Music

Jimmy Edgar nous a fait une sélection 100 % détente



De l’époque où il jouait dans des strip-clubs de Détroit, jusqu’à sa renaissance à Berlin, son label Ultramajic et plus récemment son BBC Radio 1 Essental Mix, Jimmy Edgar a maintenu une constance dans la techno sombre, sexuelle et manaçante. Qu’il balance de la dance intello, du rap cosmique ou des hits de clubs découpés à la hache (jetez une oreille à sa collaboration avec Machinedrum, JETS), Jimmy a les ressources et l’excentricité nécessaires pour être le guide parfait dans les vortex de YouTube. On lui a donc proposé de nous faire une sélection de ses disques préférés pour chiller. Détendez-vous, tout va bien se passer.


ART OF NOISE – « Moments In Love » (Rare Extended Mix) (Original: China/Polydor, 1989)

C’est un de mes morceaux préférés de tous les temps. Il a directement inspiré mon titre « In Deep ». Il existe plein de versions de cette chanson, mais celle-di est ma préferée. La mélodie est tellement simple. Elle fait quasiment tout. Les images qui me viennent directement en tête quand je l’écoute ; le crépuscule bleuté, des rideaux vénitiens, des verres de Martini qui scintillent, des horloges néon, et des paires de jambes en collants, rattachés ou non à un corps.


SADE – « Living Without You » (Unreleased)

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Cette chanson est supposée n’être jamais sortie, mais j’ai pourtant acheté un bootleg de ce disque il y a des années chez Hot Hitz à Detroit. J’ai d’abord cru que c’était un remix avant de me rendre compte que c’était bien un original. Evidemment, Sade possède une des voix les plus reconnaissables qui existent. J’adore sa vibe élégante et apaisante, et c’est vraiment bon de l’entendre sur un morceau rapide.


PASCAL LANGUIRAND – « Nova » (Minos, 1980)


Je suis vraiment branché new wave, new age des 90’s et quiet storm. J’ai mes raisons – c’est en partie dû à mon histoire d’amour avec les synthétiseurs digitaux des années 90, et ça me rappelle en même temps le pire de la musique commerciale de la fin des 80’s. Par exemple, Enya c’est mort pour une quantité d’Américains à cause de la pub pour la compilation Pure Moods qui passait tout le temps à la télé. La façon dont la musique est découpée dans cette pub hantera toujours mon esprit. Je suis d’ailleurs étonné de ne pas avoir retenu par cœur le n° de la hotline où on pouvait commander le disque.


HOLGER HILLER – « Ohi Ho Bang Bang » (1988)

Celui-ci, je l’ai trouvé sur YouTube vers 2004/2005. La vidéo m’a tué, et je savais qu’il en existait une version plus synchro quelque part. Malheureusement, je n’ai jamais pu mettre la main dessus, mais la musique reste très cool. J’imagine qu’ils ont enregistré tous ces sons avec un Fairlight, et qu’ils ont ensuite conçu un morceau avec des passages au hasard. La musique basée sur le rythme m’inspire beaucoup, donc ce morceau a une résonnance particulière à mes oreilles. Sans parler de l’éclairage de la vidéo qui est incroyable. Elle est montée comme un truc de studio photo du milieu des années 90, bien cheesy, avec une lumière faible, des ombres, un décor peint en marron. C’est sûrement le même décor qu’ils utilisaient pour filmer les juges et les hommes politiques.

KRAFTWELT – « Retroish » (Hypnotic, 1998)


J’ai dégoté ce truc il y a très longtemps, quand j’étais ado et que je traînais dans les disquaires de Détroit. J’étais vraiment excité parce que je croyais avoir acheté un nouveau disque secret de Kraftwerk, jusqu’à je rentre chez moi et que je m’aperçoive que ça n’avait strictement rien à voir avec Kraftwerk. Le même jour, j’ai acheté On de Aphex Twin. L’album entier a cette vibe de musique de pub pour un après-rasage. C’est cheap, mais certaines mélodies sont chouettes. Leur nom a un peu cassé le mythe pour moi, mais je ne leur en veux pas.


ROBERT RICH – « Geometry » (Spalax Music, 1991)


J’avais invité des potes à une performance de Robert Rich au planétarium de Détroit quand j’avais 19 ans. J’étais un peu mal à l’aise lorsqu’il s’est mis à jouer de la flûte et plutôt déçu de ce qu’il faisait avec son énorme synthé modulaire. Je continuais à penser à tous ces super sons que tu pouvais faire avec. J’étais trop jeune pour apprécier à l’époque, mais ses disques sont vraiment uniques. Mes potes et moi nous sommes foutus de sa gueule parce qu’il proposait de « donner des gribouillis » pour ceux qui le voulaient après le concert. On était tellement défoncés qu’on n’avait même pas capté qu’il voulait dire « signer des autographes ». Respect.


TERRY RILEY – « Persian Surgery Dervishes » (Shanti, 1972)


Un morceau vraiment hypnotique de Terry Riley. J’admire vraiment les gens capables d’aiguiser une mélodie et de la pousser à son extrémité. Si vous êtes dans ce délire, je vous conseille vivement d’écouter « Painting Between Numbers » de Kit Clayton, c’est magnifique.


DOPPLEREFFEKT – « Myon Neutrino » (International Deejay Gigolo, 2002)


Je crois que c’est un des morceaux les plus bouleversant que j’ai entendu de ma vie. Un beat complètement dépouillé, une touche limite jazzy. Dopplereffekt a toujours été une source d’inspiration pour moi et ils sont arrivés à une excellente période de la musique parce que leur disque sonne comme une des dernières vraies œuvres analogiques.


APHEX TWIN – « Alberto Balsalm » (Warp, 1995)

Un classique absolu. Le truc avec ce morceau c’est que les mélodies pourraient facilement exister toutes seules, mais les sons de batterie sont juste trop bons eux aussi. Effet déformation mentale.


LOGIC – « The Final Frontier » (Strictly Rhythm, 1990)

Finissons cette sélection sur une note universelle. Je pense que ce morceau sample un accord de Larry Heard/Mr. Fingers à l’origine, et qui est transformée ici en une version bien plus balèze et dépouillée. Le morceau est enveloppé de cette même vibe new age et transcendantale que j’ai décrite plus haut. J’ai l’impression que les artistes à l’époque travaillaient bien plus leurs mélodies, à la manière de sculpteurs. Je pourrais écouter cet accord pendant une heure non-stop. En fait, c’est mon morceau pour me motiver quand je suis au studio.

Jimmy Edgar est sur Twitter – @jimmyedgar

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