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République centrafricaine

Nouveaux soupçons d’abus sexuel contre un soldat français déployé en République centrafricaine

Déployé dans le cadre de l’opération Sangaris, le militaire incriminé aurait violé une jeune fille, il y a environ un an, qui a donné naissance à un enfant en avril. Elle a déposé une plainte pour reconnaissance de paternité auprès des autorités...

par Pierre Longeray
04 Septembre 2015, 2:48pm

Une patrouille française dans Bangui. (Photo via État major des armées / Armée de terre)

Un nouveau soldat français, déployé en République centrafricaine (RCA), dans le cadre de la mission « Sangaris » de l'armée française, est accusé d'être impliqué dans une affaire d'abus sexuel sur une jeune fille. La Grande Muette, le surnom de l'armée française, avait déjà été visée par de telles accusations en avril dernier, pour des faits similaires en RCA, puis en juillet au Burkina Faso. Des casques bleus de la MINUSCA, l'opération de maintien de la paix des Nations Unies en RCA, ont aussi été accusés, en juin dernier, d'abus sexuels sur des mineurs en RCA.

C'est un nouveau cas que le Haut-Commissaire aux droits de l'homme des Nations Unies, Zeid Ra'ad Al Hussein, en déplacement en RCA, a révélé ce jeudi. Les faits se seraient déroulés « il y a environ un an, » d'après le communiqué du Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH). « La jeune fille, probablement en fin d'adolescence au moment des faits allégués, a donné naissance à un enfant en avril, » explique Al Hussein. Elle a déposé une plainte pour « reconnaissance de paternité » auprès des autorités locales. Le cas a ensuite été porté à la connaissance du personnel des Nations Unies en RCA le 30 août, précise le communiqué.

« Le Haut-Commissaire [Al Hussein], qui est actuellement en visite en RCA, a déclaré que les autorités françaises avaient été informées [de cette nouvelle affaire], » continue le communiqué. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, aurait ainsi « immédiatement ordonné une enquête de commandement et saisira le parquet de Paris dès que des éléments lui seront transmis, » a fait savoir, ce jeudi, l'entourage du ministre à l'AFP. Contacté par VICE News, le Parquet de Paris n'a pas été en mesure nous répondre dans les délais de parution de cet article.

La RCA est marquée depuis deux ans par des affrontements interreligieux de grande envergure entre deux milices : la Séléka — aujourd'hui dissoute — majoritairement musulmane, et les anti-balaka, surtout chrétiens. C'est dans le cadre de ce conflit que la France est engagée en RCA, depuis décembre 2013. L'opération militaire qui porte le nom de « Sangaris » a pour but d'« instaurer un minimum de sécurité […] et mettre en place un processus démocratique » selon les mots de Le Drian au lancement de l'opération.

En RCA on trouve aussi la MINUSCA, dont des casques bleus ont également été soupçonnés d'abus sexuels ces derniers mois. Dans son communiqué de ce jeudi, Al Hussein a ainsi prévenu que « Tous les militaires reconnus coupables, qu'ils soient des Nations Unies ou d'un autre pays étranger, doivent être condamnés à des peines qui correspondent à leurs crimes. »

D'autres cas semblables dans l'armée française

Le 29 avril dernier, le quotidien britannique The Guardian révèle que treize militaires français déployés dans la capitale de la RCA dans le cadre de Sangaris sont soupçonnés d'avoir abusé sexuellement d'enfants. Au moins 4 garçons — âgés entre 9 et 13 ans — auraient été victimes de viols près de l'aéroport de Bangui (transformé en camp de réfugiés), en échange desquels les soldats français leur donnaient de la nourriture.

À lire : Un rapport confidentiel de l'ONU mettrait en cause des soldats français dans une affaire de violences sexuelle sur mineurs en Centrafrique

Deux soldats français déployés au Burkina Faso dans le cadre de Barkhane — opération militaire française lancée en 2014 au Sahel pour faire face à la menace des différents groupes terroristes actifs dans la région — ont été suspectés d'attouchements sexuels sur deux enfants, en juillet dernier.

Après une après-midi à la piscine dans un quartier de Ouagadougou (capitale du Burkina Faso), les deux militaires, qui s'amusaient avec les deux enfants, avaient été invités à prendre le café chez la mère d'une des fillettes. Après le départ des deux hommes, la mère remarque qu'ils ont oublié leur caméra et découvre des attouchements perpétrés sur les deux fillettes âgées de 3 et 5 ans.

Les deux soldats avaient été immédiatement suspendus par le ministère de la Défense. Rapatriés en France pour être mis en garde à vue, un des soldats a finalement été laissé libre sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui. L'autre militaire a été mis en examen pour agression sexuelle, mais laissé en liberté.

À lire : Deux soldats français soupçonnés d'attouchements sexuels sur mineurs au Burkina Faso

Des casques bleus concernés par des faits similaires en RCA

La MINUSCA, qui doit assurer le maintien de la paix dans le pays et qui compte près de 12 000 hommes, fait face à 12 cas d'accusations d'abus sexuels depuis sa mise en place en 2013.

En juin dernier, la mission de maintien de la paix est prévenue que des casques bleus auraient abusé sexuellement « des enfants des rues de Bangui, » selon les mots de Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. Les faits pourraient remonter à 2014 et avoir continué au cours de l'année 2015.

Le 11 août dernier, Amnesty International révélait que des casques bleus auraient violé, quelques jours plus tôt, une fillette de 12 ans lors d'une opération de sécurité dans le quartier PK5 de Bangui — une enclave majoritairement musulmane de la capitale. Un enquêteur d'Amnesty avait confié à VICE News que les casques bleus avaient fouillé plusieurs maisons pour une opération. L'un d'entre eux serait tombé sur la jeune fille. Il l'aurait entraînée dehors, frappée et violée derrière un camion.

Le lendemain, le 12 août, Ban Ki-moon avait demandé la démission du chef de la MINUSCA, le général sénégalais Babacar Gaye, suite à la multiplication de ces scandales. À peine une semaine plus tard, une porte-parole de la MINUSCA annonce que des casques bleus avaient violé 3 femmes dont une mineure, le 12 août — soit au lendemain de la révélation d'Amnesty.

Ce jeudi, Al Hussein a insisté sur le fait qu'il est urgent de « trouver des moyens pour empêcher ces actes odieux commis par des soldats partout où ils sont censés protéger les populations vulnérables. »

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Une patrouille française dans Bangui. (Photo via État major des armées / Armée de terre)