Habillés à gauche



Sanglez bien votre gilet pare-balles au-dessus de votre treillis, fourrez un petit haut pailleté dans votre sac à dos (il y aura peut être une soirée disco après la manif), dessinez-vous un A d’anarchie sur le bras, faites- vous tatouer « Meat Is Murder » sur votre ventre bien plat de végétalien. Écoutez attentivement. Vous entendez les voix des fantômes des modes progressistes passées vous encourager.

Chaque génération d’agitateurs croit avoir inventé son propre style et négocié sa relation vestimentaire avec le reste du monde. Mais les activistes d’antan, dont nous suivons fièrement les pas, avaient aussi leur propre façon de se distinguer. Sans mot dire, ils s’inscrivaient dans un mouvement encore plus grand.

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Le sujet est bien trop vaste pour être couvert dans cet article, mais pendant que les agitateurs du monde entier se préparent à revêtir leur tenue de combat la plus chic pour faire passer les messages révolutionnaires de cette deuxième décennie du nouveau millénaire – du mouve- ment Occupy Wall Street aux rues du Moyen-Orient en passant par Leicester Square, la place Tahrir, la place Rouge et la place de la Perle – on s’est dit que ça pourrait être drôle de remonter le temps et d’examiner les tenues de nos illustres ancêtres activistes de ces cent cinquante dernières années.

Voici donc un résumé bref, profondément personnel, résolument non exhaustif et fortement simplifié d’un siècle de grands moments de notre histoire révolutionnaire vestimentaire commune.
 

LES FEMMES QUI SE SONT BATTUES POUR AVOIR LE DROIT DE VOTE
BEAT GENERATION
Funny Face

LES DROITS CIVIQUES
LE MOUVEMENT PACIFIQUE

LES DROITS DES HOMOSEXUELS
En se remémorant sa participation aux émeutes de Stonewall en juin 1969, Maria Ritter, qui à l’époque s’appelait encore Steve, a déclaré : « Ma plus grande peur était de me faire arrêter. Ma deuxième plus grande peur était qu’une photo de moi revêtant la robe de ma mère ne paraisse dans un journal ou à la télévision ! »

Le public d’aujourd’hui a beau se délecter des plaisirs coupables de la RuPaul’s Drag Race, et le fils de Cher, né fille de Cher, plaît peut-être beaucoup aux spectateurs de Dancing with the Stars, mais il ne faut pas oublier qu’à une époque pas si lointaine, se parer des vêtements du sexe opposé constituait un délit. Un texte de loi new-yorkais illustrait d’ailleurs parfaitement l’absurdité de la situation : il imposait aux citoyens de porter un minimum de trois vêtements appartenant à leur « véritable sexe », sous risque d’arrestation. À cette époque, les drag-queens faisaient acte de désobéissance civile.

LA LIBÉRATION DES FEMMES

LES PUNKS
God save the Queen/She ain’t no human being/And there’s no future/In England’s dreaming chantait Johnny Rotten en 1977. Bien qu’il ait insisté sur le fait que ses chansons étaient apolitiques (et qu’il ne « connaissait même pas le nom du Premier ministre »), l’histoire en a décidé autrement. En 1976, Vivienne Westwood et son partenaire, feu Malcolm McLaren, ont ouvert le magasin Seditionaries sur King’s Road, à Londres. Le nom faisait référence à la rébellion nihiliste des clients du magasin comme Johnny Rotten, dont le tee-shirt Pink Floyd – où les têtes des membres du groupe étaient déchirées et surmontées du slogan « Hate » – était l’un des préférés de McLaren.

Bien entendu, les kids des rues dépravés n’avaient pas de quoi se fringuer chez Seditionaries ou ses imitateurs, mais quiconque souhaitait manifester son enthousiasme lugubre pouvait se payer une épingle à nourrice à s’accrocher dans la joue et un tube de pommade pour se façonner une crête, ou même un couteau pour découper son pantalon et dévoiler une large bande de peau meurtrie.

OCCUPY WALL STREET
Observer le campement du parc Zuccotti et celui des autres manifestations du mouvement revient à voir en direct et en couleurs toutes les tendances progressistes de la mode du siècle passé – des afros et des manteaux de l’armée, des bérets de poète et quelques protubérances percées, du denim et des Dr. Martens. Et, si l’on n’a pas encore aperçu de longues robes de suffragistes, on a pu d’ores et déjà observer des chemises fleuries et des badges à slogan – les pendants modernes de la broche de Holloway.

Cela nous amène en 2012, et à la question de savoir ce que nous réserve cet été de conventions politiques torrides en termes de look (va-t-on assister à un remake du Chicago de 1968 ?). Sans nous soucier de comment les jeunes activistes du futur prévoient de s’habiller lors de ces prochains rendez-vous, nous devons tous une fière chandelle à nos aînés pour avoir mixé les styles, laissé pousser leur barbe et retiré leur soutif. Ils nous ont ouvert la voie grâce à leurs vêtements mais également, grâce à leur vie.

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