Une nouvelle technique pour interrompre le vieillissement cellulaire

Des scientifiques se sont attaqués aux télomères, ces sortes de capsules situées à l'extrémité des chromosomes, et dont la longueur correspond à l'âge de la personne.
1.8.17

La seule certitude que nous avons dans la vie, c'est qu'un jour, nous mourrons. L'humain tente d'accéder à l'immortalité depuis longtemps déjà, ou du moins de prolonger l'espérance de vie moyenne au-delà de 100 ans. Certains pensent que nous sommes tout près d'atteindre cet objectif, mais il s'agit généralement d'un voeu pieu qui n'est pas appuyé par des données scientifiques solides.

Pourtant, une nouvelle étude vient aujourd'hui secouer le débat sur les limites naturelles de la vie humaine et sur la nature du vieillissement : des scientifiques affirment avoir réussi à inverser le vieillissement de cellules humaines.

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"Nous pouvons rajeunir des cellules", promet John Cooke, qui occupe la chaire de sciences cardiovasculaires à l'Institut de recherche méthodiste de Houston, et auteur principal de l'article publié lundi dans la revue Journal of the American College of Cardiology. L'équipe de Cooke a ciblé les télomères des cellules humaines, ces sortes de petites capsules situées aux extrémités des chromosomes et dont la longueur correspond grossièrement à l'âge de la personne. Les télomères sont l'objet d'étude privilégié des scientifiques qui travaillent à trouver un moyen de contrer les effets du vieillissement. Avons-nous pour autant trouvé la fontaine de Jouvence ? Il y a de bonnes raisons d'en douter.

Dans cette nouvelle étude, l'équipe de Cooke a étudié des cellules d'enfants atteints de la progéria, une maladie génétique extrêmement rare qui entraine un vieillissement prématuré. "Ces gamins perdent leurs cheveux, font de l'ostéoporose. Ils ont l'air ridés, font beaucoup plus vieux que leur âge," m'explique le chercheur par téléphone. Ils vivent habituellement jusqu'à la puberté, où jusqu'au milieu de l'adolescence tout au plus, et meurent alors d'une crise cardiaque ou d'un accident vasculaire cérébral. Ce groupe de patients a désespérément besoin de nouveaux traitements permettant de prolonger l'espérance de vie.

L'article précise que 12 des 17 patients ayant participé à l'étude (et âgés de 1 à 14 ans) possédaient des télomères particulièrement courts, que l'on aurait pu trouver chez un sujet de 69 ans en bonne santé. Cooke a déclaré que l'étude de leurs cellules pourrait également nous permettre de mieux comprendre le processus de vieillissement chez les humains en bonne santé.

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L'équipe a utilisé une technique appelée "injection d'ARN", qui permet de déposer de l'ARN directement dans les cellules pour stimuler la production de télomérase, la protéine qui allonge les télomères. La technique a permis d'augmenter la durée de vie des cellules et d'améliorer les fonctions cellulaires. "Avant, les cellules peinaient à se multiplier et mourraient très vite", explique Cooke. "Après la procédure, les cellules ont proliféré normalement. C'était une amélioration spectaculaire". Les marqueurs du vieillissement, tels que la libération de protéines inflammatoires, ont également été réduits à cette occasion.

Video : Houston Methodist/Vimeo

Bien sûr, les cellules cultivées en laboratoire ont peu de points communs avec les cellules présentes dans un corps qui vit et qui respire. Cooke estime que, même s'il faudra reproduire ces résultats et poursuivre ces recherches, cette étude a de quoi susciter l'optimisme sur la viabilité de futures applications de cette technique, dans le cadre de traitement anti-vieillissement. "Lorsque nous rallongeons les télomères, nous pouvons inverser nombre de problèmes associés au vieillissement", explique-t-il dans une vidéo.

Cet article prolonge d'autres études ayant mis en évidence les liens entre l'aspect des télomères et l'âge du sujet, ainsi que les propriétés anti-âge potentielles de la télomérase. En 2010, un article essentiel a été publié dans Nature : il décrivait comment les souris génétiquement modifiées pour ne pas avoir de télomérase vieillissaient prématurément. Cependant, elles "rajeunissaient" une fois l'enzyme réinjectée au bon endroit.

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La télomérase intéresse tellement la "communauté anti-vieillissement" que des suppléments alimentaires prétendant "activer la télomérase" circulent désormais sur Internet (n'en achetez pas, par pitié).

Selon Peter Lansdorp, professeur de médecine génétique à l'Université de Colombie britannique et chercheur chez BC Cancer Agency, les produits promouvant "le rallongement des télomères" sont, au mieux, de la poudre de perlimpimpin. En dépit de l'effervescence autour des télomères, nous avons encore beaucoup à apprendre avant de pouvoir affirmer que des traitements seront possibles dans le futur.

Les télomères ont en effet tendance à se ratatiner avec l'âge, mais la corrélation entre longueur du télomère et âge du sujet est loin d'être parfaite, selon Lansdorp. "Il n'est pas difficile de trouver une personne de 70 ans dont les télomères sont plus longs que ceux d'un adolescent", m'explique-t-il par mail. La diminution de la taille des télomères a un but bien précis : c'est un "mécanisme de suppression des tumeurs", ajoute Lansdorp. Nos cellules cessent de se diviser et meurent lorsque les télomères deviennent trop courts. Si cela ne se produisait pas, le risque de développer un cancer serait très élevé.

Les traitements activateurs de télomérase "auront peut-être du potentiel à l'avenir", estime Lansdorp, mais uniquement dans des conditions très précises. "Par exemple, s'il était possible d'allonger la longueur des télomères dans les cellules souches qui forment le sang, de telles cellules pourraient être utilisées dans le cadre de nouveaux traitements ciblés et individualisés", ajoute-t-il. Remplacer le coeur ou les reins défectueux d'un patient en utilisant ses propres cellules fait rêver, mais pour le moment "c'est de la science-fiction", conclue-t-il.

Cooke, pour sa part, espère que ce qu'il a réussi à réaliser en laboratoire pourra rapidement donner lieu à des traitements efficaces - pour les enfants atteints de progéria notamment. Le défi, explique-t-il, est d'injecter un traitement comme celui-ci directement dans les cellules des patients, en utilisant, par exemple, des nanoparticules.

Cooke pense que, au cours de notre vie, nous verrons le développement de traitements qui visent spécifiquement "les mécanismes du vieillissement" et, par extension, les maladies liées au vieillissement.

Quant à l'horizon d'une prétendue immortalité, Lansdorp reste très méfiant. "L'immortalité n'est pas un objectif promu par les scientifiques sérieux", explique-t-il. "Nos corps sont conçus pour mourir, et ce n'est pas plus mal."