Société

10 questions que vous avez toujours voulu poser à une masseuse naturiste

Et il ne s'agit pas que de dénouer les tensions des épaules des clients.
Justine  Reix
Paris, FR
5.10.21
masseuse naturiste
Pigalle, Paris. Frédéric VIELCANET / Alamy Stock Photo

Avec ses photos de femmes dénudées et ses prix démesurés, la devanture de ce salon parisien ne laisse aucun doute sur les prestations qu’il propose. Il en existe des centaines de similaires, rien que dans la capitale et un seul établissement peut rapporter entre 35 000 et 45 000 euros, selon la Police Nationale. Derrière le terme naturiste, les boutiques proposent toute sorte de faveur sexuelle à destination d’un public aisé.

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Marina, 32 ans, travaille dans différents salons de massage, tous tenus par le même patron, depuis trois ans. Avec un CDI en tant que masseuse, la jeune femme n’a pas le profil que l’on imagine lorsque l’on pense à une travailleuse du sexe. Avec son contrat stable, elle ne souhaite jamais avoir à travailler ailleurs que dans un lieu clos et “sécurisé” comme un salon de massage. Elle a accepté de raconter son expérience à VICE France.

VICE France : Comment en es-tu venue à travailler dans un salon de massage naturiste ?
Marina :
J’étais hôtesse en intérim depuis mes 17 ans, je bossais principalement dans l’événementiel. J’ai étudié le droit, ça ne me plaisait pas trop, et en deuxième année de licence, j’ai fait une année de césure en pensant reprendre mes études et finalement je ne l’ai jamais fait et j’ai enchaîné les CDD en tant qu’hôtesse. Au bout de dix ans à faire ça, j’avais envie de me tirer une balle, je voulais changer de travail mais je n’avais pas envie de reprendre mes études ou faire une formation. Et je suis tombée sur une annonce sur internet qui indiquait chercher une masseuse naturiste, ça avait l’air assez sérieux et bien payé alors j’ai postulé.

Est-ce que tu savais d’avance qu’on allait te demander plus qu’un massage ?
Je n’étais pas sûre. J’avais un doute c’est sûr mais vu que l’annonce précisait que ce n’était que des massages, je ne me suis pas trop méfiée. Durant l’entretien, on m’a demandé jusqu’où je pouvais aller pour satisfaire le client et c’est là que j’ai compris qu’on me demandait un peu plus que des massages.

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Et sans vouloir te gêner, qu’est-ce qu’on te demandait exactement ?
Ça ne me dérange pas du tout d’en parler, je sépare complètement mon travail de ma vie sexuelle. J’ai un copain d’ailleurs qui comprend tout à fait ça. En gros, le client choisit forcément le massage body body, c’est un corps-à-corps. Le client est nu et la masseuse aussi et on le masse et se frotte à lui mais pas sur ses parties génitales. Il a le droit de nous toucher sauf les seins, les fesses et le sexe. Généralement, il est en érection mais il n’a pas le droit de se toucher s’il ne paye pas de supplément. Le but c’est qu’il reste le plus longtemps et qu’il cède et paye pour plus. Sinon, il peut se finir seul dans la cabine à la fin du massage mais comme tu t’en doutes certains n’attendent pas la fin.

C’est quoi la demande la plus improbable d’un client ?
C’est dur d’en trouver une en particulier, on me demande toujours des trucs bizarres. La première anecdote qui me vient c’est celui qui m’a juste demandé de lui masser les pieds et qui est ensuite reparti sans rien demander de plus. 500 euros, ça fait cher le massage de pieds quand même mais c’était une bonne journée pour moi du coup.

Combien coûte un massage et combien es-tu payée ?
Pour le massage body body c’est 500 euros pour la demi-heure mais il faut ajouter les suppléments. Pour une branlette c’est 70 euros de plus et une fellation, 150 euros. On ne va pas plus loin que certains autres salons notamment ceux tenus par des asiatiques qui vont jusqu’à la pénétration. Pour mon salaire, c’est 1 700 euros minimum avec mon CDI et je peux avoir des bonus au black selon les suppléments de mes clients. Je fais deux à trois massages par jour alors si tu calcules bien, le patron garde beaucoup d’argent dans sa poche.

Tu dis qu’il y a un autre type de salons, tu peux nous donner les différences ?
Il y a les salons dans lesquels je travaille où les masseuses sont généralement françaises, marocaines ou russes, on a un contrat légal et personne ne nous force. Ça peut arriver de tomber sur des patrons qui profitent de ses masseuses mais ça reste rare. Et il y a les salons qu’on appelle “asiatiques” qui sont généralement tenus par la communauté chinoise et là tout est permis et il y a des femmes qui se retrouvent à se prostituer contre leur gré.

Est-ce que tu as déjà subi certaines pressions ?
Pas de la part de mon chef, mais de la part de clients oui. Ils veulent souvent que je vienne chez eux pour d’autres prestations ou que je leur en “donne pour leur argent'“. Vu qu’ils déboursent 500 euros, certains pensent qu’ils vont forcément avoir une prestation sexuelle alors qu’il vaut payer plus pour ça. Je suis déjà tombée sur un Saoudien qui a tenté de me violer, heureusement on est filmé dans la salle de massage et notre agent de surveillance est intervenu tout de suite.

« Ça nous est déjà arrivé d’avoir des couples mais c’est super rare. En tout cas, on ne refuse pas les femmes »

Vous êtes filmés, pourquoi ?
Ça sert à garder un oeil sur les clients et les filles en même temps. Dans le cas que je viens de te raconter, ça permet d’éviter des drames et le patron est, en plus, sûr des prestations qu’on a réalisées. En fait, il veut éviter qu’on fasse un petit truc en plus et qu’on garde le billet dans notre poche plutôt que de le mettre dans le caisse en sortant de la cabine.

Est-ce que tu te considères comme une travailleuse du sexe ?
Je ne sais pas trop. Concrètement oui, j’en suis une, je fais payer des prestations sexuelles mais le fait que je ne couche pas avec mes clients fait que je me sens assez éloignée du métier. Je me vois plus comme une assistante sexuelle qu’une prostituée. Je n’ai jamais été approchée par une association ou un syndicat de travailleurs du sexe et je pense que c’est pareil pour mes collègues. On aurait pu le faire nous-même mais ces associations ne parlent jamais de nos conditions de travail et ne s’y intéressent pas vraiment. Je pense qu’il y a plus important et que si tous les travailleurs du sexe avaient un lieu sécurisé pour travailler comme nous, ce serait bien plus simple.

Certains salons de massage sont condamnés pour exploitation sexuelle, est-ce que tu te sens concernée ?
Pas du tout ! Je suis satisfaite de mon métier et on me traite convenablement. Je sais que certains salons confisquent des papiers d’identité ou menacent d’aller les dénoncer à la police pour que les filles continuent de travailler dans des salons mais ce n’est pas mon cas. Le seul problème que j’ai pu rencontrer c’est avec des clients ou lorsque mon patron ne m’a pas dit explicitement que je devais faire plus que des massages lors de mon entretien d’embauche.

Et finalement en tant que femme, est-ce que je veux finir me faire masser dans ton salon ?
Bien sûr, du moment que tu as de l’argent ! Mais c’est vrai que notre clientèle est 99,9% masculine. Ça nous est déjà arrivé d’avoir des couples mais c’est super rare. En tout cas, on ne refuse pas les femmes. Mais si tu veux juste un massage, attends-toi à être déçue, on ne masse pas si bien que ça le dos (rires).

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