Établir l’âge légal pour la consommation de weed à 21 ans est une très mauvaise idée

La Coalition Avenir Québec voudrait aussi que le cannabis soit distribué uniquement par l’entremise d’une agence semblable à la SAQ.
12.9.17
Image via PixaBay

Le parti de François Legault affirme qu'interdire la consommation de cannabis aux adultes de 21 ans et moins, et de ne le vendre que dans un réseau semblable à celui de la SAQ auraient pour effet de ne pas encourager sa consommation et d'enrayer le marché noir. A-t-il vraiment raison?

D'après Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal, qui se spécialise en prévention de la toxicomanie : « Non, pas du tout! »

Le problème majeur de cette idée, selon M. Fallu, c'est que le plus grand nombre de consommateurs de cannabis se trouve dans la tranche d'âge de 18 à 21 ans. En fixant l'âge légal de consommation à 21 ans, on oblige une bonne partie des plus gros consommateurs à s'approvisionner sur le marché noir, ce qui comporte plus que son lot de risques. « Avec le statu quo, il y a une certaine banalisation, la police a tendance à laisser les gens tranquilles. Avec une légalisation, la police sera forcée de resserrer et sera plus active », me dit le professeur. On peut s'attendre à ce que les consommateurs de 18 à 21 ans soient plus surveillés par la police qu'avant, résume-t-il.

Il y aurait aussi une incohérence par rapport à la réglementation de l'alcool. La science montre clairement que l'alcool est plus dangereux que le cannabis, poursuit M. Fallu. Comme la CAQ, l'ordre des psychiatres a bel et bien recommandé que l'âge de consommation de cannabis soit établi à 21 ans, en raison de ses effets sur le cerveau des jeunes, mais c'est un enjeu de santé mentale, selon le professeur. En ce qui concerne la violence, les accidents et les blessures, l'alcool comporte un risque nettement supérieur.

« Il n'y a aucune logique à ce que l'alcool soit accessible plus tôt que le cannabis. Au niveau de la nocivité, on a un discours très exagéré. Oui, il y a des risques, mais ils diminuent de manière marquée à partir de 16, 18 ans. Le vrai souci, c'est surtout chez les moins de 16 ans, ajoute Fallu. C'est pas plus sécuritaire à 18, 20 ou 25 ans. »

Il n'y aurait, en fait, pas d'âge parfaitement sécuritaire pour consommer. L'enjeu en est donc un de maturité, selon M. Fallu. Si, à 18 ans, on est considéré adulte et assez responsable pour se marier, acheter une maison ou s'enrôler dans l'armée, on devrait aussi pouvoir déterminer si on veut consommer un produit ou pas, selon lui.

« Je comprends les craintes, et il faut les entendre. Quelqu'un est mieux de consommer du cannabis à 25 ans. On est mieux de faire beaucoup de choses à 25 ans, dit-il en riant. À un moment, il faut accepter qu'il y a une certaine autodétermination. Les individus ont une liberté qui est balisée, mais nécessaire dans ces choix-là. » Il ajoute aussi que les spécialistes de la santé publique ne sont pas d'accord avec l'idée de fixer à 21 ans l'âge légal de consommation du cannabis.

Bien que le projet de loi fédéral de la légalisation du cannabis fixe à 18 ans l'âge minimum pour en consommer, il revient à chaque province de choisir l'âge minimal. Le gouvernement ontarien a quant à lui annoncé la semaine dernière que l'âge requis pour acheter et consommer du cannabis sera de 19 ans, comme pour l'alcool.

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