FYI.

This story is over 5 years old.

Serbie

En Serbie, une femme veut changer de sexe pour pouvoir travailler aussi longtemps qu’un homme

Une femme médecin a été sommée de prendre sa retraite en vertu d’une loi qui impose aux employées de la fonction publique un âge de départ plus jeune que celui des hommes.
14.10.15
Des médicaments, image d'illustration via Flickr

Une femme médecin fonctionnaire de 64 ans a décidé de changer de sexe afin d'avoir accès aux mêmes droits que les hommes en Serbie. Une déclaration faite la semaine dernière à une agence de presse locale.

Dans ce pays d'Europe de l'est, l'âge légal de départ à la retraite pour les femmes est de 60 ans et six mois, alors qu'il est de 65 ans pour les hommes. Tous ceux qui le souhaitaient pouvaient par le passé continuer de travailler après cet âge légal, mais depuis une loi votée en juillet dernier, les femmes du secteur public sont obligées de partir à la retraite si elles ont plus de 60 ans et demi. Pour les hommes, pas d'obligation de départ.

Publicité

« J'ai un collègue homme qui a le même âge que moi. Il m'a été demandé de prendre ma retraite, alors que lui peut continuer à travailler, » a déclaré Mirjana Stanojcic à l'AFP. « J'ai décidé de devenir un homme pour continuer à travailler en respectant la loi. »

Alors que cette nouvelle loi doit entrer en vigueur ce mois-ci, son employeur, l'hôpital de la petite ville de Gornji Milanovac (centre de la Serbie), lui a signifié qu'elle devait rendre sa blouse blanche. Une injonction que n'a pas supporté cette spécialiste de la rééducation, qui la juge discriminatoire.

Le docteur Dusan Stanojevic, un chirurgien pionnier dans les opérations de réassignation génitale très connu en Serbie, a proposé de pratiquer l'opération gratuitement sur Mirjana Stanojcic.

En Serbie, cette opération de changement de sexe est pour partie remboursée par la sécurité sociale depuis 2012. Le remboursement ne comprend pas le coût d'une thérapie hormonale ou d'une éventuelle mamoplastie par exemple. La même année, la Cour constitutionnelle serbe a autorisé l'actualisation des informations concernant une personne transsexuelle au registre d'état civil.

Loi discriminatoire

Suite à la large couverture médiatique en Serbie de la décision de Mme Stanojcic, la Cour suprême serbe a suspendu cette loi le temps d'examiner son éventuel caractère discriminatoire.

Mais cette médecin de 64 ans ne renonce pas à sa démarche : « Je ne sais pas quelle sera la décision de la Cour, donc je continue, » a-t-elle déclaré, selon l'AFP.

Publicité

Dans l'hypothèse où Mirjana Stanojcic irait effectivement jusqu'au bout, l'opération de changement de sexe serait terminée pour ses 65 ans. Car le processus pour changer de sexe est long. Le média d'information Balkaninsight décrivait en 2012 les étapes par lesquelles doivent passer les personnes qui s'engagent dans une telle procédure dans le pays : être suivi par un psychiatre pendant un an, et suivre une thérapie hormonale pendant six mois avant l'intervention.

Selon une enquête du New York Times en 2012, la Serbie était devenue une destination privilégiée pour avoir recours à ce type d'opération, qui valait alors autour de 10 000 dollars (environ 8 500 euros). Certaines cliniques se sont même spécialisées dans ce type d'opération à Belgrade, et ne font plus que cela.

Pour certains, une annonce qui banalise une opération lourde de sens

La Serbie reste toutefois un pays où la situation est extrêmement difficile pour les transsexuels. L'association serbe Gayten-LGBT en parle comme l'un « des groupes les plus marginalisés en Serbie, » qui fait face « à de nombreux problèmes et épreuves quotidiennes. »

Dans un communiqué envoyé à VICE News ce mercredi, l'association se montre critique envers l'annonce de Mme Stanojcic. « Pour les transsexuels, ajuster son corps à son identité de genre (par une opération de réassignation génitale) est un besoin élémentaire, » rappelle l'association de défense des droits LGBT. Or, Mme Stranojcic ne veut pas changer de sexe parce qu'elle est transgenre, mais seulement en signe de protestation estime l'association.

Publicité

Les membres de Gayten-LGBT craignent que la décision de Mirjana Stanojcic ne banalise ce « processus très exigeant, long, complexe, qui reste malheureusement encore inaccessible pour de nombreuses personnes, en Serbie et ailleurs, à cause de raisons financières. »

L'association invite par ailleurs le chirurgien Dusan Stanojevic à offrir cette opération à « tous les transsexuels en Serbie ».

Le même âge de départ à la retraite pour les deux sexes d'ici 2032

En Serbie, 10 pour cent des 7,2 millions de Serbes sont fonctionnaires. La Serbie a reçu en février dernier le feu vert du FMI pour un crédit de 1,2 milliard d'euros, contre un vaste programme de réformes. Le pays s'est engagé entre autres à réduire le nombre d'employés du secteur public de 15 pour cent d'ici 2017.

Une autre loi prévoit de corriger les différences entre hommes et femmes en relevant l'âge légal de départ à la retraite pour les femmes, afin qu'il soit le même que celui des hommes. Mais c'est à l'horizon 2032. Dans bien trop longtemps, a estimé Mme Stanojcic.

Suivez Lucie Aubourg sur Twitter : @LucieAbrg

À lire : Défendre les LGBT au Cameroun est dangereux

Des médicaments, image d'illustration via Flickr