thérapie à la maison
Illustration : Lily Lambie-Kiernan
Santé

Quelques conseils pour suivre une thérapie à la maison

Confinement oblige, j'ai dit au revoir au divan de mon psy pour suivre mes séances depuis mon lit.
01 avril 2020, 8:03am

Chez mon ancien thérapeute, il y avait une image de pie et une carte à jouer sur le mur. D'autres objets divers se trouvaient également dans le cadre, mais cet oiseau et cette carte ont fait leur chemin dans mes rêves plus de fois que je ne pourrais les compter. Parfois, je me promenais dans un pays imaginaire et je remarquais un as de carreau sous mes pieds ; dans mon sommeil, je me disais : « Putain, on est en sécurité nulle part. »

L'espace physique d’un cabinet de thérapeute est extrêmement important pour la thérapie elle-même. Qu'il s'agisse d'une salle d'un hôpital stérile ou d'un salon miteux, ces lieux offrent un espace sûr, loin de la vie quotidienne, pour discuter de choses intimes que personne d'autre ne connaît sur vous. Et pour comprendre les connexions étranges que votre cerveau établit.

Ces jours-ci, épidémie de Covid-19 oblige, je suis confinée chez moi comme à peu près tout le monde. J'appelle mon psychothérapeute depuis mon appartement. Mon lit est devenu mon safe space thérapeutique. Après quelques tentatives plus ou moins ratées de recréer une intimité médecin-patient, j'ai trouvé le moyen de maximiser ma séance de thérapie à domicile. Voici comment faire :

Établir et entretenir un espace thérapeutique désigné

Les espaces thérapeutiques sont généralement dépourvus d’âme, sans art ni livres. Il est déjà difficile de se souvenir des événements et de chercher des mots qui transmettent avec précision des sentiments et des expériences nuancés, alors n'ajoutez pas un tas de désordre visuel et sonore à votre nouvel espace thérapeutique désigné. Trouvez-vous un coin tranquille, prenez une couverture ou un oreiller confortable, un verre d'eau, un carnet pour noter les propos du thérapeute ou les devoirs, et tout ce dont vous pourriez avoir besoin.

Supprimer toutes les distractions

Je savais que hanter mon appartement comme un fantôme avec mon téléphone dans la main n'allait pas favoriser une séance de qualité. Mais ça ne m’a pas empêché de le faire au début. Une fois que vous avez créé votre espace, la priorité est de vous assurer que vous ne serez pas interrompu. « Il est très difficile d'être ouvert et réfléchi si vous pensez que votre partenaire, votre chien ou votre mère va faire irruption, m'a affirmé Eleanor Morgan, psychologue en formation et auteure de deux livres sur la santé mentale. Communiquez ce besoin à ceux qui vous entourent. Protégez votre espace. Je dirais aussi que, si vous n'avez pas l'habitude de communiquer avec votre thérapeute de cette manière, vous pourriez être tenté d'avoir votre téléphone à une distance accessible. Ne le faites pas. Laissez-le hors de la pièce. Laissez votre esprit se concentrer 50 minutes sans distraction ; tout comme vous le feriez si vous étiez dans le cabinet de votre thérapeute. »

Suivez votre séance comme si tout était normal

Une séance de thérapie est une sorte de rituel. Comme pour tout rituel, c'est l'ordre complexe des événements qui créé la magie. Avant de me rendre à une séance, je passe toujours en revue ce dont nous avons discuté la semaine précédente. J'essaie de me rappeler si j'ai fait tous les devoirs et j'essaie d'être aussi calme et présente que possible avant d'entrer dans la pièce. Lorsque je pars, je profite du trajet en bus ou en métro pour prendre des notes sur la séance et, en de rares occasions, je verse une petite larme.

Mais puisque les déplacements sont désormais restreints, prenez dix ou vingt minutes après votre séance pour méditer, aller vous promener ou noter dans un journal ce dont vous avez discuté pendant votre séance. Si vous le pouvez, prenez même le temps de trajet que vous devriez normalement faire. Faites comme s'il s'agissait d'une séance de thérapie normale.

Profitez de l'écran qui fait barrière

Avant, j'avais du mal à établir un contact visuel avec les thérapeutes par crainte d’entrevoir leurs pensées. Emily Reynolds, auteure de A Beginner's Guide To Losing Your Mind, estime que nous devrions considérer cette nouvelle barrière du téléphone ou de l'ordinateur comme une opportunité. « Avoir une conversation en face-à-face avec quelqu'un n'est pas la même chose qu'un appel vidéo, ce qui signifie que vous pourriez être amené à dire des choses différentes ou même à parler de ce que vous trouvez embarrassant ou difficile à dire en personne, dit-elle. Le fait d'avoir un peu de distance avec votre thérapeute peut en fait vous inciter à explorer d'autres sujets. » Notez peut-être certains des sujets sur lesquels vous vous sentez capable de travailler virtuellement ou par téléphone, et d'autres que vous préférez éviter.

Communiquez avec votre thérapeute

Si vous trouvez le médium aussi gênant ou étrange que moi, dites-le à votre thérapeute. Parlez-lui de ce qui fonctionne ou non pour vous et décidez avec lui de ce qui peut être adapté. « La situation est inhabituelle pour lui aussi, rappelle Morgan. Il vous faudra un peu de temps pour vous y habituer, mais c'est votre temps, et le fait de reconnaître ce que vous ressentez sur le moment – et de le communiquer – est une chose productive. »

N’oubliez pas qu'il est normal de se sentir anxieux ou incertain en ce moment

Ne vous inquiétez pas si votre thérapie ne semble pas aussi utile que d’habitude ou si vous avez l'impression d’avoir besoin de plus de séances. « Il est absolument sain d'avoir peur et d’être sensible en cas de pandémie, explique Morgan. Cette perturbation de la routine peut être terrible pour certaines personnes et, en fonction de variables telles que le manque de contact humain et les problèmes de santé physique, certains vont ressentir la perturbation plus intensément que d'autres. Mais il ne faut pas chercher à ignorer ou supprimer ces réactions humaines. Faites-leur de la place, plutôt que de pathologiser.

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