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Red Star FC

Matias Ferreira, jeunesse banlieue rouge

À 21 ans, Matias Ferreira s’est imposé cette saison comme un joueur essentiel du Red Star. Une récompense pour le latéral droit né et formé à Saint-Ouen, dont toute la famille est investie au club.

par Clément Le Foll
22 Mai 2018, 8:23am

VICE et le Red Star se sont associés pour vous faire vivre de l’intérieur la saison des Vert et Blanc de Saint-Ouen. Nous serons présents sur les terrains et dans les vestiaires, auprès des joueurs, du staff, des supporters et de tous ceux qui gravitent autour de ce club historique du foot français. Aujourd'hui, on vous présente l'enfant du club, la révélation de l'année, dans les rangs du Red Star.


C’est son grand-père qui l’a emmené avec son jumeau Calvin vers ce terrain en schiste près du Leroy Merlin de Saint-Ouen, où le Red Star détectait les talents du coin. De l’eau a coulé sous les ponts depuis cet après-midi de 2004. La mémoire de Matias Ferreira ne s'est pourtant pas effritée. Assis sur le banc de touche du stade Bauer en ce mardi printanier, le défenseur ressasse avec minutie la détection à laquelle il a participé à l’âge de 7 ans. Le premier souvenir qui le lie au Red Star.

Au cours de cette séance, il tape dans l’œil des recruteurs et intègre le club audonien. Tout comme son frère Calvin. Chez les Ferreira, le Red Star est une affaire de famille. Matias a signé son premier contrat professionnel en septembre 2017 et Calvin joue avec l’équipe réserve. Hugo, le petit dernier, âgé de 15 ans, évolue avec les U17. Pour couronner le tout, Tony, le père, entraîne les U11 et les U15B.

Pas un hasard si aujourd’hui, Matias est venu habillé d’un survêtement frappé de l’étoile rouge. Cette tenue lui colle à la peau. Allure élancée, paire de baskets aux pieds, cheveux impeccablement gominés, il a tout du gendre idéal. Son jumeau Calvin dépeint le caractère de celui qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau : « Au premier abord, il est plutôt réservé, mais une fois que tu le connais, il aime s’amuser. »

À Saint-Ouen depuis leur naissance, les deux frères n’ont quitté le 93 que pour parfaire leur formation de footballeur. À 13 ans, après plusieurs années à répéter leurs gammes, ils intègrent le prestigieux Institut national du football (INF), centre de préformation de la Fédération française de football. « On passait la semaine à Clairefontaine et le week-end on revenait jouer avec le Red Star », se souvient Matias, qui y côtoie les meilleurs footballeurs de sa génération. « La moitié de la promotion est devenue pro. Il y avait Amine Harit, Christopher Nkunku, Florian Ayé et Allan Saint-Maximin. »

Après deux ans à l’INF, Matias et Calvin changent de cap : « Ils ont fait des tests pour intégrer les centres de formations d’Auxerre, Monaco, Sochaux et du PSG. À chaque fois les clubs voulaient les prendre tous les deux », rembobine Tony, le papa. Les fraternels optent finalement pour le FC Sochaux. « Ça m’a fait bizarre de quitter Saint-Ouen, mais je me suis vite habitué. Être avec Calvin a facilité mon intégration », indique Matias. La ressemblance des jumeaux ne se limite pas au physique. Chaque étape de leur carrière, ils l’ont vécue ensemble. D’un naturel timide, Matias ne peut s'empêcher d’esquisser un sourire à l’évocation de son frère : « On se soutient, on se motive. On a toujours été proches et il n'y a aucune rivalité entre nous ».

« Un soir, lors d’un repas, Matias et Calvin m’ont dit : “Le jour où un club pro nous donnera notre chance, on la saisira et personne ne nous prendra notre place" » – Tony Ferreira

Dans le Doubs, Matias valide son Bac scientifique et soulève son premier trophée d’envergure : la Coupe Gambardella 2015 remportée face à Lyon. Après trois ans, les deux frères ne sont pas conservés par le FC Sochaux, mais ne mettent pas longtemps à rebondir. Ensemble, une nouvelle fois. « Comme on avait fait une bonne saison, on a été en sélection du Portugal U18. Des clubs nous ont repérés et on a signé à Paços de Ferreira », explique Matias d’une voix fluette. La parenthèse portugaise dure un an. Dans un championnat technique, les jeunes audoniens s'affûtent, mais ne sont pas retenus pour intégrer le groupe professionnel.

