Pénurie de papier toilette et de lait au Venezuela

Le pays fait face à une pénurie des produits de première nécessité, conséquence d'un trafic de denrées entre le Venezuela et la Colombie.

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22 Août 2014, 1:40pm

Photo via AP/Andres Leighton

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a annoncé cette semaine qu'il sera bientôt obligatoire de donner ses empreintes digitales dans les supermarchés. Cette initiative qui pourrait être mise en place dès la fin de l'année est destinée à enrayer le trafic de produits de base subventionnés par le gouvernement.

Le Venezuela exerce un contrôle strict des devises et contrôle les prix d'un grand nombre de produits afin de les rendre abordables aux citoyens les plus pauvres. Malheureusement, une quantité astronomique de ces marchandises est acheminée hors du pays en contrebande, et revendue dans la Colombie voisine.

Cette riche nation pétrolière connaît une pénurie chronique de denrées alimentaires depuis un certain temps. L'an dernier, Nicolas Maduro, héritier d'Hugo Chavez, a accusé l'opposition politique d'être, avec l'aide de la CIA, à l'origine de ces pénuries pour saboter son gouvernement.

La banque centrale vénézuélienne publie régulièrement un index qui recense les différentes pénuries. Le dernier en date, publié en mars, estime à plus de 26% les aliments de première nécessité manquant dans les supermarchés du pays. L'impossibilité d'acheter des denrées de base comme du riz, du café, du lait, de l'huile ou de la farine de maïs - utilisée pour faire des arepas, le pain national - reflète l'état désastreux de l'économie vénézuélienne, entravée par une inflation qui atteint des sommets et des réserves de devises étrangères de moins en moins nombreuses. Le papier toilette, les journaux, et même les cercueils se font rares ; la production de ces derniers a d'ailleurs baissé de 50%, obligeant les familles à retarder les enterrements dans l'un des pays les plus violent du monde.

Confrontés à des étals vides dus pêle-mêle au contrôle des prix, à des restrictions de devises et à la contrebande, les Vénézuéliens ont du mal à trouver les produits élémentaires dont ils ont besoin pour vivre. La crise a engendré le développement d'une application mobile appelée Abasteceme ("Fournis-moi"), qui permet aux consommateurs de renseigner et de partager entre eux où est-ce qu'ils ont trouvé certains produits.

Le contrôle des empreintes digitales, dont les détracteurs craignent qu'il s'agisse en réalité d'un contrôle de la population semblable à celui du régime cubain, ressemblerait au mécanisme employé lors des élections, dans lequel les machines dans lesquelles on vote vérifient les empreintes. L'empreinte digitale obligatoire empêcherait le consommateur d'acheter le même produit dans une quantité qui dépasserait son usage personnel, et donc de le revendre sur le marché noir, ou de faire de la contrebande. 

Le général Efrain Velasco Lugo, un porte-parole de l'armée vénézuélienne a déclaré au journal El Universal que le gouvernement estime à environ 40% les denrées subventionnées revendues illégalement en Colombie. Un exemple de la fuite des ressource, c'est l'essence. Le Venezuela est l'un des pays au monde où l'essence est la moins chère. Au taux de change officiel, un gallon coûte moins d'un centime.

La mise en place d'un contrôle des empreintes digitales n'est pas la première initiative du gouvernement pour lutter contre le détournement de l'essence et des biens vers le marché noir. Le gouvernement a en effet décidé de fermer la frontière avec la Colombie de nuit. Nicolas Maduro et le président colombien Juan Manuel Santos ont annoncé cette mesure d'essai le 1er aout. La fermeture a commencé mi-aout et continuera jusqu'à mi-septembre. Juan Manuel Santos soutient lui aussi cette mesure car la contrebande fait perdre de l'argent à son pays, puisque moins d'impôts rentrent dans les caisses. Il croit aussi à une théorie selon laquelle l'argent qui vient de la contrebande contribuerait à financer le trafic de drogue.

Suivez Chris Connolly on Twitter: @calmaudison