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RDC

Un groupe minier belge responsable de la démolition au bulldozer d’un village en RDC ?

Un nouveau rapport d’Amnesty International met en avant les débordements d’une opération de police lancée à la demande d’une compagnie minière et fait pression sur cette dernière pour qu’elle reconnaisse un rôle plus important.
25.11.14
A bulldozer demolishes a house during the forced eviction of hundreds of residents at Kawama, DRC on 24 November 2009 © Jeff Mbiya

Dans un rapport rendu public ce lundi, Amnesty International indique que la compagnie minière belge Forrest International est impliquée dans la destruction de plusieurs centaines d'habitations de villageois, suite à une opération de sécurisation d'une de ses mines par la police en 2009. Selon l'ONG, sa responsabilité serait engagée au-delà de ce que Forrest International veut bien reconnaître.

Les faits se sont produits les 24 et 25 novembre 2009 dans le village de Kawama, situé aux abords de la mine de Luiswishi, dans la région congolaise du Katanga, qui possède des sous-sols extrêmement riches, notamment le précieux cobalt utilisé dans la fabrication de smartphones.

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Des démolitions d'habitations ont été effectuées à l'aide de deux machines de chantier appartenant à l'Entreprise Générale Malta Forrest (EGMF), une filiale de Forrest International, et conduites par des employés de la même filiale. Ce que reconnait Forrest International, en indiquant que cela a été fait sous la contrainte.

Dans son rapport, Amnesty International s'appuie sur de nouvelles images satellites et vidéo pour prouver l'ampleur de la démolition et de la responsabilité de Forrest International. L'ONG affirme que l'entreprise a caché la vérité pour s'éviter de verser une indemnisation aux habitants de Kawama, suite à leur expulsion forcée il y a maintenant cinq ans. Ce que reproche Amnesty à Forrest International c'est de ne pas avoir pris en compte les villageois, dommages collatéraux de l'opération de police qui a utilisé des bulldozers de l'entreprise pour raser le campement de pillards de la mine. Opération de destruction qui selon l'ONG aurait débordé, étendue au rasage de maisons en briques. Amnesty dénombre « 387 structures démolies dans les quartiers touchés entre le 31 mai 2009 et le 15 mai 2010. Ces structures existaient avant l'afflux de [pillards] à Kawama, qui est à l'origine de l'opération policière du 24 novembre 2009. »

VICE News a contacté Henry de Harenne, l'un des responsables de la communication du groupe Forrest International. Pour lui, le groupe minier a toujours reconnu et condamné la destruction par les forces de l'ordre d'habitations dans le village de Kawama. Mais il conteste la responsabilité du groupe dans ces destructions. Des destructions qui sont d'après lui survenues contre la volonté des responsables de l'exploitation.

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« Nous condamnons ce qui s'est passé en 2009, et je répète que nous n'avons pas de responsabilité là dedans, » dit Henry de Harenne. « Les responsables congolais le reconnaissent, les deux machines de notre entreprise qui ont été utilisées ont été prises sous pression et menaces de mort ce matin-là. Le responsable sur place n'était pas en capacité de dire non. »

Forrest International nous a fait suivre un document rédigé par l'entreprise qui revient sur les évènements de 2009. Il décrit une invasion de la mine courant 2009 par « plusieurs milliers de creuseurs clandestins », terme local qui désigne des mineurs hors-la- loi qui chapardent des minerais. L'entreprise a alors demandé aux autorités provinciales du Katanga une intervention de la police. D'après le texte, « La sécurité des creuseurs eux-mêmes était mise en danger dans la mine ». L'entreprise met par exemple en avant l'utilisation d'explosifs pour creuser la mine.

Forrest International raconte ensuite que le 24 novembre, lors d'une perquisition de la police pour récupérer du matériel et du minerai chapardé, les creuseurs se seraient rebellés, mettant la police en déroute. Les policiers se seraient alors réfugiés dans la mine, attendant du renfort, puis auraient réquisitionné sous la menace deux engins de chantier et leurs chauffeurs, détruisant les habitations des creuseurs.

Les policiers seraient revenus le lendemain et auraient « à la surprise générale » réquisitionné une nouvelle fois les deux pelleteuses pour achever de détruire le campement des creuseurs. À la suite de ces deux journées, l'entreprise minière aurait pris contact avec les autorités « pour mettre un terme aux débordements policiers » dit Forrest International.

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Ashfaq Khalfan est chercheur à la section des droits sociaux pour Amnesty International. Basé à Londres, il a suivi le dossier des bulldozers du Katanga. Il raconte à VICE News qu'il a pris contact en 2014 avec l'avocat général congolais chargé de l'enquête qui lui a confirmé la destruction d'habitations non seulement de creuseurs mais aussi de villageois. Un centre de santé aurait lui aussi été détruit, comme on peut le voir sur une photo reproduite dans le rapport.

RDC: Amnesty dénonce les agissements du groupe Forrest — RTBF info (@RTBFinfo)24 Novembre 2014

L'avocat général — qui n'est plus en poste aujourd'hui — a également indiqué à Amnesty avoir subi des pressions à la fois de la part du gouvernement du Katanga et de Kinshasa, la capitale, pour ne pas engager de poursuites et clore le dossier.

Forrest International, présent dans cette ancienne colonie belge depuis 1922, a indiqué à VICE News avoir versé des compensations financières à 1981 creuseurs entre décembre 2009 et février 2010, pour un montant total de plus d'un demi-million de dollars.

Avec ce nouveau rapport, Amnesty exige de son coté que l'entreprise reconnaisse désormais sa responsabilité dans la destruction d'habitations de villageois, et que des dédommagements leurs soient également versés.

Interrogé sur ces point par VICE News, un autre responsable de la communication de Forrest International, Olivier Alsteen, a indiqué : « À aucun moment on a cherché à savoir si c'était des villageois ou des creuseurs, ça n'est pas de notre responsabilité. Les autorités katangaises assument leur part de responsabilité, et c'est de leur responsabilité si elles n'ont pas versé de dédommagements aux villageois. La loi minière demande que pour faire partir les creuseurs il y ait des encouragements, nous nous sommes donc mis autour d'une table avec eux et des ONG des droits de l'homme pour les encourager financièrement à partir. »

Ashfaq Khalfan explique que d'après lui l'entreprise a de fait une responsabilité envers les villageois. En demandant l'intervention de la police dans la mine, l'entreprise EGMF n'a pas respecté les directives d'éthique des Nations Unies concernant le commerce, qui spécifient que les entreprises doivent agir avec la diligence nécessaire pour « éviter de causer ou de contribuer à causer des impacts contraires aux Droits de l'homme de par leurs activités », et « faire en sorte de remédier » à ces éventuels impacts.

Sollicitées par VICE News, les autorités du Katanga n'ont pas souhaité nous répondre.

Suivez Virgile Dall'Armellina sur Twitter : @armellina

Photo © Jeff Mbiya