Un homme tient un fusil
Toutes les photos sont de José Ferreira
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Au cœur du Bairro 6 de Maio, quartier le plus sensible du Portugal

Le nouveau projet du photographe José Ferreira capture une communauté marginalisée et vouée à disparaître, non loin du centre touristique et gentrifié de Lisbonne.
03 avril 2019, 7:23am

À seulement quelques kilomètres du centre de Lisbonne, où des millions de touristes contribuent chaque année à alimenter une gentrification rapide, le Bairro 6 de Maio se meurt à petit feu.

Pendant des décennies, 6 de Maio a été mythifié comme un endroit si dangereux et ingouvernable que même la police n'ose pas y mettre les pieds. En réalité, la communauté a été fondée principalement par les Cap-Verdiens qui sont arrivés à la fin des années 1970, après l'indépendance de leur pays. En 2016, les autorités locales ont activement démantelé le quartier pour laisser la place à un nouveau projet de développement urbain au moyen d'une série d'expulsions forcées et de raids policiers.

Une rue de 6 de Mai.

Après avoir appris la nouvelle, le photographe documentaire José Ferreira a passé un an à 6 de Maio afin de capturer le quotidien de ses résidents. La série qui en a résulté, Out of Law, a pour but d’aider les étrangers à mieux comprendre cette communauté marginalisée. « Beaucoup de gens ici sont nés dans des familles pauvres, dit Ferreira. Ils n'ont rien à perdre. »

Le photographe a commencé par essayer de gagner la confiance des résidents, ce qui n’était pas chose facile. « C'est une communauté très unie, où les gens s’épaulent les uns les autres, explique-t-il. Beaucoup d'habitants se méfient des gens qu'ils ne connaissent pas car ils ont été relativement isolés du monde extérieur. Mais une fois que nous nous sommes compris, ils se sont montrés très humbles et amicaux. » Ferreira a fini par devenir une présence bienvenue dans la communauté et a commencé à travailler avec des rappeurs locaux, notamment en photographiant leurs pochettes d'albums.

Beaucoup de jeunes hommes du quartier possèdent une arme à feu.

6 de Maio n'existera plus sous sa forme actuelle pendant bien longtemps. En raison des expulsions et des démolitions constantes, une grande partie du quartier ressemble dorénavant à une zone de guerre. « La police s’est toujours assurée que le crime ne se propage pas dans les autres quartiers, mais ne s’est jamais attaquée aux problèmes auxquels nous sommes confrontés ici », explique Ferreira. Les camions de démolition sont constamment présents, tandis que les familles sont relogées dans Lisbonne, loin de la communauté dans laquelle elles ont grandi.

Out of Law montre que 6 de Maio ne se limite pas à la criminalité et aux bâtiments délabrés. Ferreira espère que ses photos aideront à préserver la communauté d’une manière ou d’une autre, et ce, longtemps après qu’elle ait été démolie.

Plus de photos ci-dessous :

Carlon, 35 ans (à gauche) est né au Cap-Vert et a émigré au Portugal avec ses parents à l'âge de deux ans. Il travaille comme barbier ici depuis 18 ans.

Une voiture de police patrouille dans le quartier.

Un groupe d'hommes s'entraîne dans une maison qui a été démolie par le gouvernement local.

Deux hommes se battent à côté d'une maison démolie. Ce sont tous les deux des « snipers » chargés de prévenir tout le monde lorsque la police ou un gang rival approche. La bagarre a commencé quand l'un d'entre eux n'a pas fait son boulot correctement.

Un homme tient une machette qui appartenait à son père.

La cicatrice sur le ventre d'un homme, causée par une blessure par balle.

À 15 ans, cet homme a été envoyé dans un centre pénitentiaire pour mineurs. À 18 ans, il a été condamné à une peine d'emprisonnement pour avoir volé une voiture. À 25 ans, il est retourné en prison pour avoir agressé un employé dans une bijouterie.

Un habitant s'occupe de ses cultures de cannabis.

Un homme donne le bain à son bébé de six mois.

Wilson, 24 ans, rêve de devenir boxeur professionnel. Il pratique à l'intérieur d'une maison démolie.

Une partie de poker nocturne.

Un homme regarde un camion de démolition démolir une maison.

Des locaux font la fête

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