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Pau Buscató : le street photographer de l'absurde

Sept heures par jour, il arpente les villes armé de son appareil photo, et ce n'est pas pour photographier les looks des influenceuses et des blogueurs.

par Beckett Mufson; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
23 Avril 2018, 10:47am

Toutes les photos sont de Pau Buscató

L'échec est au cœur du travail de Pau Buscató, ancien architecte né à Barcelone qui vit désormais à Oslo. Son truc : photographier des individus, animaux ou objets qui se superposent de façon farfelue. Les images qui en découlent ont l'air Photoshoppées, ou au moins mises en scène. Il n'en est rien : il faut à Pau Buscato des centaines de tentatives, parfois des années, pour prendre la photo parfaite.

Buscató a acheté son premier appareil photo en 2010 et a aussitôt quitté son job pour devenir photographe à plein. Depuis, il passe ses journées à arpenter les rues et à appuyer avec furie sur le déclencheur, surtout quand il voyage à New York ou en Inde, ou tout autre endroit qui n'est pas chez lui.

Sa méthode de travail s'inspire de son enfance passée à jouer avec ses frères et sœurs dans un village de campagne à Ibiza. « Des objets ordinaires et des idées simples pouvaient nous tenir occupés pendant des heures », déclare-t-il. « Ce que je fais aujourd’hui n'est pas si différent, à ceci près que je suis seul avec mon appareil photo dans les mains. Mais j'ai toujours le même sentiment – je m’amuse avec les choses ordinaires que je trouve. »

Si ces photos sont si particulières, c’est parce que Buscató ne se lasse jamais de redécouvrir les lieux qu’il a pourtant déjà vus un million de fois. « Une trop grande familiarité avec notre environnement peut nous aveugler, il faut essayer de garder un regard neuf et un esprit ouvert », explique-t-il. Quiconque se sent pris au piège dans un endroit, un travail ou une situation devrait en tirer des leçons.

Son secret ? Être patient et avoir conscience qu'il est au bon endroit au bon moment. « Parfois, les photos se construisent d’elles-mêmes », poursuit-il. « Quelque chose ou quelqu’un attire mon attention et je commence à le photographier ; puis un autre élément apparaît, et je trouve un moyen de les connecter. D'autres fois, tout arrive si vite que c'est juste une question de réaction. »

Plus de photos ci-dessous.

« Cette photo a été prise à Leicester Square, à Londres. Elle montre des oiseaux peints, ainsi qu’un véritable oiseau. Je l’ai prise en juillet 2016, mais j'avais déjà essayé quelque chose de similaire au même endroit un an plus tôt. En 2015, j’avais pris quelques clichés en essayant de capturer un vrai pigeon (il y en avait de partout) au bout de la séquence peinte. J’avais plus ou moins réussi mais je trouvais le résultat ennuyant. J’ai laissé tombé. Un an plus tard, lors d’un autre séjour à Londres, j'ai remarqué la même clôture, avec les mêmes oiseaux peints, mais je n'y ai pas prêté beaucoup d'attention. Quelques heures plus tard, je suis repassé devant et j'ai vu un détail qui a tout changé : il y avait un trou dans la bâche qui, à mes yeux, ressemblait à un autre oiseau. Ça m’a obsédé et j'ai passé mes deux derniers jours là-bas pour essayer d'obtenir quelque chose. J'ai essayé pas mal de trucs différents, et, après plusieurs centaines de tentatives infructueuses, je suis parvenu à cette photo. »
« Celle-ci est un peu étrange. J'ai trouvé cette photo en cherchant une adresse sur Google Street View. »
« Celle-ci a été prise à Barcelone. Il y a une connexion géométrique entre les lignes jaunes peintes sur la route et la canne que l’homme tient dans la main. Ces lignes créent une flèche qui, à droite, semble sortir de l’oreille d’un autre homme. J’ai suivi l’homme à la canne sur quelques mètres jusqu'à ce qu'il s'arrête à un croisement. C’est là que j'ai vu les lignes jaunes, alors j'ai levé mon appareil photo pour voir s'il était possible de les connecter. Puis l'homme de droite est apparu et a complété la photo de ce côté-là. J'ai eu de la chance avec des détails comme les vêtements des deux hommes de la même couleur, ou le geste de la main de l'homme de gauche qui a équilibré le cadre. »

Rendez-vous sur le site de Pau Buscató pour voir davantage de photos.

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