Crime

Pistolets Glock : les armes oubliées des tueries de masse aux États-Unis

Le tireur de la boîte gay Orlando, Omar Mateen, était aussi armé avec cette arme de poing qui a été utilisé presque aussi souvent que les fusils d’assaut pour perpétrer des tueries de masse.
22.6.16
Photo par Ralph Freso/Reuters

Quand Omar Mateen a fait irruption dans la boîte de nuit gay le Pulse à Orlando le 12 juin et a ouvert le feu sur la foule, tuant 49 personnes et en blessant 53 autres, il était armé de deux armes. Mais à la suite de l'attaque, seulement l'une de ces armes a fait l'objet d'un examen rigoureux par la presse.

Une plus grande attention a été portée à son semi-automatique de calibre 223 Sig Sauer MCX, qui a été créé à l'image du fusil d'assaut AR-15. Le fait que des armes similaires aient été utilisées lors de plusieurs fusillades de masse récentes — dont le massacre de 2012 à l'école primaire Sandy Hook dans le Connecticut, le carnage dans un cinéma à Aurora, dans le Colorado, cette même année, et l'attaque de San Bernardino, en Californie, en 2015 — a donné un nouveau souffle aux mouvements plaidant pour une limitation ou une interdiction des armes d'assaut. Cela a entraîné la publication de nombreux articles expliquant comme il était facile d'acheter des AR-15 en Floride.

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Mateen portait aussi un Glock, un type d'arme à feu qui a été utilisé presque aussi souvent que les fusils d'assaut pour perpétrer des tueries de masse, mais dont on parle moins.

Une liste des fusillades de masse perpétrées entre avril 1999 et janvier 2013, élaborée pour des députés dans le Connecticut, révélait que des carabines ont été utilisées dans 10 incidents, et des fusils de chasse dans 10 autres, tandis que des armes de poing ont été utilisées dans 42 incidents. Des pistolets Glock sont apparus dans neuf de ces cas. Une autre compilation des fusillades de masse depuis 2009, établie par le New York Times, montrait que des armes de poing ont été utilisées dans 13 incidents. En comparaison, la carabine était l'arme principale dans cinq des incidents. Des Glock ont été récupérés auprès de six des auteurs de crime.

Mateen, qui a travaillé neuf ans pour la société de sécurité G4S, a utilisé un Glock 17, un modèle qui est généralement délivré au personnel militaire, aux officiers de police et aux agents de sécurité privée, explique David VanDriel, co-fondateur de Direct Action 1ndustries, une société basée à Miami qui délivre une formation de défense aux agents de police et aux civils. Il a assuré que les armes sont vendues pour leur résistance, leurs systèmes de sécurité et leur efficacité.

« Le Glock 17 est extrêmement fiable », assure VanDriel. « Il n'exige pas trop de temps pour l'entretenir. »

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Suleiman Yousef, garde du corps, instructeur au maniement des armes à feu et garant de cautions judiciaires originaire de Miami, nous a expliqué que le Glock 17 est l'un des pistolets semi-automatiques du fabricant d'armes autrichien le plus vendu. Son prix est abordable — il est habituellement vendu aux alentours de 500 dollars — et il utilise des balles de 9 mm, un type de munitions qui est produit à gros volume.

« Vous pouvez aller dans n'importe quel pays du monde et trouver des Glock et des pièces de Glock », a assuré Yousef. « Je me rends au Mexique et au Brésil en juillet pour le travail. Quand j'arriverai dans ces deux pays, un Glock m'attendra. »

Conçu à l'origine pour l'armée autrichienne à la suite de la Seconde guerre mondiale, par le fondateur de la société Gaston Glock, le Glock 17 a fait son entrée dans les services de police américains au milieu des années 1980, à la suite d'une série d'incidents qui ont laissé les policiers avec le sentiment d'être sous-armés face aux criminels. Notamment une fusillade du FBI en 1986 contre des voleurs de banque lourdement armés à Miami, en Floride, qui a tué deux agents. Aujourd'hui, Glock fabrique « des pistolets disponibles pour tous les hommes et toutes les femmes, pour toutes les utilisations et toutes les tailles de main », selon une vidéo de promotion de la société.

