l’atmosphère et aux visuels incroyables est une étude : comment le mal peut prendre forme au sein d’une communauté et la transformer en un vortex affolant de paranoïa et de violence. Ce qui frappe dans The Strangers, ce n’est pas seulement la capacité du réalisateur Na Hong-jin (aussi connu pour son excellent premier film, The Chaser) à reproduire à l’écran une menace grimpante, qui bouillonne lentement mais sûrement et vous fera vous accrocher au siège bien longtemps après le générique de fin. C’est aussi une concoction d’éléments : la confusion, la colère et l’épuisement du personnage principal, le sergent de police Jong-Goo, qui tente d’élucider une série de crimes commis dans son village par des gens se comportant soudainement comme des zombies. Ce sont aussi des séquences frénétiques mettant en scène des rites chamaniques coréens et la comédie très noire qui résulte de ses interactions avec ses collègues.

Les enjeux du film prennent une ampleur énorme lorsque la fille de Jong-Hoo est elle-même touchée par le fléau. La première heure est plutôt lente, mais persistez, tenez le coup et votre patience sera grandement récompensée. The Strangers fait parfois penser aux Sorcières de Salem d’Arthur Miller dans sa description quasi-biblique de la panique morale et du pas qu’elle peut prendre sur la détermination d’une personne. Mais The Strangers est peut-être encore plus terrifiant, parce qu’au final, le film suggère qu’il n’y a pas de rédemption possible, même pour ceux qui résistent au diable jusqu’à la fin.

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Si vous avez aimé ce film, regardez aussi Deux sœurs (2003) et The Quiet Family (1998)

2. Phone (2002)
Ahn Byeong-ki est souvent présenté comme l’un des plus grands contributeurs du genre horreur coréen. Lui, que l’on a entendu dire que « le langage universel de la peur a le potentiel de traverser les frontières, plus que tout autre. » Son film Phone a été réalisé pendant l’âge d’or du film d’horreur coréen. Il ajoute un twist œdipien à la figure du wonhon (l’esprit vengeur), qui a défini le genre depuis sa naissance.

L’histoire s’articule autour de Ji-won, une journaliste qui reçoit des coups de téléphone menaçants depuis un article qu’il a écrit sur un pédophile. Elle décide de déménager chez une amie mais se retrouve au milieu d’une embrouille familiale alarmante : après que la fille de Ho-Jun réponde par erreur à un appel destiné à Ji-won, elle commence à démontrer une attirance sexuelle pour son père et un profond mépris pour sa mère. Une chose est sûre : ce film vous gâchera à tout jamais la Sonate au clair de lune de Beethoven.

Si vous avez aimé ce film, regardez aussi La Servante (1960) et Bunshinsaba (2004)

3. La Trilogie de la Vengeance (2002-2005)
Est-il vraiment possible de dresser une liste des meilleurs films d’horreur coréens sans inclure la Trilogie de la Vengeance de Park Chan Wook ? Et notamment Lady Vengeance, qui est devenu iconique pour sa remise en cause des normes patriarcales qui continuent de profondément définir la société coréenne. L’actrice qui y joue l’éponyme Lady Vengeance, Lee Young-ae, avait établi une réputation tout autre avant ce film, en choisissant des rôles féminins beaucoup plus archétypaux. Avec ce rôle de mère assoiffée de vengeance, elle opérait un virage abrupt qui laissait le public coréen pantois et remuait son image à elle au plus profond.

Oldboy, qui suit le triste parcours de Oh Dae-su, enfermé dans une chambre d’hôtel pendant plus d’une décennie sans savoir pourquoi, et sans connaître l’identité de son ravisseur, reste transgressif à ce jour, peu importe le nombre de fois que vous avait pu le voir (pensez à éviter à tout jamais l’atroce remake hollywoodien). Mais par ailleurs, Sympathy for Mr vengeance (2002) est souvent moins considéré que les deux autres, alors que c’est peut-être celui-ci qui est le plus fidèle au message du réalisateur sur la laideur de la vengeance : au fur et à mesure que les personnages s’enfoncent dans la colère, la fièvre meurtrière qui suit laisse une trace non seulement indélébile mais qui se transmet aussi d’une personne à l’autre.

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Si vous avez aimé ce film, regardez aussi J’ai rencontré le diable (2010) et Mother (2009)

4. Hide and Seek (2013)

Hide and Seek s’ouvre sur une séquence pleine de tension : une jeune femme rentre chez elle, et au pied de son immeuble délabré, elle jette un œil par-dessus son épaule pour s’assurer que son voisin creepy (qui porte toujours un casque de moto qui lui obscurcit le visage) n’est pas en train de la suivre. Alerte spoiler : la scène finit très mal, et l’histoire s’intéresse ensuite à Sung-soo, le propriétaire d’un café à Séoul qui, aux yeux du monde, semble avoir la vie parfaite : une femme aimante, un grand appartement et deux enfants à croquer. Quand il découvre que son frère, de qui il était très éloigné, a disparu, il part à sa recherche, et l’on comprend que sa dernière adresse connue est l’immeuble délabré du début, majoritairement occupé par une classe sociale bien en deçà de celle de Sung-soo.

Le film se sert de l’horreur pour nous conscientiser sur les inégalités cinglantes au cœur même de la société coréenne. Il se moque ouvertement de la façon dont la richesse du pays est gaspillée dans la construction de cages dorées d’où les fortunés peuvent observer ceux dont ils profitent de la main-d’œuvre. Malgré les efficaces sursauts et les impressionnantes scènes de courses-poursuites, le moment le plus mémorable du film tient dans une scène où la démonisation de la pauvreté est d’une clarté sans équivoque. Quand Sung-soo et sa famille sont invités chez une femme pour prendre le thé, sa fille refuse que la fille de la femme touche le jouet qu’elle a amené avec elle. « Elle est sale, » s’exclame-t-elle. Et l’expression outrée de la femme suffira à vous faire tressaillir.

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Si vous avez aimé ce film, regardez aussi Office (2015) et Forbidden Floor (2006)

5. Dernier train pour Busan (2016)

Probablement le meilleur film de zombies de ces dernières années. Dernier train pour Busan prend place dans le train à grande vitesse qui parcourt le chemin entre Séoul et Busan et met en scène une palette de personnages hauts en couleur : le businessman qui amène sa fille voir sa mère, de qui il est séparé, une vieille femme snob comme il faut, une pom-pom girl et son copain athlétique, un ouvrier bourru et sa femme enceinte, un dirigeant un peu lâche… Tandis qu’un virus inconnu s’étend dans les villes que le train passe, il apparaît évident que tous ces personnages n’auront pas qu’à se défendre contre l’armée de zombies qui grandi de gare en gare mais aussi contre eux-mêmes.

Dernier train pour Busan s’attaque directement à la fixation dérisoire du pays pour les marqueurs stéréotypés du succès. Notamment dans une scène où un sans-abri s’exclame frénétiquement « tout le monde est mort ! » Le businessman, la tête sur les épaules, assure à sa fille en voyant l’homme : « Si tu ne travailles pas à l’école, tu pourrais finir comme lui. » Le film ne se limite pas au sang et au gore, et prend le temps de mettre l’accent sur certains actes altruistes, ceux-là mêmes qui sont à la base de tout bon film de survie : nous sommes toujours plus efficaces ensemble que séparément.

Si vous avez aimé ce film, regardez aussi The Host (2006) et Wishing Stairs (2003)