Le régime syrien près de remporter une victoire qui pourrait changer le cours de la guerre

Avec l’appui aérien des Russes, l’armée syrienne et ses alliés ont coupé ce mercredi une ligne d’approvisionnement stratégique des rebelles qui les reliait à la Turquie — ce qui porte un sérieux coup aux rebelles dans le nord du pays.

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févr. 5 2016, 12:45pm

Une photo fournie par l’agence de presse syrienne SANA montre le ministre de la Défense syrienne Fahd Jassem al-Freij (à droite) pendant une visite près de Homs en Syrie, le 17 décembre 2015. (SANA / EPA)

Avec l'appui aérien des Russes, l'armée syrienne et ses alliés ont coupé ce mercredi une ligne d'approvisionnement stratégique des rebelles qui les reliaient à la Turquie — ce qui leur porte un sérieux coup dans le nord du pays. L'armée syrienne asphyxie de plus en plus les rebelles, et cela pourrait changer le cours de la guerre.

Les forces du régime aidées de milices ont saisi une position stratégique au milieu d'une bande de territoire rebelle qui relie le nord d'Alep — la plus grande ville et le centre économique de la Syrie — à la frontière turque. Les forces du régime avaient lancé une nouvelle offensive au nord de la ville ce lundi, d'après des sources pro gouvernementales et de l'opposition. Ce mercredi, elles étaient arrivées à quelques kilomètres de deux villes partiellement assiégées — Nubl et Al-Zahraa — et elles ont pu fondre sur les rebelles qui se trouvaient entre les deux villes.

Cette ligne d'approvisionnement vitale pour les rebelles, qui relie Alep au poste frontière de Bab al-Salameh avec la Turquie, a désormais été coupée par le régime. Des rebelles et des civils ont confié à VICE News que les bombardements avaient largement touché les populations locales — nombre d'entre eux ont fui vers le nord pour se retrouver coincés au poste frontière qui est fermé. D'autres ont campé dans les terres agricoles alentour. 

« Nous avons besoin d'armes antiaériennes le plus vite possible. » 

Les rebelles du nord d'Alep peinaient déjà à être présents sur tous les fronts : contre le régime, contre le groupe terroriste État islamique (EI), contre les Unités de protection du peuple (YPG) et leurs alliés. Le dernier coup de pression de Bachar Al-Assad — bien aidé par les incessantes frappes aériennes russes — s'est avéré être trop compliqué à surmonter pour les rebelles.

« Le régime s'appuie principalement sur l'armée de l'air russe. Ses avions volent en permanence, » explique le Colonel Ahmed Uthman, commandant militaire de la faction rebelle locale Firqat al-Sultan Murad.

« Il y a une grande disparité des forces entre les avions russes et les forces rebelles, » explique Firas Pasa, commandant de la brigade Liwa al-Mu'tasem Billah d'Alep. « Nous avons besoin d'armes antiaériennes le plus vite possible. »

En plus du soutien aérien russe, l'armée du régime syrien est aussi soutenue par de nombreuses forces paramilitaires, notamment des unités de chiites irakiens. « Nous n'affrontons plus seulement l'armée de Bachar, l'armée d'Abu en Tongs, » a déclaré un représentant d'une brigade rebelle du nord du pays, se moquant de l'armée du régime apparemment épuisée. 

« Je vous dis la vérité, les jeunes et les vieux vont combattre pour leur territoire et leur honneur. » 

Sur les réseaux sociaux, des membres du Front Al-Nosra (affilié à Al-Qaïda) ont accusé d'autres brigades de refuser de participer au combat — ce que des locaux ont fermement nié en communiquant avec VICE News par le biais de services de messagerie en ligne. Al-Nosra s'était déjà vanté du nombre de renforts que le groupe envoyait sur le front d'Alep.

« Il s'agit de la propagande typique du Front Al-Nosra, » explique Osama Abu Zeid, un conseiller juridique des rebelles, qui dit avoir réussi  à rejoindre la Turquie depuis Alep quelques, heures avant que le régime prenne le contrôle de la route. « Al-Nosra essaye en permanence de discréditer les factions de l'Armée syrienne libre en disant "Ils n'y étaient pas, mais nous, on y était." »

« C'est du grand n'importe quoi, » a réagi un journaliste syrien basé à Alep, qui s'exprime sous couvert d'anonymat. « Le problème n'était pas le manque de troupes, l'avancée du régime est due à une disparité des forces. Celui qui contrôle les airs, contrôle aussi le sol. »

Les porte-parole du Front Al-Nosra n'ont pas répondu à nos demandes de commentaires.

Des habitants d'Alep ont confié à VICE News qu'ils s'attendaient désormais à ce que le régime se tourne vers le sud afin d'encercler et d'assiéger la ville. Les rebelles tiennent tant bien que mal la moitié d'Alep, approvisionnée par une unique route qui passe aussi au milieu de territoires hostiles dans la campagne.

« Le régime essaye… continue d'avancer vers les villages de Hreitan, d'Anadan et d'Hayyan, » explique le journaliste. « S'il parvient à atteindre ces villages et à couper la dernière ligne d'approvisionnement entre Alep et la campagne de l'ouest de la ville, et bien, Alep sera totalement assiégée. »

Certains craignent qu'Alep devienne le nouvel Homs — une autre ville syrienne où le régime a réussi à encercler et affamer les rebelles jusqu'à ce qu'ils soient obligés de se rendre. En échange, les rebelles avaient pu se rendre librement dans d'autres zones tenues par les rebelles.

Pasa, le commandant de la brigade Liwa al-Mu'tasem Billah d'Alep, nous a confié qu'il n'y avait pour le moment pas de signe de panique ou de gens qui commençaient à stocker de la nourriture. En revanche, Pasa nous a fait savoir qu'en raison du nombre des victimes civiles, les hôpitaux manquaient de sang.

Les gens ne vont pas abandonner sans combattre, a assuré le commandant. « Ici c'est Alep, pas Homs mon frère, » a lancé Pasa à VICE News. « Alep contient quelque chose comme une entière division de rebelles… Je vous dis la vérité, les jeunes et les vieux vont combattre pour leur territoire et leur honneur. »

D'autres membres des rebelles interviewés par VICE News craignent que le régime pousse vers l'ouest pour s'emparer du poste frontière de Bab al-Hawa dans la province d'Idlib — l'autre point de contact avec la Turquie pour les rebelles. En coupant l'accès à la campagne du nord d'Alep, le régime a coupé les ressources en pétrole du nord-ouest du pays, qui était acheminé par camions depuis les zones tenues par l'EI.

Le porte-parole des rebelles estime que la stratégie du régime consiste « à s'emparer des passages frontaliers et à étrangler la révolution », et il craint que cela puisse être le début de la fin.

« Le coeur de la révolution est dans le Nord, » dit-il. « Dès que Bab al-Hawa et Bab al-Salameh sont pris, vous pouvez considérer qu'Idlib est tombé. »


Cet article est d'abord paru sur la version anglophone de VICE News. 

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