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Les stéréotypes sexuels que vous rencontrez lorsque vous n’êtes pas blanc

« Comment vous sentiriez-vous si tout le monde pensait que parce que vous êtes noir, vous avez un gros pénis, mais que votre sexe est totalement normal, voire plus petit que la moyenne ? »
31 juillet 2020, 7:04am
gens dans la rue amsterdam

En raison de mon origine nord-africaine, on m’adresse souvent des commentaires sexuels stéréotypés en soirée et sur les applications de rencontres, du style :

« Tu es circoncis ? »
« J’adore les hommes arabes parce que vous êtes dominants et agressifs au lit. »
« Tu as vraiment un gros pénis, comme je dis toujours : once you go black you never go back. »
« Tu es super poilu. Mais tous les arabes sont comme ça, non ? »
« Désolé, mais les étrangers, c’est pas mon genre. »
« T’es plutôt pas mal pour un marocain. »
« J’ai toujours voulu embrasser un asiatique. »

Avec les années, je suis presque habitué à ces commentaires qui se basent uniquement sur mes origines. Ça part rarement d’une mauvaise intention, mais j’ai quand même souvent l’impression que je suis juste une collation exotique pour pas mal de mecs. On dirait qu’ils ont en poche une série d’attentes et des fantasmes sexuels liés à une couleur de peau, prêts à être dégainés dès la première rencontre et auxquels bien sûr, je devrais me conformer.

Mais le contraire existe aussi, j’ai souvent expérimenté une exclusion basée sur mon ethnicité – par exemple sur Grindr, où les profils « No Asian » et
« No Black » sont monnaie courante.

Il existe donc un groupe qui ne veut pas sortir avec moi et un autre groupe qui veut absolument sortir avec moi, uniquement à cause de mon appartenance ethnique. J’étais curieux de savoir comment d’autres personnes le vivaient, j’ai donc interrogé huit personnes sur le rôle que jouait leur appartenance ethnique dans les applications de rencontres et dans leur vie amoureuse – à la fois positif et négatif.

Sarah Roufai, 22 ans, étudiante romaniste, Amsterdam

Photo via Sarah

VICE : Salut Sarah. As-tu déjà dû faire face à des commentaires sexuels déplacés à cause de ton appartenance ethnique ?
Sarah : Oui, absolument. Plus d’une fois, un homme m’a demandé à quoi ressemblait mon vagin et s’il était rose. La question n’est jamais posée au deuxième degré. Ils sont sérieux. On me sort souvent des blagues en soirées du style : « Oh, je ne t’avais pas vue, tu es si foncée. » Les commentaires sensés être des compliments sont souvent très cons, comme « t’es vraiment belle pour une noire ! » ou « tu es la première fille noire que j’embrasse ». Ça m’énerve, parce que je ne veux pas être une expérience, un fruit exotique qu’on peut goûter.

Comment réponds-tu à ce genre de remarques ?
Je suis souvent surprise, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, et je leur fais remarquer que ce n’est vraiment pas sympa. Quand je flirte avec un garçon et qu’il fait des commentaires inappropriés ou des blagues sur ma couleur de peau, je l’arrête immédiatement. C’est vraiment fatigant. Mais bien sûr je dois toujours rester calme, sinon je vais encore être étiqueté comme « la femme noire en colère ».

« Plus d’une fois, un homme m’a demandé à quoi ressemblait mon vagin et s’il était rose »

Est-ce que t’as déjà entendu d’autres préjugés ?
Oui, j’étais dans un bar avec une amie, puis un homme blanc est venu nous voir. Il nous a demandé avec une sorte d’accent ghetto complètement ridicule si on voulait twerker. C’est fréquent que les hommes me disent que j’ai un beau cul, comme pour beaucoup d’autres femmes noires. Sans doute qu’ils pensent que c’est un compliment, mais je ne veux pas qu’on souligne constamment le fait que je suis noire.

Est-ce que toutes les remarques qu’on te fait t’ennuient ?
Pas forcément. Mais quand les mecs me disent que je suis la première fille noire qu’ils emballent, je me demande pourquoi ils ont absolument besoin de le spécifier. L’inverse est encore plus agaçant : il arrive encore plus souvent que je sorte avec un groupe d’amies qui sont toutes blanches et que je reste sur la touche. Je suis la seule qu’on ne viendra pas draguer. Je trouve ça terrible que ma couleur de peau soit parfois un motif suffisant pour ne pas vouloir mieux me connaître.

Est-ce que tu joues parfois de ces préjugés ?
Non, je les évite autant que possible. Je fais même attention à la façon dont je m’habille, parce que je ne veux pas être vue comme une « meuf du ghetto » avec un pantalon trop serré et un gros cul qu’elle tortille constamment. Je suis fière de mes origines ouest-africaines, mais je ne les mets pas en avant pour attirer l’attention.

