société

Des locataires nous confient la pire chose qu’ils ont faite à leur appartement

Des gens nous ont parlé du plus gros doigt d’honneur qu’ils ont fait à leur proprio.
13 octobre 2017, 11:00am
Luttez dans la boue à vos propres risques. Image fournie.

Si vous êtes locataire dans une ville canadienne, il est très probable que vous viviez avec une crainte enfouie mais constante d'être expulsé.

Alors que les logements à prix modique sont en voie de devenir un mythe et que le taux de logements inoccupés tourne autour d'un pour cent à Vancouver et à Toronto, personne ne veut se retrouver avec un avis sur sa porte, ni avoir à désespérément parcourir la section immobiler de Kijiji dans tous ses temps libres.

Inspiré par cette paranoïa souvent justifiée, VICE a décidé de questionner des gens sur leurs histoires d'expulsion et sur les pires choses qu'ils ont faites en tant que locataire. Que faut-il faire pour se faire évincer? Est-ce qu'entasser 150 personnes et 7000 livres de sable dans votre appartement mènera à la dissolution immédiate de votre bail?

Les histoires suivantes parlent de lutte dans la boue, de paiements en retard, de pitbulls et de visites policières. S'il y a une leçon à en tirer, c'est que même si se faire mettre à la porte peut être hors de notre contrôle et totalement injuste (on vous voit, propriétaires rapaces), c'est peut-être parfois justifié.

Jordan, 27 ans

On a eu l'idée de faire un beach party en revenant d'un voyage à Cancun pendant la semaine de relâche. On s'est dit que ça avait été le fun, alors pourquoi ne pas répéter l'expérience ici au Canada? On a commencé à faire des recherches pour faire livrer du sable en plein mois de mars. On a trouvé une compagnie d'aménagement paysager - ils étaient les seuls qui pouvaient livrer la fin de semaine et qui avaient du sable dégelé. On s'est rendu compte qu'il n'était pas évident de trouver du sable qui n'était pas gelé en hiver au Canada.

Quand on a reçu le sable, il nous a fallu trois heures à huit pour le rentrer dans l'appartement en le pelletant dans des seaux et en le montant par l'escalier. C'était cher, aussi. Je pense qu'on a dépensé environ 1300 $ en sable et en polyvinyle pour pouvoir couvrir les planchers et faire une glissade dans le couloir, qui a fini par faire 50 pieds. La première fois qu'on a essayé la glissade, on a brisé une porte. On avait placé un matelas au bout, mais ce n'était pas assez pour arrêter l'élan d'un mâle universitaire à toute vitesse. Puis, quand on a fait le party, il y avait environ 170 personnes, mais la police ne s'est jamais pointée. On a dû arrêter parce que quelqu'un a tiré sur l'alarme d'incendie de l'immeuble vu qu'on ne voulait pas le laisser entrer, et les pompiers sont venus (c'était un gros buveur et il ne voulait pas payer). Mais des gens m'abordaient encore un an après, quand ils me reconnaissait ou qu'ils reconaissaient mes colocs, et ils disaient que c'était leur meilleur party à vie, et on n'a même pas eu de problèmes suite au party.

Après ça, on a décidé de faire un party de lutte dans la boue. On avait juste besoin de mélanger de la terre à jardin avec de l'eau, alors c'était beaucoup plus simple cette fois-là. On a eu 50 invités, et beaucoup de gens sont venus pour lutter. Mais le lendemain, un des gestionnaires de l'immeuble est passé devant tandis que la porte était grande ouverte. Le gars se demandait vraiment ce qui se passait et il est entré, ce qui est techniquement illégal puisqu'il ne nous avait pas donné un avis de 24 heures et qu'il n'avait pas cogné à la porte. Il s'est un peu pris dans son propre piège, et je pense que c'est pour ça qu'on n'a pas eu autant de représailles qu'on aurait pu. On n'a eu aucun problème, en fait. Évidemment, on s'était comportés comme des imbéciles, mais ça ne lui donnait pas le droit d'enfreindre la loi.

Ka'Juan Hill, 25 ans

Ça faisait cinq ans que j'habitais l'appartement lorsqu'on a eu un nouveau propriétaire. Avec le propriétaire d'avant, je payais mon loyer un peu n'importe quand, et ça n'avait jamais causé de problème. Elle affichait des avis, mais c'était plus des rappels pour me dire que je devais bientôt payer le loyer. Alors quand le nouveau propriétaire est arrivé et qu'il a commencé à me donner des avis, je les ai ignorés comme d'habitude.

Je suis rentré chez moi un jour et toutes mes choses étaient dehors sur le gazon. Tout. Des gens avaient volé plein de trucs, dont les deux télés et la caméra que j'utilisais pour faire mon émission. Elles étaient là depuis neuf heures, mais je ne suis revenu à la maison qu'à 15 h. Mes choses avaient passé la journée là, et ils ne m'ont même pas téléphoné. J'étais complètement sonné, et je me demandais comment ça avait pu se produire. Mais comme je ne suis pas du genre à paniquer, je me suis rendu à leurs bureaux. Ils riaient et me faisaient des sourires narquois, en disant « Tu n'es pas venu, tu ne nous as pas parlé, on a mis des avis sur la porte, alors à quoi tu t'attendais? » Et j'ai dit : « Vous savez quoi? Vous avez raison. » Et c'était vrai.

J'avais vu les avis. En fait, j'avais payé le loyer du mois, mais il y avait des frais de retard de 235 $ dont j'ignorais l'existence. Ils m'ont mis à la porte pour 235 $.

