Qui consomme les nouvelles drogues de synthèse en France ?

L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) publie le premier rapport centré sur les consommateurs français de ces NPS, qui échappent souvent à la plupart des réglementations.
Pierre Longeray
Paris, France
12.5.16
Représentation d'une molécule 4-MMC via Wikimedia Commons/Ring0

2C-x, MXE et 4-MMC : voilà les trois nouveaux produits de synthèse (NPS) les plus prisés en France. Derrière ces acronymes mystérieux pour les non-initiés se cachent des molécules qui reproduisent les effets des drogues illicites comme l'ecstasy, la cocaïne, les amphétamines ou encore le cannabis. Des produits qui ne sont pas sans effets dangereux sur ceux qui les consomment : paranoïa, peur, crampes, accélération du rythme cardiaque ou encore des nausées et des vomissements.

Principalement vendus sur Internet et fabriqués pour beaucoup dans des laboratoires clandestins en Chine ou en Inde, les NPS échappent quasiment à toute réglementation puisque dès qu'une molécule est interdite, un dérivé apparaît instantanément sur le marché.

L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) publie ce mercredi le premier rapport centré sur les consommateurs français de ces NPS, que l'on appelle aussi « research drugs » (RC) ou « designer drugs ».

Grâce à une enquête en ligne réalisée sans échantillonnage (qui comporte donc des failles), l'OFDT a tenté de définir un profil type de l'usager de NPS, de comprendre ses motivations et aussi d'établir où il se fournit.

Jeune, urbain et consommateur de drogues « classiques »

Il apparaît en premier lieu que les consommateurs français de NPS sont des usagers de drogues dites « classiques ». En effet, 84 pour cent des consommateurs de NPS ont fumé du cannabis dans l'année et plus des deux tiers ont ingéré ou sniffé des « stimulants emblématiques de la sphère culturelle « électro », » indique le rapport de l'OFDT. Ainsi, les NPS ne représentent pas une porte d'entrée dans l'usage de drogues.

Sur les 607 personnes sondées pour réaliser cette étude, la moyenne d'âge des consommateurs de NPS est de 28 ans. Mais la moitié d'entre eux ont moins de 25 ans et près d'un tiers a plus de 30 ans. Certains consommateurs interrogés ont plus de 50 ans, qui sont principalement des « psychonautes » — comprendre des précurseurs des drogues — ou « d'anciens » usagers de drogues, intrigués par les nouvelles substances.

La majorité des consommateurs sont des hommes, mais la proportion des femmes atteint les 30 pour cent pour la catégorie des « usagers probables » (qui n'ont pas su clairement identifier un NPS). 60 pour cent des consommateurs de NPS habitent dans une ville de plus de 500 000 habitants et ont en majorité un bon niveau d'éducation. Pour les plus de 25 ans, ils sont 9 sur 10 à avoir eu leur bac et 3 sur 10 à avoir un bac +5.

Se défoncer entre amis

Pour leur dernière prise de NPS, trois quarts des usagers interrogés déclarent s'être drogués en présence d'amis et plus de la moitié l'on fait dans un cadre privé (chez soi ou donc chez des amis). Ils sont en effet moins nombreux à consommer des NPS en public. 20 pour cent des consommateurs en ont pris dans un « lieu festif fermé » comme une boîte de nuit, et 20 autres pour cent « en extérieur », dans une maison de campagne par exemple.

Les deux principales motivations des usagers de NPS sont de « modifier leurs perceptions » ou simplement de « se défoncer ». Suivent ensuite la volonté « d'être plus sociable » et d'autres motifs moins répandus comme « améliorer ses rapports sexuels » ou « stimuler son activité intellectuelle ».

Effets recherchés par les sondés. (Source OFDT, 2014)

Cette double envie de se défoncer et de modifier ses perceptions colle avec les substances les plus consommées : le 2C-x, qui a des effets hallucinogènes psychédéliques, le MXE, qui est un hallucinogène dissociatif, et le 4-MMC, qui offre des effets stimulants. Parmi les autres NPS, on trouve aussi la famille des cannabinoïdes, des molécules déposées sur des mélanges de plantes, comme pour la Spice. Mais ces produits qui reproduisent l'effet du cannabis ne sont pas fréquemment consommés en France — potentiellement à cause des « expériences désagréables vécues », note l'enquête.

Sur les consommateurs sondés, près de la moitié (4 sur 10) confie avoir eu des effets indésirables suite à la prise de NPS. Il s'agit principalement de symptômes type paranoïa, peur, crampes, accélération du rythme cardiaque ou encore des nausées et des vomissements. D'après les réponses obtenues par l'OFDT, « les répondants ne sont pas indifférents à la dangerosité du produit mais considèrent au contraire que le danger existe quel que soit le produit. »

Deep web et RC shops

Pour se fournir en NPS, la moitié des consommateurs se tourne vers Internet. La plupart d'entre eux achètent sur ce qu'on appelle les « RC shops », où les NPS sont désignés par le nom de leur molécule. D'autres sondent le « deep web » sur des sites comme Silk Road pour trouver ce qu'ils cherchent. Enfin, il existe d'autres sites où les substances sont présentées sous des noms de marques ou comme des produits d'entretien.

Les différentes plateformes utilisées par les sondés pour se procurer des NPS. (Source OFDT, 2014)

La dépense la plus commune sur les sites Internet s'élève à 50 euros pour chaque commande, indique l'OFDT. Mais certains achètent pour plusieurs centaines d'euros, ce qui peut laisser penser qu'ils revendent les substances. Ceux qui ne se fournissent pas en ligne, achètent à de petits dealeurs ou à des connaissances qu'ils ne considèrent pas comme des dealers à part entière. Pour un usager sur quatre, la dernière prise de NPS vient d'un don — ce qui cadre avec la consommation « collective » des NPS.

Enfin, l'OFDT a voulu savoir ce que les sondés pensaient des NPS. Il ressort que 63 pour cent d'entre eux ne pensent pas que « les effets des nouvelles substances psychoactives sont plus puissants que les substances illicites ». La moitié des sondés n'estiment pas non plus que les NPS sont de meilleure qualité que les substances illicites.

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