Myrna Boulous, 21 ans, diplômée d’une école de mode, Enschede

Merci à Myrna pour la photo

VICE : As-tu parfois dû faire face à des commentaires sexuels irritants à cause de ton appartenance ethnique ?
Myrna : Parfois, quand je vais dans un bar, je reçois des commentaires sur mes boucles, habituellement disciplinées, parfois un peu intimidantes. Un garçon est venu me voir récemment et m’a dit que j’avais l’air « chaude et exotique ».

Est-ce que ce genre de commentaires est toujours énervant ?
Eh bien, les mecs me disent souvent que je suis plus excitante que les filles blanches. Ça peut être perçu comme raciste par certaines mais je le prends comme un compliment, pour moi ça ne pose pas de problème. Je trouve ça cool aussi que mon mec ne regarde pas les filles blanches, ça fait moins de compétition pour moi. Le problème avec les préjugés c’est l’exclusion qui en découle.

« J’ai remarqué que les garçons blancs ont toujours supposé que je ne sortirais jamais avec eux et que je ne choisirais que des garçons marocains ou turcs parce qu’ils sont musulmans »

T’es-tu parfois sentie exclue à cause de ton appartenance ethnique ?
J’ai remarqué que les garçons blancs ont toujours supposé que je ne sortirais jamais avec eux et que je ne choisirais que des garçons marocains ou turcs parce qu’ils sont musulmans. Mais je ne suis même pas musulmane. À cause de ça, je suis souvent la seule de mon groupe de copines à qui on ne parle pas, et c’est chiant. Les gens sont souvent super étonnés quand je leur montre une photo de mon petit ami, qui est blanc. Ça m’échappe.

Shamiro Van Der Geld, 32 ans, organisateur d’événements, Amsterdam

Merci à Shamiro pour la photo

VICE : As-tu déjà dû faire face à des commentaires sexuels déplacés à cause de ton appartenance ethnique ?
Shamiro : Presque chaque personne qui appartient à une ethnie différente de celle des Blancs a déjà vécu ce genre de choses. Un ami m’a raconté qu’un club échangiste recherchait spécifiquement des « hommes noirs super chauds ». Les hommes noirs sont souvent vus comme un fantasme sauvage, un objet sexuel ou même une expérience à faire. Les femmes m’abordent souvent à propos de mes cheveux crépus, de mon odeur exotique de noix de coco, de mes muscles ou de ce qui se trouve dans mon pantalon. Les meufs me disent parfois qu’elles veulent jouer avec « quelque chose de gros », ou ce genre d’invitations un peu graveleuses.

Quels préjugés sexuels existent sur les hommes noirs ?
Nous serions tous infidèles, nous aurions tous un énorme pénis et j’ai souvent entendu aussi que les hommes noirs n’aimeraient pas lécher les femmes. Aussi, qu’on aurait une libido super active et qu’on ne se fatiguerait jamais. Une fille m’a un jour dit qu’il n’y aurait rien entre nous parce que mon pénis était sans doute trop gros. Comment vous sentiriez-vous si tout le monde pensait que parce que vous êtes noir, vous avez un gros pénis, mais que votre sexe est totalement normal, voire plus petit que la moyenne ? Si quelqu’un fait une blague à propos de mon pénis parce que je suis noir, je suis super mal à l’aise.

« Il y a aussi les filles qui adorent les hommes noirs et c’est la première chose qu’elles te disent quand elles te rencontrent. D’ailleurs elles te rencontrent pour ça »

T’es tu déjà senti exclu à cause de ta couleur de peau ?
Les meufs me rejettent parfois dans les bars avant même que j’aie pu tenter quelque chose, si j’ai eu le malheur de leur adresser un sourire par exemple. Je crois qu’elles pensent souvent que je suis un relou qui ne va pas les lâcher. Parfois, les femmes me disent d’entrée de jeu qu’elles ne sortiront jamais avec un homme noir. Et quand j’étais plus jeune, j’avais une petite amie chez qui je ne suis jamais allé parce que je n’étais pas accepté par ses parents.

Tu penses attirer un certain type de femmes ?
Oui, le genre de fille qui normalement n’est pas attirée par les hommes noirs et qui tombe amoureuse de toi à cause de ta « personnalité ». Elle souligne constamment que tu es si différent des autres hommes noirs. Il y a aussi les filles qui adorent les hommes noirs et c’est la première chose qu’elles te disent quand elles te rencontrent. D’ailleurs elles te rencontrent pour ça. Elle veut d’office sortir avec toi. Ces meufs ont souvent fait des stages dans un pays exotique, écoutent Kanye West et Jamie Foxx. Neuf fois sur dix, je trouve vraiment pas cool d’être directement catégorisé sexuellement.