Mais ça a été une bonne leçon pour moi, parce que j'avais besoin de grandir. C'était mon premier appartement, et à l'époque, j'étais étudiant et je travaillais à temps plein, alors j'en avais vraiment beaucoup sur les épaules. Mais n'empêche, comment avais-je pu ignorer tous ces avis? Ça m'a fait me demander s'il y avait d'autres choses je ne remarquais pas, et ça m'a ouvert l'esprit à plein de choses auxquelles je ne portais pas attention avant.

Dina*, 25 ans

Il y a quelques mois, je lavais mes vêtements délicats dans l'évier de la salle de lavage. C'est un immense évier qui prend du temps à remplir, alors j'avais laissé l'eau couler pendant que j'étais partie répondre à un ou deux courriels. C'était vraiment idiot, parce qu'évidemment, j'ai oublié l'eau. Quinze minutes plus tard, je me suis levée de ma chaise en criant « Merde! » Je n'avais rien remarqué de catastrophique sur le coup – il y avait juste une flaque d'eau. Je l'ai épongée avec des serviettes et j'ai utilisé un ramasse-poussière pour mettre l'eau dans un seau. Puis, j'ai moppé et tout semblait bien. Le plancher était plus propre que jamais, en fait. Je me félicitais d'avoir réagi assez vite.

30 minutes plus tard, le robinet de ma cuisine ne fonctionnait pas. Ils avaient coupé l'alimentation d'eau de mon appartement. Ça m'a tout de suite rendue nerveuse : est-ce que j'avais quelque chose à voir avec la coupure d'eau? Mais je me suis rassurée en me disant que ça devait être une coïncidence. L'eau est finalement revenue, mais au courant des jours qui ont suivi, des réparateurs entraient et sortaient constamment de l'immeuble. J'avais le sentiment terrible que ça avait à voir avec ma gaffe, et je suis devenue de plus en plus terrifiée. Puis, j'ai vu une affiche sur la porte du magasin de jouets en bas de l'immeuble : « Fermé pour cause d'inondation! ». Je me suis presque évanouie. Avais-je à moi seule fait fermer le magasin de jouets? Si c'était le cas, allait-on exiger de moi des sommes d'argent faramineuses? Allait-on m'expulser?

Environ une journée plus tard, deux réparateurs sont venus chez moi et m'ont demandé si j'avais utilisé la laveuse le jour où ils avaient coupé l'eau. Je leur ai répondu que non. Puis, ils m'ont demandé si j'avais utilisé l'évier, et j'ai fait mes aveux. Leur réaction m'a surprise : ils étaient heureux! Je suppose qu'en disant la vérité, je venais de leur épargner des heures de travail pour trouver le problème. Ils m'ont dit que le magasin de jouets en dessous avait été inondé, mais que je ne devais pas m'en faire parce que les assurances du magasin s'en occuperaient. Ils m'ont dit : « Ah, ne t'en fais pas, tu n'auras pas à payer, merci d'avoir été honnête! » J'étais à peine soulagée. J'avais probablement brisé les rêves d'un millier d'enfants.

Au courant des mois qui ont suivi, j'étais confrontée à l'affiche « Fermé pour cause d'inondation! » chaque jour. J'ai même vu un enfant pleurer devant le magasin. Il regardait à travers les fenêtres sombres et hurlait! À ce jour, l'endroit est toujours fermé. J'ai peut-être mené une entreprise à la faillite. Je suis étonnée de ne pas en avoir souffert de conséquences.

Brandon, 25 ans

Ça a commencé avec du weed et des chiens. J'habitais avec un pote dans un condo, et mon père couvrait à peu près 75 pour cent du loyer, en échange du fait que j'aille à l'université. J'étudiais pour devenir infirmier ou ambulancier, mais je n'aimais pas ce mode de vie là. Le service de soins infirmiers m'avait demandé de recevoir des vaccins obligatoires – un vaccin contre la grippe tous les six mois – mais je crois en la médecine holistique et non aux vaccins, alors j'ai abandonné mes études.

Au même moment, l'immeuble me demandait de châtrer mon chien, un pitbull-mastiff, et de fournir ses papiers de vaccination et tout. Mais je ne voulais pas, parce que mon chien est une prérogative pour moi. Les voisins se plaignaient également beaucoup des odeurs de pot qui provenaient de mon appartement, alors le proprio m'a mis à la porte avec un avis de dix jours. J'ai une ordonnance pour un chien d'assistance, ce qui est une solution naturelle pour traiter le trouble de stress post-traumatique, et j'ai aussi une prescription pour l'utilisation de cannabis, mais ils m'ont mis dehors malgré tout. Mais le plus drôle, c'est que les choses qui m'ont fait perdre mon appartement (le weed et les chiens) sont devenues mes sources de revenu. J'ai décidé de devenir entraîneur de chiens et ce que j'appelle un conseiller holistique pour le cannabis.

Je suis donc retourné chez mes parents et j'ai vécu dans leur garage pendant neuf mois. Pendant ce temps-là, je travaillais pour la compagnie de construction de mon père, tout en essayant de faire croître mes projets d'entraînement de chiens et de weed. Mes parents n'étaient pas au courant pour le cannabis, mais ils ont fini par soupçonner les gens qui venaient, et ils pouvaient sentir le pot. Ils ont ensuite trouvé un tas de weed dans le garage, et m'ont littéralement mis à la porte. Ils ont impliqué le gouvernement et la police, alors j'étais légalement évincé du garage.

Les entrevues ont été modifiées et raccourcies pour en améliorer la lisibilité.
*Nom fictif

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