Fusillade en Californie : dans les rues de San Bernardino, où les coups de feu font partie du quotidien

Quelques jours après l'attaque d'un planning familial aux États-Unis, un couple a tiré à l'arme lourde dans un centre social à San Bernardino, en Californie. Ce jeudi matin (heure française), un bilan fait état de 14 morts et 17 blessés.

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03 Décembre 2015, 9:55am

Marisa Hernandez. (Photo par Brooke Workneh / VICE News)

Quelques jours après l'attaque d'un planning familial aux États-Unis, un couple a tiré à l'arme lourde dans un centre social à San Bernardino, en Californie. Ce jeudi matin (heure française), un bilan fait état de 14 morts et 17 blessés, touchés par les tirs qui sont survenus ce mercredi, en fin de matinée, (heure locale). San Bernardino se trouve à environ 110 kilomètres de Los Angeles.

Les premiers éléments de l'enquête montrent que les auteurs présumés de la fusillade s'étaient préparés, la piste terroriste et celle du différend professionnel ne sont pas écartées. Syed Rizwan Farook (28 ans) et Tashfeen Malik (27 ans) ont été abattus par les forces de l'ordre alors qu'ils se trouvaient dans un véhicule. Ils sont présentés comme les suspects de la tuerie. Farook aurait été vu quittant le centre social, avant la fusillade.


Andreas Montalvo travaille à la station d'essence de Shell, non loin du centre social. Il nous raconte qu'il entend environ un coup de feu par jour ici. Des coups de feu qui sont liés aux activités des gangs.

Mais il nous explique que les tirs de mercredi, c'était autre chose. Aucun doute.

"Les deux premiers coups de feu, je me suis dit : ok, bon, des coups de feu... Ça faisait boom, boom", dit il. Mais après ça il y a eu "une petite pause, puis boom, boom, boom, boom", raconte Andreas. "J'ai l'habitude des coups de feu, mais quand ce sont des tirs aussi nourris que ça, ça vous choque quand même, parce que ça s'enchaine avec une telle vitesse. Du coup, à ce moment, je me suis dit : ouais, y a un truc qui va pas."  

Des femmes prient à quelques pâtés de maison de la fusillade. (Photo par Brooke Workneh/VICE News)

Il était à l'extérieur de la station essence quand il a entendu les coups de feu. Il faisait le plein de la voiture d'un client. 

"On entend des coups de feu une fois, deux fois par jour. Mais quand on voit arriver les forces de l'ordre avec autant de puissance, peut être 30 ou 40 policiers ont débarqué sur les lieux, alors on se dit que c'est plus sérieux que ce qui se passe habituellement."

Montalvo raconte qu'il est alors allé à l'intérieur de la station essence, avec son client.

"Au moment où on rentrait, des véhicules de police, peut-être une dizaine, se sont précipités dans la rue, puis la police municipale, et ensuite une vingtaine de véhicules, puis des policiers en civil, puis la police de l'autoroute. Je me suis dit que c'était important parce qu'ils étaient très nombreux."

Il nous explique que sa caméra de surveillance a peut-être filmé les suspects en train de fuir les lieux. Shell a appelé une compagnie spécialisée pour extraire les fichiers vidéos. "[La caméra] couvre tout le coin de la rue, ils regardent s'ils peuvent voir le SUV qui est passé par ici ", détaille Montalvo.

Les autorités disent ne pas écarter la piste terroriste. Les tireurs auraient ouvert le feu pendant une fête de fin d'année pour les employés du San Bernardino County Department of Public Health. Lors de la fête, une dispute a éclaté, une personne a quitté les lieux. L'enquête devra préciser si c'est bien un des suspects qui est parti en colère. 

(Photo par Brooke Workneh/VICE News)

"Mon fils a été tué par une AK-47. Mon neveu a été tué, son corps a été brûlé et enterré." Celle qui parle s'appelle Marisa Hernandez. Elle habite à San Bernardino, et elle se demande plusieurs heures après la fusillade pourquoi il a fallu une tragédie de cette ampleur pour que le pays s'inquiète des problèmes de violence dans cette ville.  

Elle se tient à un coin de rue, à un pâté de maison du Inland Regional Center, le site de la fusillade de ce mercredi. "Parce que c'est un bâtiment de l'État, d'un coup tout le monde y fait attention ? Ce genre de fusillades arrive tous les jours ici, touche nos enfants, et personne n'y met fin. Personne ne fait rien. Vraiment, tous les jours. Le maire ne vient jamais pour parler à la communauté, mais aujourd'hui on l'entend s'exprimer sur ce qui vient de se passer."

Marisa Hernandez. (Photo par Brooke Workneh/VICE News)

Elle a les larmes aux yeux. Elle tient un mégaphone, une photo de son fils à 22 ans, Richard. Dans l'autre main, elle tient un appui-tête de la voiture dans lequel son fils a été tué, dit-elle. On y voit ce qui ressemble a un trou formé par une balle.

Elle nous dit qu'elle est en colère. En colère à cause de la présence massive de la police, à cause de la ligne des caméras de télévision. Elle se demande pourquoi les forces de l'ordre, les officiels, les médias, viennent aujourd'hui. Les violences liées aux armes sont quotidiennes dit-elle. Particulièrement à Waterman Avenue, là où se trouve le Inland Regional Center. 

Dans les années 1980 et 1990, la ville était connue sous le nom de la "capitale du meurtre" avait dit un porte-parole de la police l'année dernière. Les crimes ont chuté après ça. Mais en 2012 la ville a dû se déclarer en faillite, la même année les meurtres ont connu une progression de 50 pour cent.

Même constat pour Denise, qui enseigne en première année à l'école élémentaire de Norton, à un kilomètre et demie du Inland Regional Center. "Ce n'est pas nouveau".

"Je vois tant de choses que je ne veux pas voir", nous dit-elle. "Des fusillades depuis des véhicules, des funérailles pour les personnes abattues. On n'en parle pas aux infos."

Denise n'a pas pu rentrer chez elle mercredi parce que la police la tenait à l'écart. Alors elle s'est rendue à la station essence, avec d'autres personnes du coin. Elle nous a dit que l'école élémentaire était bouclée quand les parents ont appelé alors que la fusillade était partout aux infos. 

"Tous les parents ont paniqué et sont venus pour prendre leurs enfants", raconte l'enseignante.

Phoebe Barghouty et Brooke Workneh ont participé à la rédaction de cet article.

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