Crime

La police de Cleveland arrête un businessman émirati, pensant qu'il fait partie de l'EI, puis s'excuse

Suite à cet épisode, les Émirats arabes unis ont demandé à leurs ressortissants masculins d’éviter de porter leurs tenues traditionnelles quand ils se rendent à l’étranger.
4.7.16
Screenshot via Youtube

Les autorités de la ville de Cleveland ont présenté leurs excuses à un businessman originaire des Émirats arabes unis après l'avoir arrêté le soupçonnant d'appartenir à l'organisation État islamique.

Suite à cet épisode, les Émirats arabes unis ont demandé à leurs ressortissants masculins d'éviter de porter leurs tenues traditionnelles quand ils se rendent à l'étranger.

L'incident a eu lieu à l'hôtel Fairfield Inn d'Avon dans l'Ohio. Après l'arrivée du businessman, la réceptionniste de l'hôtel a appelé sa soeur, lui demandant de prévenir la police qu'un homme proche de l'EI attendait dans le lobby.

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« Il y a un homme en robe blanche avec plein de téléphones jetables qui prête allégeance… ou je ne sais quoi… à l'EI, » a indiqué à la police la soeur de la réceptionniste.

En réalité l'homme en question est Ahmed al-Menhali, un businessman émirati de 41 ans marié et père de 3 enfants, qui est à Cleveland depuis avril pour des raisons médicales. Il essayait de réserver une chambre au Fairfield Inn après avoir été contraint de rendre son appartement de Cleveland.

Sur des images de la police, on voit des officiers arriver à l'hôtel, sortir leurs fusils d'assaut, et se cacher derrière leurs véhicules. Alors qu' Ahmed al-Menhali sort de l'hôtel, un des officiers crie « Le voilà ! ». Les officiers lui ordonnent de se jeter à terre. Ils se ruent ensuite vers lui, le fouillent et le menottent.

« Pourquoi ? Vraiment pas bon, » dit Menhali dans un mauvais anglais.

Les policiers soulèvent le businessman et le fouillent à nouveau à côté d'une voiture de police. Ils lui retirent ensuite les menottes. Mais quelques instants plus tard, Menhali s'écroule — l'homme fait une crise de panique. Des ambulanciers le transportent alors à l'hôpital.

Dans une interview accordée à The National, un quotidien émirati, Menhali explique que la police a été « brutale ».

« Ils ont appuyé fort dans mon dos, » assure Menhali. « J'ai eu plusieurs blessures et j'ai saigné suite à l'arrestation. »

La vidéo de l'arrestation de Menhali.

« Je ne pensais pas qu'ils étaient là pour moi. Je me suis dit que c'était une sorte d'exercice qu'ils faisaient à l'hôtel. Puis j'ai été choqué de les voir venir vers moi. »

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« Je porte toujours ma tenue traditionnelle au cours de mes voyages et je n'ai jamais eu le moindre problème, » a dit Menhali.

Le quotidien émirati indique que Menhali était à Cleveland pour suivre un traitement suite à une opération du coeur.

L'incident survient après que le candidat à la présidentielle américaine, Donald Trump, a promis d'empêcher les musulmans de venir aux États-Unis, et à la suite d'une série d'attaques notamment à Orlando ou à San Bernardino. Au cours des derniers jours, l'EI a aussi revendiqué des attaques à Istanbul, Dacca et Bagdad, faisant des centaines de morts.

Le climat actuel a sans doute joué un rôle dans cet incident. Pourtant, l'hôpital de Cleveland — un des meilleurs au monde — est connu pour soigner les élites du Moyen-Orient dont les rois saoudiens et jordaniens.

« Le personnel de l'hôtel était gentil avec moi. Ils m'ont dit qu'ils n'avaient plus de place, mais j'ai été surpris que la réceptionniste parte avec mes documents pendant un bon moment, sans que je sache vraiment pourquoi, » a dit Menhali.

Samedi, le maire d'Avon, Brian Jensen, et le chef de la police de la ville, Richard Bosley, ont rencontré Menhali et des membres de la communauté musulmane de Cleveland. Ils se sont excusés — prétextant que l'incident était dû à un problème de communication.

La rencontre entre Menhali, le maire d'Avon et le chef de la police de la ville.

« Personne au sein du département de la police ne voulait vous manquer de respect, » a dit Bosley. « Ce n'était pas l'objectif de nos policiers. C'est un incident très regrettable. Vous n'auriez pas dû vous retrouver dans une telle situation. »

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« Des accusations mensongères ont été prononcées à votre encontre, » a complété le maire. « Ces accusations sont regrettables. J'espère que… la personne qui vous a accusé va apprendre de ses erreurs. »

Jensen a confié comprendre ce qu'a pu ressentir Menhali. Le père du maire « est arrivé du Danemark et ne parlait pas anglais. Il sait ce que cela fait d'être vu comme quelqu'un de différent, » peut-on lire dans The National.

Le chef de la police d'Avon a assuré que ses officiers et lui allaient réfléchir à des solutions pour gérer leurs interactions avec ceux qui ne parlent pas bien anglais. Il souhaiterait aussi des entraînements et des cours pour sensibiliser ses officiers à l'islam et éviter les stéréotypes.

Les leaders de la communauté musulmane locale ont ensuite invité les officiels à les rejoindre pour rompre le jeûne en ce mois de ramadan.

Menhali a indiqué que ces excuses étaient « une démarche très positive. »

« Pour ceux qui se rendent à l'étranger, et afin d'assurer leur sécurité, nous vous demandons de ne pas porter de tenue traditionnelle, notamment en public, » peut-on lire dans ce communiqué, qui ne fait pas référence à l'incident d'Avon.

Le ministère émirati a aussi diffusé un message sur son site (en anglais et en arabe) demandant à ses compatriotes de respecter les lois des pays qu'ils visitent. Il est notamment précisé que des pays en Europe ont des lois qui interdisent de se couvrir le visage.


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