Le tout premier cas connu de l'utilisation d'un Glock dans une fusillade de masse remonte à 1991, quand un marin marchand au chômage, George Jo Hennard, a projeté son camion pick-up à travers la baie vitrée de la cafétéria Luby's à Killeen, au Texas. Hennard est sorti son véhicule et a méthodiquement ouvert le feu avec deux pistolets, dont un Glock 17, sur les clients du restaurant, tuant 24 personnes et en blessant 27 autres.

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Ces neuf dernières années, les Glock ont figuré au premier plan dans au moins cinq fusillades de masse. En 2007, Seung-Hui Cho, professeur à l'Université Virginia Tech, a utilisé un Glock 19 et un Walther P22 pour tuer 32 personnes et en blesser 17 autres dans deux attaques séparées sur le campus. Le Glock 19 est un pistolet plus petit, qui est plus facile à dissimuler. Trois ans plus tard, Jared Lee Loughner a utilisé un Glock 19 pour tirer sur 20 personnes en Arizona, tuant 6 personnes, dont une petite fille de neuf ans.

En 2013, Pedro Vargas a perpétré un massacre dans le complexe d'appartements dans lequel il vivait à Hialeah, en Floride. Avec son Glock 17, Vargas a tué six personnes et retenu en otage deux voisins lors d'un face-à-face de huit heures, jusqu'à ce que le SWAT prenne d'assaut l'immeuble et le tue.

Le 17 juin 2015, Dylaan Roof a tué neuf personnes avec un pistolet Glock de calibre 45 dans une célèbre église noire à Charleston, en Caroline du Sud. Deux mois plus tard, Vester Lee Flanagan II a tiré sur un journaliste de télévision et un caméraman de Roanoke, en Virginie, et les a tués avec un Glock 19, en direct pendant une émission d'information.

En se basant sur l'histoire récente, cela ne fait pas de différence si un tireur de masse utilise une carabine ou une arme de poing, a assuré VanDriel. « Vous pouvez causer de sérieux dommages avec n'importe quel type de pistolet », a-t-il affirmé. « J'imagine que Mateen savait comment faire fonctionner les armes qu'il portait. »

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Mateen a acheté son Sig Sauer dans un magasin d'armes près de chez lui à Sainte-Lucie, en Floride, le 4 juin, puis il y est retourné le lendemain pour acheter le Glock. Il est revenu une troisième fois le 9 juin pour acheter des chargeurs pour ces deux armes. Les ventes ont eu lieu malgré le fait que le nom de Mateen fasse partie de deux listes de surveillance fédérales de terroristes potentiels. La législation pour bloquer les ventes d'armes aux personnes figurant sur ces listes a été votée au Sénat ce lundi, avec trois autres mesures de contrôle des armes.

À la suite de la tuerie de masse d'Orlando, VanDriel s'attend à ce qu'il y ait une autre augmentation spectaculaire des démarches de la part des habitants de la Floride pour obtenir des permis de port d'armes à feu dissimulées et pour acheter des pistolets. Depuis le mois d'avril, environ 1,6 million d'habitants de la Floride disposent d'un permis.

VanDriel est pour que tous les citoyens s'arment pour leur protection, mais il pense que la plupart des gens qui achètent des pistolets ne s'entraînent pas correctement pour réagir dans des situations de vie ou de mort. Aller au champ de tir pour s'entraîner sur des cibles n'est pas suffisant, a-t-il ajouté.

« La plus grosse erreur des gens, c'est qu'ils font leur formation initiale et puis ils arrêtent », a-t-il expliqué. « Vous avez besoin de vous entraîner dans un environnement stressant pour ne pas faire d'erreur. »


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