Une horde d'ours blancs envahit une île russe, l'état d'urgence déclaré

Dur de vivre normalement quand des ours blancs s'invitent dans votre salon.

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13 Février 2019, 7:30am

Une horde d'ours affamés a envahi le village russe de Belushya Guba. Source : YouTube

L'archipel russe de la Nouvelle-Zemble a déclenché l'état d'urgence après que des dizaines d'ours polaires affamés ont pénétré dans des bâtiments et poursuivis des résidents.

Au moins 52 ours ont été repérés à proximité du centre de travail de Belushya Guba, rapporte un communiqué officiel de l'oblast d'Arkhangelsk, dont fait partie la Nouvelle-Zemble.

Les habitants « ont peur d'aller dehors » et « la vie quotidienne est troublée » a déclaré l'administrateur local, Aleksandr Minayev au Siberian Times.

Les deux grandes îles qui composent la Nouvelle-Zemble sont situées au large de la côte nord-est de la Russie. Pendant la Guerre froide, le régime soviétique a utilisé l'archipel et son littoral pour tester des armes nucléaires (et notamment la plus puissantes de toutes, la Tsar Bomba, en 1961) et se débarrasser de ses déchets radioactifs.

Les autorités locales ont déclaré l'état d'urgence dimanche 10 février pour répondre à l'invasion, qui dure depuis décembre 2018. Les habitants affirment que « six à dix » ours polaires traînent dans le village en permanence, certains s'invitant même dans les maisons et les bureaux.

Les barrières et les bruits forts, coups de feux ou klaxons,n'effraient pas les bêtes.

“I have been in Novaya Zemlya since 1983, but there have never been so many polar bears in the vicinity,” local administrator Zhigansha Musin told Russian news agency TASS on Saturday. Musin added that bears have taken over a military garrison where they "literally chase people.”

« Je suis en Nouvelle-Zemble depuis 1983 et je n'ai jamais vu autant d'ours dans le coin » a déclaré l'administrateur local Zhigansha Musin à l'agence de presse russe TASS samedi 9 février. Les ours auraient même pris le contrôle d'une garnison militaire locale, où ils « poursuivent littéralement les gens ».

« Cela ne fait aucun doute : l'année a été très difficile pour les ours de ce coin du monde » explique Andrew Derocher, professeur à l'université de l'Alberta et spécialiste des ours polaires de l'Arctique, contacté par téléphone.

Les ours polaires passent la plupart de leur temps sur la banquise, en quête d'un phoque à saigner. Quand le redoux affine la glace, ils s'enfoncent dans les terres en attendant le retour du froid.

Andrew Derocher surveille les glaces de la région. À l'en croire, les gelées de l'année sont « de loin les plus étranges » de sa carrière : la glace apparaît extrêmement tard, avec parfois trois à quatre mois de retard.

La fonte rapide des glaces arctiques ont bouleversé la distribution des ours polaires, explique le chercheur. « Imaginez que vous allez au restaurant et que le restaurant est fermé », a-t-il expliqué. « Que faites-vous ? Vous vous baladez jusqu'à en trouver un ouvert. »

Le changement climatique a fait grimper le nombre de jour sans glace dans bon nombre de régions arctiques, affirme une étude internationale publiée en 2016 dans Cryospehre. La NASA estime que les glaces de l'océan arctique perdent 12,8% de leur volume par décennie, comparé aux moyennes de 1981 à 2010. Résultat : hommes et ours blancs se retrouvent nez-à-nez bien plus souvent qu'auparavant.

Polar bears in the Russian village of Belushya Guba.
Un groupe d'ours blancs en train de foutre la merde en Nouvelle-Zemble. Source : Vkontakte

Ilya Mordvintsev, chercheur à l'Institut Severtsev pour l'évolution et l'écologie de Moscou, a déclaré au TASS que les ours convergeaient vers Belushya Guba « parce qu'ils y trouvent des sources de nourriture alternatives... Quand ils croisent une poubelle remplie de déchets comestibles, ils s'arrêtent pour en profiter. »

Les ours polaires sont connus pour aimer les poubelles, c'est vrai. La ville canadienne de Churchill, AKA la capitale mondiale des ours polaires, a dû fermer une décharge à ciel ouvert en 2006 pour empêcher les carnivores affamés de s'y rassembler.

« Les ours peuvent se nourrir de tout et n'importe quoi » note Derocher. « C'est l'une des caractéristiques des ours en général. »

Reste que des ordures ne peuvent pas nourrir un monstre de plusieurs centaines de kilos bien longtemps. Une étude publiée l'année dernière dans Science indique que les ours polaires ont besoin de manger du gras, du gras et encore du gras — qu'ils trouvent d'ordinaire dans les phoques.

Mais comment faire comprendre à un ours qu'il doit partir ?

L'agence environnementale russe n'a pas distribué de licences de chasse permettant de tirer sur les ours, ce qui signifie que les gens n'ont pas le droit de les blesser. À la place, elle a dépêché une équipe spéciale sur place pour éviter les attaques d'animaux et évaluer la situation.

La Russie considère les ours polaires comme une espèce en danger. Elle a interdit leur chasse en 1956.

Samedi 10 février, la BBC a rapporté qu'une « régulation » pourrait tout de même avoir lieu si les grands carnivores ne prenaient pas peur.

« Nous ne pouvons pas faire grand-chose pour gérer le comportement des ours plutôt que celui des humains » a déclaré Derocher.

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