Revenu à Saint-Ouen, Matias entreprend des études en sciences de l’ingénieur, qu’il interrompt après quelques mois. Il rechausse les crampons avec la réserve du Red Star, en Régional 2. « J’avais des doutes après Sochaux et le Portugal, mais je savais que j’avais les capacités pour y arriver ». Le défenseur s’accroche à son rêve de passer professionnel. Quelques mois plus tard, les choses s'accélèrent.

Au printemps 2017, il s’entraîne deux mois avec l’équipe première, qui évolue encore en Ligue 2, puis enchaîne avec la préparation estivale. Le 8 août, Régis Brouard le lance dans le grand bain, en Coupe de la ligue face à Auxerre. « C’est mon plus beau souvenir avec le Red Star. J’avais un peu la pression, mais on a réussi à décrocher la qualification », retrace le latéral droit. Cette victoire marque un tournant. Du haut de son mètre 73, le numéro 3 s’impose au fil des matches comme un élément indispensable du Red Star. Un joueur à l’image de l’idole de sa jeunesse, Dani Alves. « C’est un latéral moderne, très offensif, qui aime apporter le surnombre », analyse Calvin , qui sait qu’une fois sur le terrain, son frère met de côté sa timidité. « Sa plus grand qualité, c’est sa générosité, il donne tout sur le terrain, c’est un guerrier ». Cette éclosion rapide n’étonne personne. « Un soir, lors d’un repas, Matias et Calvin m’ont dit : “Le jour où un club pro nous donnera notre chance, on la saisira et personne ne nous prendra notre place" », se remémore leur père.

Le soleil de ce début de printemps s’abat sur la pelouse synthétique de Bauer et le toit de la tribune Rino Della Negra. Formé au Red Star, Matias n’oublie pas ceux qui font l’âme du club. « Durant ma jeunesse, j’ai participé au Red Star Lab. Ça m’a sensibilisé à la mentalité du club ». Quand il pénètre dans le couloir qui mène du vestiaire à la pelouse, le néo-professionnel s’imagine un jour de match. « Quand tu pénètres dans ce stade, tu sens qu’il y a une histoire, même si tu viens d’arriver au club ». Enfant de la banlieue rouge, Matias se sait apprécié des supporters, qui s’identifient à ce joueur biberonné aux valeurs et traditions du Red Star. Une popularité qui le touche, mais ne le déconcerte pas. « Parfois, ils viennent me voir et me disent de rester au club. Ça me fait chaud au cœur », confie-t-il sereinement.

S’il comprend la volonté des supporters de rester dans leur stade historique, le jeune homme se veut compétiteur. « Notre objectif, ce n’est plus la montée en Ligue 2, c’est le titre », affirmait-t-il avant le dénouement heureux de cette saison. C’est chose faite depuis le 4 mai et un match nul face à Lyon Duchère (0-0). Le bonhomme est ambitieux : il se voit en Ligue 1 dans cinq ans et rêverait de jouer au Real Madrid. Professionnel depuis moins d’un an, il ne veut pas pour autant brûler les étapes. Son contrat court encore sur deux ans, avec un an en option si le club monte en Ligue 2. Si ses performances attisent les convoitises, lui, balaie tout ça d’un revers de main. « Des agents me contactent en me disant qu’ils ont un club pour moi. Cela ne m'intéresse pas, j’écoute les conseils de mon père ».

Quand il se promène autour de Bauer, Matias admet que son jardin lui manque. Victime d’une luxation du coude, il n’a pas joué les derniers matches de la saison. Durant son temps libre, il voit ses amis, va au cinéma, regarde la série The Walking Dead et joue à la console avec ses frères. Son regret on ne peut jouer qu’avec les équipes de Ligue 1 et Ligue 2 sur FIFA 18. Il pourra donc jouer avec son club lors de l’édition 2019 du célèbre jeu de football.

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