Plus de 750 communautés américaines ont construit leur propre réseau Internet

Une nouvelle carte montre que les Américains délaissent de plus en plus les grands fournisseurs d'accès pour les réseaux communautaires.
25.1.18
Image : ILSR

Le combat pour la neutralité du net n’est pas qu’une affaire de pétition dématérialisée : aux États-Unis, de plus en plus de communautés construisent leur propre réseau pour se soustraire à l’emprise des grands fournisseurs d’accès.

D’après cette carte des réseaux communautaires fraîchement mise à jour, plus de 750 localités américaines ont déjà choisi de prendre le contrôle de leur infrastructure, de faire appel à des coopératives d’électricité locale ou d’ouvrir leur maillage optique au public, même en partie. Cette carte est une création de l’Institue for Local Self-Reliance, une ONG qui promeut les économies locales.

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Les débits insuffisants, les prix excessifs et les services clients défaillants des grands fournisseurs d’accès à Internet (FAI) sont à l’origine du développement de ces réseaux. Le fait que des lobbyistes dépêchés par ces FAI soient parvenus à convaincre une vingtaine d’États de voter des lois protectionnistes visant à empêcher le développement de tels réseaux n’a pas pu empêcher leur apparition.

Beaucoup de ces lois vont jusqu’à interdire aux communautés locales de développer des partenariats public ou privés avec des entreprises comme Google Fibre, même quand aucun FAI n’est prêt à leur proposer ses services.

La dernière mise à jour de la carte de l’Institute of Self-Reliance montre que 55 réseaux municipaux connectent désormais 108 communautés grâce à une infrastructure de type fibre au domicile. 76 autres communautés offrent un accès à un réseau câblé local à la majeure partie ou l’intégralité de leurs membres. Enfin, 258 communautés sont désormais servies par une coopérative d’électricité rurale.

Les données de l’Institut indiquent que beaucoup d’autres communautés pourraient étendre leurs offres locales. 197 communautés disposent déjà d’un maillage fibré public accessible par une partie de leurs membres, quand 120 communautés disposent d’un maillage fibré non-utilisé accessible aux résidences et entreprises locales.

La carte de l’ONG aussi les États qui ont érigé des barrières légales pour tenter d’empêcher ces initiatives locales.

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Une nouvelle étude réalisée par des chercheurs de l’université Harvard indique que les réseaux communautaires tendent à proposer des prix inférieurs à ceux de leurs concurrents du secteur privé. Elle montre également que les prix des réseaux communautaires sont en général plus transparents et faciles à comprendre que ceux des grands fournisseurs d’accès.

Les assauts de l’administration Trump contre la neutralité du net et les dispositifs de protection de la vie privée n’ont fait qu’accroître la popularité de ces réseaux.

Ce que cette mise à jour révèle, c’est que de plus en plus de communautés se tournent vers des réseaux communautaires en dépit de l’animosité des autorités fédérales à leur endroit, explique Christopher Mitchell, le directeur de la Community Boradband Initiative de l’ILSR, dans un communiqué. Les réseaux municipaux et coopératifs ont été essentiels à l’électrification du pays. Nous voyons la même dynamique avec l’expansion des accès à l’Internet de haute qualité.

Un peu comme pour la neutralité du net, les lobbyistes et avocats des FAI tentent depuis longtemps de présenter les réseaux municipaux comme un débat partisan dans l’espoir de saper les efforts de leurs défenseurs. Les données de l’Institut indiquent pourtant que ces réseaux apparaissent le plus souvent des zones conservatrices et qu’elles s’attirent un soutien majeur et bipartisan. Le public cherche une meilleure connexion et méprise largement les grands fournisseurs d’accès, à tel point que les différences politiques disparaissent.

Les FAI historiques ont inventé beaucoup de subterfuges pour tenter de saper les réseaux locaux. Dans l’Illinois, des entreprises régionales ont organisé des push polls – des sondages conçus pour orienter l’opinion publique, pas pour la mesurer – qui affirmaient au public que les réseaux communautaires aideraient à financer l’industrie pornographique ou aboutirait à un “rationnement” de la télévision.

Comme nous avons pu le constater récemment dans le Colorado, les FAI sont prêts à dépenser beaucoup d’argent pour dénigrer les réseaux communautaire dès que possible. Ils craignent que ce genre d’initiative ne se répande et menace leur poule aux oeufs d’or.

Des preuves collectées dans d’autres villes suggèrent qu’une vraie possibilité de choix dans les services de connexion à Internet pourrait réduire les revenus mensuels de Comcast (l’un des principaux FAI américain, ndlr) de plusieurs millions de dollars par mois, écrit le groupe dans un communiqué publié en fin d’année dernière. À Fort Collins, la compétition pourrait coûter entre 5,4 et 22,8 millions de dollars annuels à Comcast. À Seattle, une compétition robuste coûterait 20 à 84 millions de dollars par an.

Les FAI aimeraient beaucoup tuer cette compétition dans l’oeuf. Et dire que tout l’argent qu’ils dépensent dans le lobbying pour faire voter des lois qui empêchent les villes d’explorer les possibilités d’un réseau communautaire pourrait être investi dans un Internet meilleur et moins cher.