Drogue

Ce que les Français ont consommé pendant le confinement

Moins de cocaïne, moins d'ecstasy, moins de bitures, mais plus d'anti-dépresseurs.
11.9.20
drogue france dépression
Luigi Innamorati/Sintesi/Alamy Stock Photo

La pandémie de coronavirus a complètement changé nos vies et surtout nos relations sociales. Durant les deux mois de confinement, elles ont été virtuelles, à base d’apéros zoom ou de soirée jeux de société sur Skype. Super… Mais qu’en est-il de la consommation de drogues et d’alcool ? Naturellement, on pensait que l’utilisation de ces produits pendant cette période de quarantaine allait augmenter, comme pour mieux briser l’ennui et le contexte anxiogène.

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Encore fallait-il pouvoir se les procurer alors que les déplacements étaient interdits. Lancée à la mi-mai en France, la Global Drug Survey, vaste enquête internationale sur les usagers de drogue et d’alcool pendant le confinement, et dont VICE France est partenaire, nous aide à en savoir plus. Elle a livré ses conclusions qui confirment les résultats intermédiaires que nous vous avions partagés au mois de juin. Au total, vous êtes près de 8 000 à avoir répondu au questionnaire, mais l’analyse a été réalisée sur un panel de 6 193 Français qui se disent réellement consommateurs d’alcool et de drogues.

Fumeurs de joints, adeptes d’une trace de coke de temps à autre ou d’un petit trip à l’ecstasy, tous redoutaient de ne pas pouvoir s’approvisionner pendant les deux mois de confinement ou de devoir acheter du « bas de gamme ». Ce n’est pourtant pas la tendance qui se dégage.  « Par rapport aux autres pays, on constate qu’en France la qualité des produits n’a pas baissé mais que le prix a augmenté », éclaire Marie Jauffret-Roustide, chercheuse à l’Inserm qui chapeaute la Global Drug Survey en France. Près de 78 % des personnes interrogées disent que la qualité des stupéfiants n’a pas changé lors du confinement et 20 % qu’elle s’est même améliorée. Dans un contexte où les déplacements étaient interdits ou strictement encadrés, les livraisons des dealers relevaient de l’expédition à haut risque, ce qui peut expliquer la hausse des tarifs que 58 % des sondés ont constatée.

Les difficultés d’approvisionnement des vendeurs ont pu aussi constituer une facteur de pénurie. Combien de dealeurs ont expliqué à leurs clients, que ce soit sur Whatsapp, Telegram ou Instagram qu’ils se mettaient en sommeil le temps que le déconfinement s’amorce et que les frontières rouvrent ? Beaucoup apparemment puisque 68 % des personnes interrogées disent que les produits étaient moins disponibles pendant le confinement.

« Il y a eu un remplacement de ces produits illicites par des médicaments. Le contexte ne leur a pas donné envie de consommer des stupéfiants seuls chez eux » – Marie Jauffret-Roustide, chercheuse à l’Inserm

Pour le reste, les résultats finaux de la Global Drug Survey confirment la tendance aperçue au mois de juin lors de la divulgation des données intermédiaires. Les participants au questionnaire affirment avoir modifié leur consommation d’alcool : durant le confinement, les occasions de s’enivrer avec des amis étaient inexistantes et 46 % d’entre eux ont naturellement passé plus de temps à boire avec les personnes avec lesquelles ils vivent, histoire de tromper l’ennui encore une fois.

Concernant le cannabis, on observe une répartition presque équivalente entre ceux qui déclarent avoir augmenté leur consommation (36 %), ceux qui ont moins fumé (27 %) et ceux pour qui le confinement n’a eu aucune incidence sur leur consommation (37 %). Du côté de la cocaïne et de l’ecstasy la donne est différente. Ces deux produits ont vu leur cote de popularité baisser durant le confinement. 46 % des sondés affirment avoir diminué leur consommation de cocaïne et 47 % leur prise d’ecstasy.

À l’inverse, on observe en France une hausse de la consommation d’anxiolytiques : 43 % des Français affirment avoir augmenté leur consommation de ces substances et de psychotropes. « Il y a eu un remplacement de ces produits illicites par des médicaments, explique Marie Jauffret-Roustide. Le contexte ne leur a pas donné envie de consommer des stupéfiants seuls chez eux. Peut-être y a-t-il eu une forme de compensation avec les antidépresseurs. La France est le deuxième pays qui a connu la plus forte augmentation de consommation de médicaments derrière le Brésil. Les gens semblent avoir plus eu recours à des "réserves" d'antidépresseurs qu'à des "réserves" de substances illicites. »

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