La Turquie s’empare d'une agence de presse, quelques jours après avoir pris le contrôle d'un journal

Cihan a annoncé sur son site que le procureur de l'État avait ordonné au tribunal d'Istanbul la nomination d'un administrateur pour gérer l'agence.

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08 mars 2016, 4:36pm

Photo par Deniz Toprak/EPA

Les autorités turques ont pris le contrôle de l'agence de presse Cihan, selon un communiqué publié par l'agence. Cette prise de contrôle survient quelques jours après que le gouvernement s'est emparé du principal journal d'opposition.

Cihan a annoncé sur son site que le procureur de l'État avait ordonné au tribunal d'Istanbul la nomination d'un administrateur pour gérer l'agence. Pour beaucoup, cette mesure est le dernier exemple de pression dirigée contre les sympathisants de l'imam Fethullah Gülen, un ennemi majeur du président Recep Tayyip Erdogan qui est aujourd'hui exilé aux États-Unis.

La mise sous tutelle vendredi du quotidien Zaman, proche de Gülen, a provoqué de vives réactions au sein de la communauté internationale, qui a exprimé ses inquiétudes pour la liberté de la presse en Turquie. La saisie du journal a également été l'objet de discussions lors d'un sommet consacré à la crise migratoire entre l'Union européenne et Ankara.

Le ministre français des Affaires étrangères a dit que la mise sous tutelle de Zaman — le journal qui a le plus grand tirage en Turquie — était « inacceptable » et qu'elle allait à l'encontre des valeurs européennes. Guy Verhofstadt, leader du Bloc Libéral au Parlement européen, a accusé l'Europe de vendre son âme en s'alliant à « un pays qui emprisonne les journalistes, attaque les libertés civiles, et où la situation des droits de l'homme est extrêmement inquiétante ».

Cihan et Zaman font partie du groupe de presse Feza Gazetecilik.

Erdogan a accusé Gülen de vouloir entraîner la chute du gouvernement en développant un réseau de sympathisants au sein des tribunaux, de la police et des médias. Gülen nie ces accusations.

Autrefois amis, les deux hommes ont pris leurs distances en 2013 lorsque des policiers et des procureurs proches de Gülen ont ouvert une enquête dans une affaire de corruption impliquant des proches d'Erdogan.

Début mars, les autorités turques ont fermé les locaux d'entreprises de médias appartenant à Koza Ipek Holding — un conglomérat associé à Gülen.

D'après les organisations de défense de la liberté de la presse, la liberté d'expression en Turquie a été fortement déteriorée depuis 2013.

Le gouvernement a emprisonné des dizaines de journalistes — dont trois membres de l'équipe VICE News l'année dernière, qui ont finalement été libérés — ainsi que des militants de l'opposition et des blogueurs.

Lorsqu'il était Premier ministre, Erdogan a multiplié les procès contre des écrivains et des intellectuels, les accusant de diffamation. Depuis qu'il a accédé à la présidence, il réserve le même sort aux civils qui le critiquent sur les réseaux sociaux.


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