Elia *, 25 ans, a fui le Maroc pour les Pays-Bas il y a deux ans

VICE : Salut Elia, as-tu déjà été victime d’un commentaire sexuel basé sur des stéréotypes?
Elia : Sur Grindr, beaucoup de mecs trouvent normal de m’appeler « maître », parce qu’ils supposent que je suis dominant. Ils pensent que les hommes arabes sont autoritaires ou agressifs au lit. Je n’ai donc plus de rapports sexuels avec des blancs parce que j’ai toujours l’impression qu’ils me fétichisent et que je suis là pour satisfaire un fantasme sexuel. Parfois, j’ai même l’impression qu’ils me considèrent comme inférieur à eux et que je vais juste être utilisé pour un moment.

Qu’est ce qu’il t’es arrivé de plus étrange ?
Quand j’étais dans un centre pour demandeurs d’asile, à Ter Apel, il y avait de vieux hommes blancs qui venaient régulièrement au camp de réfugiés, certains venaient même d’Allemagne. Ils voulaient avoir des relations sexuelles avec des réfugiés. Un type a même essayé avec moi.

« Dans un centre pour demandeurs d’asile, il y avait des hommes blancs qui venaient régulièrement au camp pour avoir des relations sexuelles avec les réfugiés »

Tu te sens parfois exclu à cause de ton appartenance ethnique ?
J’entends souvent : « Je ne suis pas raciste, mais je ne suis pas attiré par les Marocains. » Je ne vais pas non plus dans les bars gays, parce que je ne m’y sens jamais à l’aise. Le deuxième jour où j’étais aux Pays-Bas, je suis entré dans un bar gay. Les hommes un peu plus âgés ont tout de suite pensé que j’étais un mec facile et qu’ils m’auraient vite dans leurs lits. Ils m’ont offert à boire, se sont frottés contre moi et m’ont demandé d’une façon parfois très convaincante de rentrer avec eux. Je veux éviter de revivre ça. Du coup je n’y vais plus.

Linh*, 24 ans, étudiante en Limbourg

VICE : As-tu déjà eu affaire à des commentaires sexuels qui t’énervent à cause de ton appartenance ethnique ?
Linh: Oui, d’office. Les hommes me disent que je dois être très sauvage ou soumise au lit, et font référence aux Japonais avec leurs délires fétichistes. Le pire c’est que je ne suis même pas Japonaise ! Ils pensent aussi que j’ai un vagin étroit. Et sur Tinder, je suis continuellement contactée par ceux qui ont spécifié « Asian fever » dans leur profil.

Comment réponds-tu à ce genre de commentaires ?
Je suis toujours hyper choquée. C’est tellement raciste, mais la plupart des hommes ne comprennent pas que c’est inapproprié et pensent qu’ils flirtent simplement avec moi, ou un truc du genre.

Est-ce que tu le prends toujours mal ?
Que les gens vous catégorisent en fonction de votre origine ethnique, ce n’est jamais agréable. Je préfère qu’on me fasse un compliment sur ma personnalité. Les gens sortent des phrases très violentes comme: « t’es vraiment belle pour une asiatique ». Je me rappelle une fois j’ai dit à un type que le DJ me plaisait, et il m’a répondu que ce dernier n’était pas branché nems.

Est-ce que tu attires un type de mecs spécifique?
J’ai découvert que les garçons sont souvent intéressés par moi parce que j’ai des origines vietnamiennes. C’est hyper insultant parce qu’ils m’abordent uniquement pour ça. En plus de ça, ils nient souvent que je suis Néerlandaise, alors que je me sens totalement d’ici. Après avoir couché avec un mec, j’ai appris qu’il avait été raconter qu’il « l’avait fait avec une vietnamienne ». Comme si j’étais une expérience.

Loubna*, 27 ans, Arnhem

VICE : As-tu déjà été victime d’un commentaire sexuel basé sur des stéréotypes ethniques ?
Loubna : Quand je portais le foulard, certains hommes blancs plus âgés me fixaient de manière intimidante à l’arrêt de bus, et puis me demandaient si j’étais encore vierge. J’ai aussi entendu que j’étais bonne sans foulard. Un jour, un homme m’a demandé si j’aimais bien le sexe anal – d’après lui, les filles marocaines restaient vierges jusqu’au mariage grâce à ça … J’étais perplexe. Maintenant que je ne porte plus de foulard, j’entends encore des choses stupides, mais beaucoup moins. La plupart des commentaires sont assez classiques pour une personne de couleur : « tu as l’air exotique », « j’ai toujours voulu faire des trucs avec une rebeu », etc.

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