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Société

Un prêtre nous a parlé de son métier d’exorciste

Le père Budi nous a expliqué comment reconnaître une possession démoniaque, et pourquoi Hollywood nuit à sa profession.

par Audy Bernadus
07 Septembre 2017, 6:15am

Illustration de Dini Lestari

Vers minuit, quelqu'un a frappé à la porte du père Budi*. C'était un agent de sécurité. Quatre étudiants venaient d'entrer dans son église en compagnie d'une amie qui, selon eux, était possédée. La femme en question avait une force surhumaine. Ses amis luttaient pour la maintenir, mais elle se débattait. Le père s'est alors écrié : « Je demande aux chrétiens de prier Dieu avec moi. Je demande aux non-chrétiens d'invoquer leur propre Dieu ».

« De toute l'histoire de ma carrière, c'est l'esprit le plus fort que j'aie jamais vu », déclare-t-il.

Le père Budi est l'un des rares prêtres catholiques d'Indonésie à avoir étudié l'exorcisme. Il a participé à des séminaires et des retraites organisés par le pasteur Jose Francisco C. Syquia, exorciste dans une paroisse de Manille. « Dieu m'a montré la voie de la retraite à deux reprises, une première fois à Lembang, une deuxième fois quelques années plus tard à Jakarta. J'ai de fait acquis un savoir-faire plus complet, qui m'aide dans l'exercice de cette pratique », explique-t-il.

L'exorcisme, c'est-à-dire l'action visant à libérer de l'emprise démoniaque, est un rituel pratiqué par l'Église catholique. Le terme « exorcisme » vient du grec « exorkizo », qui signifie « mettre quelqu'un sous serment ». Dans le catholicisme, cette tâche était accomplie par Jésus lui-même, qui aurait par la suite confié son autorité spirituelle à ses disciples.

Le père Budi déplore l'appropriation de l'exorcisme par la culture populaire. Il affirme que la mauvaise interprétation qu'en a livrée Hollywood a faussé l'idée que se font les gens de cette tradition sous-pratiquée de l'Église catholique, tant dans le concept que dans l'application. « L'exorcisme fait l'objet de beaucoup d'ignorance et d'incompréhension. Il règne un certain flou quant à son concept et aux valeurs enseignées par l'Église. Le public est bombardé de films sur le sujet, mais en connaît si peu de chose », poursuit-il.

Il est vrai que les films hollywoodiens dépeignent l'exorcisme comme une grande guerre entre religieux et démons. Le véritable fondement de l'exorcisme est pourtant la prière, et rien d'autre. Un exorciste est une personne qui prie Dieu et l'implore de libérer la victime du joug d'un esprit malveillant. Il ne s'agit en aucun cas d'une bataille spirituelle contre les démons. Un exorciste n'a pas d'« affaire personnelle » à régler avec ces derniers.

Après avoir assisté à des retraites et des séminaires, le Père Budi a constaté un manque cruel d'exorcistes en Indonésie. Dans son diocèse, pas un seul prêtre n'a été officiellement nommé par l'évêque, de sorte que le Père Budi le pratique au cas par cas. Il convient par ailleurs de distinguer exorcisme et prière de délivrance. « L'exorcisme ne peut être pratiqué que par un prêtre ayant la permission de l'évêque, tandis que la prière de délivrance peut être célébrée par n'importe quel prêtre. Les gens confondent souvent les deux », déplore-t-il.

La différence majeure repose donc sur l'autorité accordée au prêtre dans le cadre d'une mission et pour un temps donné. L'exorciste agit uniquement dans son diocèse. En raison de la nature formelle de sa mission, il doit obligatoirement revêtir sa robe pastorale et autres symboles catholiques. La délivrance, en revanche, ne requiert pas d'uniforme particulier.

L'Église catholique condamne toute forme de négligence lors de la pratique de l'exorcisme, c'est pourquoi elle a établi des règles strictes. La nomination des exorcistes n'est pas un processus facile, d'autant plus en Indonésie, où les candidats sont rares. Techniquement parlant, toute personne ordonnée prêtre est en mesure d'accomplir un exorcisme. Un prêtre peut toutefois avoir des lacunes, c'est donc à l'évêque que revient la charge de déterminer, en fonction des qualités individuelles et spirituelles du prêtre, si ce dernier est apte à pratiquer le rituel.

Les prières et rituels exorcistes sont les mêmes à chaque fois. Le père Budi préfère généralement le latin au bahasa indonesia ou à l'anglais, non pas parce qu'il a un pouvoir spécial ou un vocabulaire plus large, mais parce qu'il s'agit de la langue avec laquelle les démons s'expriment, ce qui permet de savoir si une personne est véritablement possédée ou si elle fait semblant de l'être.

« Il est presque impossible qu'une personne normale comprenne le latin, qui est une langue morte, ancienne », déclare le père Budi.

Outre la compréhension de langues inconnues, d'autres signes peuvent indiquer une possession : un changement de voix, une force physique supérieure à la normale, des globes oculaires inversés ou encore la connaissance de choses éloignées et secrètes.

Les exorcismes répondent à des normes strictes. Le prêtre travaille de concert avec un psychologue, un psychiatre, un médecin généraliste et un pasteur. Le psychologue et le psychiatre supervisent respectivement l'état mental et l'état neurologique de la victime, le médecin généraliste s'assure qu'elle ne nécessite pas de soins médicaux, et le pasteur prie. Avant de débuter le rituel, l'existence d'un quelconque trouble psychique doit être écartée.

« Un médecin diagnostique une maladie avant de recommander un certain traitement. Il en va de même pour l'exorciste », explique-t-il.

Il est essentiel de bien discerner les maux spirituels. L'âme humaine est comme une forteresse. Certaines actions peuvent toutefois renverser cette forteresse et favoriser l'action du diable. Plus une personne est « maléfique », plus il est facile pour les mauvais esprits de s'emparer d'elle. De fait, la pratique du spiritisme ou le côtoiement d'individus ayant des pratiques occultes rend plus vulnérable à la possession.

Après le départ du père Budi, ce soir-là, les quatre étudiants ont prié, en tailleur. Le processus a duré des heures. Ce n'est qu'à l'aube que la femme possédée, débarrassée des entités spirituelles qui l'habitaient, est revenue à son état normal. « Elle a finalement été libérée », conclut-il.

*Ce nom a été modifié.